Hommage à Jacques Marillier
lors de la cérémonie du 24 Janvier 2002 en l’Eglise Saint-Roch
(Texte prononcé par Serge Bouillon )
Voici, cher Jacques, que pour ce dernier rendez-vous, Anne-Marie ton épouse, qui a veillé sur toi jusqu’au dernier jour, ta famille, tes amis, tous tes amis sont réunis autour de toi.
Les uns sont présents physiquement, les autres, empêchés par l’âge, la maladie, les obligations professionnelles ou familiales, sont là aussi, par la pensée.
Ils sont innombrables, Jacques, tes amis.
Les uns appréciaient particulièrement, ta gentillesse, ton caractère toujours égal, toujours ouvert, les autres l’affection chaleureuse que tu savais leur manifester.
D’autres encore, ta disponibilité, le sérieux que tu apportais à toute chose, et tous, ton infinie sensibilité, ton talent, la sûreté de ton goût, ton imaginaire, ton ingéniosité, ton inventivité…
On n’en finirait pas d’énoncer tes qualités, on n’en finirait pas d’évoquer ton savoir faire, jamais en défaut, qui se jouait de tous les obstacles placés sur la route du scénographe et toujours parvenait à créer le cadre sensible dans lequel les acteurs dont tu avais dessiné les costumes faisaient naître la magie du spectacle.
Et pourtant, combien de fois t’es-tu trouvé devant un espace scénique totalement inapproprié, sans possibilités financières ou avec une équipe technique réduite au minimum.
Combien de fois as-tu réalisé l’exploit de surprendre le public dès que le rideau se levait sur ton travail, miracle d’harmonie, de goût, d’élégance, dans lequel, sans redondance, s’inscrivait le spectacle.
Tu avais su, esquisse après esquisse, vingt fois sur le métier remettre ton ouvrage jusqu’à ce que l’évidence, ton évidence, sous tes yeux, s’accomplisse.
C’est cette recherche qu’il y a quelques jours une stupide et mauvaise grippe est venue interrompre laissant à jamais, sur ta planche à dessins, ton projet inachevé.
Tu nous lègues pourtant une œuvre considérable, plus de trois cents décors qui vivront longtemps dans la mémoire de ceux qui furent aussi tes spectateurs.
J’aimerais citer tes principales réalisations, mais y-avait-il pour toi des décors plus importants que d’autres ? Ne consacrais-tu pas les même trésors d’imagination à chacun et peut-être quelquefois plus de temps à la scénographie d’un spectacle quasi confidentiel, qu’à celle d’une œuvre magistrale déjà promise au triomphe ?
J’aimerais citer les metteurs en scène dont tu fus le complice en magie théâtrale, les directeurs qui t’engageaient parce qu’ils savaient que ton propre engagement serait total, les auteurs dont tu as su capter les rêves les plus secrets, les comédiens qui ont été l’objet de tous tes soins.
J’aimerais aussi citer les équipes techniques dont, d’un sourire, tu obtenais la collaboration enthousiaste.
Ne pouvant les nommer tous, je ne ferais qu’ajouter à la peine de ceux dont le nom n’aurait pas été mentionné.
Elle serait bien naturelle cette peine, puisque tu les as, tous et toujours, persuadés que rien n’était plus important que le travail accompli avec chacun d’eux.
Une exception pourtant va confirmer cette règle. Un hommage particulier rendu à une grande dame de Théâtre dont, si souvent, tu as partagé les succès.
Un grand, un fécond metteur en scène : Marcelle Tassencourt qui, là où tu vas, ne t’a précédé que de quelques jours.
Mais Jacques, les vivants sont tous là, tu sais bien qu’ils forment une famille, ta famille.
On dit parfois que c’est celle des Atrides. Alors, ce n’est pas ton moindre mérite d’avoir fait en sorte, ce matin, que pour te dire adieu, les Atrides ne soient plus qu’amour et fraternité.