1911 Naissance de l’Amicale des Régisseurs de Théâtre
La vie théâtrale parisienne est intense en cette fin du XIXème siècle et Paris est aussi l’un des hauts lieux de la création lyrique. Notre société hyper-protégée, en dépit des difficultés que l’on sait, oublie aujourd’hui, qu’en ce temps là, la protection sociale n’existe pas. Aussi n’est-il pas surprenant de voir les régisseurs envisager de se regrouper. C’est d’abord dans l'esprit d’Hubert Génin régisseur du Théâtre du Châtelet et journaliste à Comoedia que naît l’idée d’une amicale qui verra son aboutissement avec la création de l’Amicale des Régisseurs de Théâtre le 29 Décembre 1911, avec, à sa tête, Ernest Carbonne Directeur de Scène de l’Opéra Comique. Ses objectifs de départ :
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resserrer les liens de confraternité et de solidarité entre les régisseurs ;
Pratiquer l’aide professionnelle ;
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Aider les membres âgés ou en situation précaire.

1er comité (provisoire) en 1911
au foyer du Théâtre du Gymnase
Collection A.R.T.
Un grand gala organisé au Théâtre de la Gaîté- Lyrique, en 1912, apporte le premier financement.
En août 1914, la plupart des membres de l’Amicale sont mobilisés. Ceux qui ne sont pas sous les drapeaux, s’activent au sein d’une fraternelle du spectacle qui, pendant toute la guerre, viendra secourir nombre d’artistes.

Dessin de Poulbot
Mars 1914
Collections A.R.T.
Dès 1919 le phénomène syndical prend de l’ampleur et l’association, présidée depuis 1917 par Henry Prévost laisse aux organisations professionnelles le soin de défendre les intérêts de leurs membres tandis qu’elle cultive la notion de fraternité.
En 1918 Lespinasse, comédien autant que régisseur, évoque l’idée d’une bibliothèque qui conserverait, avec les manuscrits, l’ensemble des documents indispensables à une reprise éventuelle du spectacle.
L’idée que chaque régisseur pourrait par testament léguer l’ensemble des éléments réunis tout au long de sa carrière, commence à prendre corps.

La fiche de Pierre Baudu
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Collection A.R.T.
Le Relevé de mise en scène
Le théâtre étant, par essence, un art éphémère, les traces qu’il laisse sont extrêmement fragiles. Les textes ( Il est peu courant qu’une pièce soit éditée avant d’avoir l’aveu du public, il n’est pas rare qu’elle reste après son exploitation à l’état dactylographique.) étaient le plus souvent ronéotypés. La reliure en était rudimentaire. Sur ces textes, le régisseur portait les notes de mise en scène, intentions psychologiques, places et mouvements des acteurs, positionnement des meubles et accessoires, variation des lumières etc. bref, tout ce qu’il fallait savoir pour reconstituer le spectacle, avec une autre troupe, même en l’absence du metteur en scène.
Lespinasse prit son bâton de pèlerin pour convaincre un à un les professionnels responsables (directeurs des théâtres de Paris, directeurs de tournées, de l’utilité de ce travail, du temps et de l’argent qu’il ferait économiser en cas de reprise du spectacle.
On s’aperçoit aujourd’hui que c’est dans ce précieux fonds des relevés de mise en scène que l’on retrouve trace d’œuvres inédites et introuvables ailleurs.
A la mort d’Henri Prévost en 1922, le vice-Président rend à ce dernier un hommage appuyé. Paul Edmond qui prend en mains les destinées de l’Art est conscient de l’utilité certaine, pour les professionnels, des relevés de mises en scène et des conduites des spectacles.
C’est sous son mandat que l’ART sera reconnue d’utilité publique en 1924, qu’elle s’installera 18, rue Laffitte, d’abord dans deux pièces, et que la Sté des auteurs commencera à s’intéresser à son existence en la subventionnant modestement.
Une organisation très stricte s’instaure alors, sur plusieurs plans : la formation et la conservation des mises en scène. Déjà, on commence à penser à une institutionnalisation de ce dépôt.
Les nouveaux statuts sont clairs : Afin de favoriser les dons et les legs, le fonds est garanti autonome. Un catalogue est ouvert et garantit la conservation des livres manuscrits et documents.
Quand Paul Edmond fait don de ses propres collections en 1927, il convient d’agrandir les locaux. Une pièce est louée faubourg st Denis. Les cours d’enseignement technique permettant au régisseur de réunir ces trois qualités essentielles que sont l’aptitude à la mise en scène, la connaissance des techniques du plateau, l’administration du spectacle.
Louis Jouvet et Gaston Baty travaillent sur le projet qu’une sévère crise financière, obligera, hélas, à suspendre en 1928.
En 1929, c’est Félix Ducray régisseur du Théâtre du Gymnase qui reprend énergiquement en mains les destinées de l’ART. Sous son mandat, les finances seront rétablies ainsi que la subvention de la SACD.

La fiche de Louis Jouvet
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Collection A.R.T.
1934 l’Amicale devient Association des Régisseurs de Théâtres

Le comité en 1936
Collection A.R.T.
Georges Deyrens en assure la présidence dès 1934 et va en modifier les statuts. L’amicale devient l’Association des Régisseurs de Théâtre. C’est le nom qu’elle gardera jusqu’en 1976. Les dons affluent, liquidités, documents, matériel, comme lors du transfert de ses collections dans les nouveaux locaux, quelques étages plus bas à la même adresse, avec cinq pièces dont trois grandes. Plusieurs éminentes personnalités saluent alors, le rôle du régisseur :
Victor Boucher : "Un bon régisseur vaut une bonne pièce."
André Antoine : "Personne plus que moi n’aura apprécié le rôle considérable du régisseur de théâtre et j’ai gardé de ceux qui furent mes collaborateurs le souvenir le plus ému."
Sacha Guitry à son régisseur Georges Lemaire : "Dîtes de ma part à vos camarades combien nous serions injustes en méconnaissant le rôle modeste et capital que vous jouez à nos côtés. D’ailleurs ce n’est pas sans raison que votre mission si délicate s’appelle une conduite."

Papier à en-tête de l'A.R.T.
Le Rayonnement de la Bibliothèque
Le rayonnement de la bibliothèque s’étend, la presse commence à consacrer des articles importants. Un stand est tenu par Laurac et Helvet à l’exposition universelle de 1937.
Georges Deyrens obtient de Vuillermoz un grand article dans l’illustration de début 1939.
Auprès de lui depuis 1936, l’agent général, Mademoiselle Ducoin véritable cheville ouvrière de l’association accepte de travailler bénévolement trois fois par semaine pour permettre un fonctionnement normal. Georges Deyrens sera élu pour un troisième mandat gérant la période d’ombre de la guerre qui, grâce à la vigilance des membres, se déroulera sans dommage pour les collections.

Melle Ducoin
agent générale de 1936 à 1975.
L'A.R.T. lui doit beaucoup.
Collection A.R.T.
Les temps des mutations : 1945-1969
En 1946, les metteurs en scène, sous la direction de Gaston Baty créent un syndicat pour préserver la propriété intellectuelle de leur mise en scène. L’ART entreprend une négociation avec notamment Raymond Rouleau et André Barsacq qui donnent l’exemple à leurs confrères en déposant personnellement leurs mises en scène à l’association.

Georges Deyrens (Président de 1934 à 1951)
entouré de Pierre Fresnay et d'Yvonne Printemps,
en 1949
Collection A.R.T.
Ces mises en scènes désormais déposées ne peuvent être communiquées sans autorisation de leur auteur.
Cette règle est toujours en vigueur en ce début du XXIème siècle.
La protection sociale avançant à grands pas en ces années d’après-guerre, c’est la Bibliothèque qui devient l’activité principale de l’association.
Des galas sont organisés, des prêts à des expositions prestigieuses élargissent son champ d’action, mais ses ressources restent insuffisantes.
Charles Valster, élu à la présidence en 1951, invite le ministre André Cornu à présider un grand gala de bienfaisance en 1952 à Mogador et obtient une subvention. La situation reste inconfortable puisque la subvention est, par nature, aléatoire.

Charles Valster
(Président de 1951 à 1955)
Collection A.R.T.
De 1951 à 1954, 5000 visiteurs sont venus consulter les documents dans l’appartement de la rue Laffitte qui devient trop étroit.
A la mort de Charles Valster, Gabriel Daniel Vierge est élu en 1955 à la présidence et met au point une méthode pour l’établissement rationnel des relevés de mise en scène et tente un rayonnement à même d’engranger les finances nécessaires à l’action de l’association.
Depuis 1951, alors qu’il était au cabinet du ministère des Beaux arts, Jacques-Louis Antériou était régisseur d’honneur de l’Association. C’est vers lui que les régisseurs se tournent en 1958 pour prendre la tête de l’association qu’il présidera jusqu’en 1972.
Ses relations dans le monde culturel permettent l’organisations de conférences. On élit de prestigieux régisseurs d’honneur qui vont devenir les membres du prix du Brigadier instauré en 1960. Parmi eux, A.M. Julien, Jean-Jacques Gautier, Pierre Fresnay, Paul Belmondo, André Roussin, Marcel Achard.

Jacques-Louis Antériou (Président de 1958 à 1974)
remet le diplôme à A.M. Julien et à Jean-Jacques Gautier, à droite
Collection A.R.T.
Création d’une association, "Les amis de la Bibliothèque de l’A.R.T.", qui vont aider financièrement l’organisation de ces manifestations.
Mais, en dépit de tous ces efforts, les financements sont insuffisants et la rue Laffitte malgré toute l’ingéniosité de la fidèle Mademoiselle Ducoin, « ressemble plus à un bric à brac de bouquiniste qu’à une bibliothèque institutionnelle ».

La rue Lafitte
Collection A.R.T.
Conscient, à la fois de la richesse de ses collections et de l’insuffisance de ressources de l’A.R.T., lesquelles lui permettaient à peine de payer le loyer de la rue Laffitte, le Conservateur de la Bibliothèque de l’Arsenal, se propose de faire supprimer la plus que modeste subvention qui lui est attribuée par l’Etat et et de récupérer l’ensemble de ses biens au profit de du département spectacle de la Bibliothèque Nationale.

Roger Lauran, (actuel vice-président) entre Paul Mathos et Jean Helvet
La dame est inconnue
Collection A.R.T.
Les héritiers des fondateurs, peu enclins à voir tomber en des mains d’archivistes les souvenirs vivants de l’art qu’ils servaient passionnément se tournent alors, à l’initiative de Jacques-Louis Antériou, de Serge Bouillon et de Roger Lauran, avec l’aide de Maitre Aujol avocat de l’association, vers la Ville de Paris à qui ils demandent hébergement, protection et possibilité de poursuivre leur quête d’une documentation qui témoigne de leur art et qu’ils s’efforceront, mieux que personne, au fil des ans, de faire vivre et d’enrichir.
Après un an de négociations menées sous l’autorité de Clovis Eyraud, la convention passée entre Jacques Louis Antériou et le Préfet de Paris Marcel Diebolt est ratifiée.