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Participation de l'A.R.T. à la publication de livres sur le théâtre

 

Jacques Hébertot le magnifique

 

 

 

2006
Jacques Hébertot le Magnifique

de
Antoine Andrieu-Guitrancourt et Serge Bouillon

Paris Bibliothèques - Fondation Hébertot

 

Avant-propos

« Prenez l'escalier à droite, le couloir de gauche au premier, et c'est la porte à gauche ». Un peu solennel l'escalier avec ses velours rouges et ses rampes aux garde-corps en fer forgé frappé tous les soixante centimètres d'un H triomphal.

Le couloir est sombre, à gauche de la porte qu'on discerne à peine, une statue de bois, peut-être du XVIIe siècle ?. J'apprendrais par la suite que Jacques Hébertot veut que ce soit celle d'Artaban.

Soit.

De l'autre côté, une banquette de velours rouge, j'y verrai plus tard nombre d'auteurs, de metteurs en scène et d'acteurs attendre, angoissés, qu'on veuille bien les recevoir. Mais Artaban me surveille.. Je frappe à la porte.

« Entrez ! »

Face à moi, un bureau dans lequel un homme s'affaire devant un coffre fort, il ne peut s'agir que de François Daviel, l'administrateur et Neveu.

À ma gauche, un autre bureau, minuscule, avec au fond une estrade sur laquelle un garçon consulte des livres de comptes, à coup sûr le comptable. Au niveau du sol un jeune homme se lève et vient m'accueillir, j'identifie le secrétaire de Jacques Hébertot.

À ma droite, dans une espèce de couloir, une femme sans âge persécute une machine à écrire antédiluvienne.

Enfin, au fond, une pièce infiniment plus vaste. J'y peux voir par la porte ouverte, un journal largement déployé tenu à bras tendus au-dessus d'un bureau encombré. C'est au journal que le secrétaire s'adresse : « Maître, votre rendez-vous... »

« Qu'il entre ! »

Me voici dans le « saint des saints ». Les murs sont tapissés sur toute leur surface de boites de classement vertes comme on n'en voit plus que chez les notaires et de peintures qui répètent vingt fois et sous tous les angles l'image de Jacques Hébertot et de son théâtre. Enfin, accroché à une poignée de porte, un béret de marin. Pour un jeune comédien, incertain de tout, même et surtout de son aptitude à jouer la comédie, la mise en scène est éprouvante.

Enfin le journal s'abaisse lentement me laissant face à une espèce de majestueux empereur romain à l'œil clair et au crâne lisse, dont les longues mains blanches arborent de larges anneaux de platine aux pierres précieuses enchâssées.

La chemise jaune, la cravate fantaisie et la veste sportive donnent au personnage un aspect décontracté.

Moi, je ne le suis guère. Et les premiers mots m'atteignent de plein fouet.

« Tu as mis ton beau petit costume bleu pour venir me voir ! »

Il m'a fallu bien longtemps pour comprendre que c'était un jeu, et que je venais en un instant de découvrir, tout à la fois le cérémonial dont Jacques Hébertot aimait s'entourer pour mieux le démolir d'un mot et l'incontournable fantaisie qui signait le moindre de ses propos.

Dire ce qu'il ne faut surtout pas dire, se débarrasser des convenances, c'était le luxe olympien qu'au quotidien, s'offrait Jacques Hébertot.

En langage commun, cela s'appelle « mettre les pieds dans le plat », Jacques Hébertot, quel que soit son interlocuteur, ne mettait jamais les pieds ailleurs.

Beaucoup de gens détestaient cela... Il s'en faisait sans regret des ennemis. Mais si l'on ne se démontait pas, si l'on admettait la plaisanterie et qu'on répondait sur le même ton, une amicale cordialité précédait une chaleureuse et définitive complicité. C'est ce décalage, entre l'espèce de cérémonial dont il s'entourait pour légitimer l'idée trop solennelle que son énigmatique présence imposait et l'évidente désinvolture de ses facéties qui décontenançaient ses interlocuteurs. Ce décalage était pourtant la clef du personnage, un personnage par ailleurs hors normes qui, ne terminait jamais la dictée de son courrier, même si la secrétaire qui le sténographiait avait été engagée la veille, sans préciser : « ...la formule de politesse habituelle... la place pour signer... CAMEMBERT ! »

En ce XXe siècle d'hyper communication, le succès, dans nos métiers, ne pouvait naître que de l'association du savoir faire et du faire savoir ; le premier étant promis à la clandestinité si ses champions n'avaient pas eu du second, le souci constant.

Jacques Hébertot n'en avait cure. Sa véritable préoccupation, son devoir, sa mission, puisqu'il l'appelait ainsi, était de faire connaître, de faire partager, ses coups de cœur, ses découvertes, ses trouvailles. Car, toute sa vie, son cheval de bataille serait la recherche d'œuvres inédites et de nouveaux courants dramatiques.

Dans ce domaine, il avait fait la preuve de son savoir faire et de ses qualités de visionnaire dès sa première Direction, celle des salles des Champs-Élysées, devenues sous son autorité, le foyer international des arts modernes.

Si bien, que dans les trente premières années du siècle il avait exercé ses talents dans la poésie, dans le journalisme, dans la création de revues, dans la causerie, dans la direction de salle de spectacles, dans l'édition de disques, dans la promotion d'œuvres nouvelles, dans la musique, dans l'opéra, dans le ballet, dans la peinture, dans la sculpture, dans l'architecture, dans le théâtre etc. avec pour seul credo « anticiper, faire connaître, faire découvrir ».

Je devais le retrouver quelques années plus tard. Il s'agissait d'assurer pendant les congés du titulaire, la régie du son de Dialogues des Carmélites. C'était en juillet 1952... Devenu son plus proche,collaborateur, j'étais encore à ses côtés quinze ans plus tard.

Appelé à d'autres fonctions je continuais pourtant à partager avec lui amitié et projets jusqu'au jour de sa mort. Et pendant dix huit années de collaboration, jalonnées de confidences, de discussions sur les sujets les plus divers, de déjeuners, de soupers souvent tardifs, jamais je ne lui ai entendu dire un mot sur ces années pendant lesquelles il avait été le roi de Paris. Jamais il n'a évoqué devant moi sa direction du Théâtre des Mathurins et son amitié pourtant attestée par maintes publications pour les Pitoëff. Jamais la moindre allusion à sa direction du Théâtre de l'Œuvre. J'ai vu passer dans son bureau des témoins de ses jours de gloire, j'affirme que personne, à le voir s'entretenir avec eux, quelle que soit la chaleur de la conversation, ne pouvait imaginer que leur première rencontre ne datait pas de la veille.

Il était tout entier tourné vers l'avenir.

Il rêvait de laisser une trace. Les efforts qu'il déployait à la recherche du « mieux » ne laissaient là-dessus aucun doute.

Ses archives qui furent après son décès largement pillées et dispersées étaient l'objet de tous ses soins. Jamais un programme ne paraissait sans que l'inventaire de ses créations, de ses reprises, des récitals accueillis, des danseurs, des musiciens, des peintres, des chefs d'orchestre, des metteurs en scène, et des comédiens ayant, à un moment ou à un autre collaboré avec lui ne soient cités. Parce que nous sommes fiers, aurait-il pu dire avec Artaban. Cependant, jamais il n'en disait un mot. Sa préoccupation permanente était l'enrichissement par une nouvelle découverte de ce palmarès qu'on trouvera à la fin du présent ouvrage et dont l'importance et la variété dépasse tout ce qui peut être imaginé.

On l'a dit vaniteux, on voit bien qu'il ne l'était pas. On l'a dit orgueilleux, mais l'orgueil a besoin d'un public pour s'afficher. Or Jacques Hébertot ne sortait pas. Jamais de dîner en ville. Jamais de grand' messe professionnelle, il les boycottait. Jamais de sortie théâtrale, ou alors en catimini, accompagné d'un petit ami ou d'un collaborateur pour lui faire écran à l'entrée et à la
sortie. Ce qui, vu sa taille, n'était pas spécialement facile. Il prenait ses repas au restaurant, mais avait acheté l'un d'eux et ne s'y attablait que dans l'arrière salle où il se tenait caché. Si quelqu'un entrait : « Qui c'est ? » demandait-il au gérant en élevant la voix. Et si c'était un de ses familiers, on pouvait percevoir, venant des tentures (rouges évidemment) d'un ton faussement autoritaire : « Viens ! ».

En dehors de ses voyages à Forges les Eaux et de ses passages à la rédaction d'Artaban, il ne sortait de chez lui (52, boulevard des Batignolles) que pour venir au théâtre (78bis du même boulevard), puis le soir pour faire le chemin inverse, s'appuyant généralement sur l'épaule d'un de ses petits amis, ou s'il y avait convenance, sur celle de son plus proche collaborateur (c'était moi) que le quartier rangeait immédiatement au rang de ses petits amis - le quartier se trompait, mais quelle importance... Il arrivait, dans les derniers temps, que la crainte de ne pas trouver le sommeil et « la nécessité de refaire le monde » le retienne à son bureau jusqu'à trois heures du matin. Il regagnait alors son appartement, Danielle et moi, nous l'accompagnions et partagions chez lui un hachis Parmentier ou une omelette froide aux fines herbes.

Il arrivait encore qu'assis sur un banc de la terrasse du château de Saint-Germain en Laye, qu'il aimait particulièrement et dont l'air disait-il lui avait été recommandé, les mêmes, incognito, bâtissent sans témoin des projets d'avenir. Comme si alors, existait encore un avenir !

Mais revenons au printemps 1940 au début duquel il va baptiser de son nom le ci-devant Théâtre des Arts. Son intuition de découvreur du nouvel auteur, de l'ouvrage inédit est intacte. « C'est mon devoir. Je ne monte que les pièces qui me plaisent. »

Sans doute cette réflexion paraîtra-t-elle simplificatrice, elle correspond pourtant à la réalité. Et les succès furent nombreux au Théâtre Hébertot, chaque fois que le goût de son public rejoignait celui parfois trop exigeant et trop novateur de son Directeur. Non pas qu'il eut cherché le moins du monde à satisfaire une attente avouée de ceux qu'il appelait ses « pèlerins ». L'idée ne lui en serait pas venue. Il savait en effet que si le public est en attente de pièces inédites, faute d'être lui-même auteur dramatique, il ne peut en formuler la demande, qu'en référence avec ce qu'il connaît déjà. Mais, qu'une œuvre nouvelle éveille son intérêt et il se faisait un devoir de la mettre en répétition, même (peut-être devrais-je écrire surtout) s'il était sceptique quant à ses chances de succès.

Jacques Hébertot dont on disait qu'il avait le pire des caractères était l'exact contraire de ce que, dans certaines circonstances, il s'efforçait de paraître. D'un parfait anti-conformisme, il était incapable de se prendre au sérieux et détestait ceux qui prenaient pour argent comptant l'une de ses plaisanteries en forme de banderille. Et pourtant, ce sens critique aigu, qu'il exerçait le plus souvent à ses dépens, éloignait de lui certains de ses auteurs, certains de ses comédiens, pour qui une rencontre avec « Le Maître » était synonyme d'affrontement.

Je pense à Fernand Raynaud pour qui cette perspective était une véritable épreuve : « Tu comprends, il fait semblant d'être sourd et répète sans arrêt « Comment ? Comment ? » Si bien, qu'il se donne le temps de réfléchir alors que tu restes comme un c.. » Un autre grief lui était fait, aussi tenace. Il osait se faire appeler « Maître ».

Il est exact qu'à tout jeune visiteur en quête d'un rôle dans une prochaine distribution, il glissait, dans un sourire : « Appelle-moi, Maître, mon petit ». À tout prendre, le jeune homme trouvait cela au moins aussi facile que de l'appeler, « Monsieur le Directeur », comme cela se pratiquait à l'époque.

Et puis, « Maître » permettait une chaleur, une familiarité que « Monsieur le Directeur» aurait empêchées. Je ne sache pas qu'il ait jamais demandé à Montherlant, à Malraux, ou à tel Académicien de l'appeler Maître et pourtant, personne n'y manquait.

Il aimait donner du moindre incident, de la plus banale situation une explication biaisée.

Lorsqu'un metteur en scène, dont il tardait à lire un ouvrage déposé depuis quelques temps, lui proposa de lui en faire la lecture, il s'entendit répondre : « C'est toujours au lit qu'on me fait la lecture et, mon pauvre petit, tu n'est pas du tout mon genre ! ».

Il ne recevait jamais Gérard Darrieu sans lui demander innocemment : « Alors, mon petit, comment va ta maman ? » affectant de le croire le fils de Danielle...

Toujours avec la même feinte innocence, il demandait à Dora Doll, qui avait été l'épouse de Raymond Pellegrin lequel était maintenant marié avec Gisèle Pascal, précédemment fiancée au Prince Rainier : « Dis-moi, est-ce que ton mari est toujours avec le Prince de Monaco ? ».

Si Marguerite Duras téléphonait pour expliquer que retenue à Neauphie le Château, elle ne pourrait assister à la répétition, il affectait de croire qu'en ces jours troublés par les attentats parisiens, conséquence des « événements d'Algérie », elle mourait simplement de peur. Et de s'efforcer de la rassurer en riant sous cape : « Mais il n'y a pas de danger, vous savez, tout est calme, le quartier est tranquille... ».

II éprouvait aussi le besoin de rire des situations dont il faisait les frais et qui n'étaient rien moins que risibles. Un soir, après une générale absolument catastrophique, alors que le metteur en scène conscient de ce qu'allait coûter à son Directeur l'expérience malheureuse dans laquelle il l'avait entraîné, attendait tremblant la réaction du Maître. Hébertot lui déclara tout de go : « Eh bien, mon petit, j'ai passé une excellente soirée, et Dieu sait qu'à mon âge, on dort mal. » Le lendemain les critiques étaient à la mesure du spectacle.

Aussi les jours suivants, la presse était-elle inondée de pavés publicitaires : HÉBERTOT - CRITIQUE UNANIME !

Il raillait de manière permanente les théâtres subventionnés. Jean Vilar était en apparence sa tête de turc et tout Paris savait que la porte intérieure de son bureau était entièrement tapissée de photos du Directeur du TNP sélec- tionnées pour leur ridicule ou leur mauvais esprit. Il affectait aussi de ne pas se souvenir du nom de « ce comédien, toujours vêtu de noir, tu sais bien, qui sévit près des Champs-Élysées et qui se prend pour un metteur en scène. »

Cependant, paradoxalement, il collationnait les articles de fond sur la décentralisation, sur Vilar, sur Barrault, sur Planchon et conscient que le travail de chacun d'eux représentait une véritable évolution de la mise en scène de Théâtre et de la recherche du public, il faisait, au jour le jour, coller les coupures de presse sur le livre de bord.

Comment, en effet, cet amoureux du service public aurait-il pu se désinté- resser de ceux qui, avec talent, y participaient activement. Ce n'était pas un mystère, il aurait aimé que lui fût proposé le fauteuil d'Administrateur de la Comédie-Française. Il rêvait aux réalisations qui lui auraient été permises. Sachant qu'il ne l'obtiendrait jamais, il s'efforçait, par la rigueur de ses choix « Entre muséum et laboratoire » d'en enrichir le répertoire.

S'il ne s'agissait pas d'argent, il était la générosité même et contrairement à ce qu'il laissait croire, ses règles de vie lui interdisaient la rancune. La sensibilité de ce grand gaillard qui affectait l'indifférence, était pour ceux qui l'approchaient, le trait dominant de son caractère. Sans doute les autres oubliaient-ils que cet intime d'Apollinaire fut toute sa vie un poète, un adulte que n'avaient jamais quitté les vertus de l'enfance. Une enfance qu'il évoquait passionnément :

« Regarde-moi bien, me reconnais-tu ?

Je suis un petit enfant tout nu,

Je suis un souffle, une flamme

Qui naît, je suis une petite âme (...)

Je suis tout le charme et toute l'élégance

De tout ce qui naît et de ce qui commence

Oh mon enfance—mon enfance. »

Est-ce si surprenant qu'en 14-18 ses carnets de guerre parlent moins de combats que de poésie ?

Il disait : « S'il arrive qu'une pièce ne marche pas, cela m'est complètement indifférent. ». Bien sûr ! Mais quelle satisfaction, quelle fierté, quelle joie, lorsque le public adhérait à ses choix. Lorsqu'après la générale, il rejoignait sur le plateau les amis venus féliciter les interprètes, l'auteur, le metteur en scène et bien entendu le Directeur. Il allait de l'un à l'autre, ravi, recueillait les
compliments avec humour et modestie : « II n'y était pour rien, c'est la providence qui lui avait envoyé cette œuvre, il s'était contenté de l'accepter». Cependant, il rayonnait, conscient qu'il était d'avoir atteint son but, d'avoir rempli la mission qu'il s'était donnée, faire aimer ce qu'il aimait. Cet homme, ce normand, ce moderne Viking dont il avait le courage, la solidité et l'audace (audaces Fortuna juvat) était un homme blessé. « II faudrait que les Directeurs soient infaillibles, assez subtils pour discerner, universels pour guider, pour conseiller, doctoraux pour corriger ! Comptez le nombre de pièces qui leur sont dédiées et vous dresserez l'inventaire de l'ingratitude de ces auteurs à qui ils apprennent le b...a ba de leur métier. ». Blessé par l'ingratitude des auteurs dont il avait « fait la carrière » avec le risque que cela comportait et qui ne lui en savaient aucun gré. Blessé par celle des metteurs en scène, à qui il avait confié une pièce et qui s'attribuaient le mérite de sa découverte. Il pensait à Jules Romains, qu'il avait connu « Louis Farigoule », à Jouvet et à Knock et « digérait » mal, lui sans qui la pièce n'aurait pas été montée (du moins à ce moment-là) d'être exclu de ce souvenir.

C'est à coup sûr la raison pour laquelle, il inscrivit son nom au fronton de son théâtre, « Pour que ce qui vient de César reste à César ».

Blessé, il l'était encore par l'indifférence manifestée par les pouvoirs publics, lorsqu'il imaginait ce qu'il aurait pu faire avec une des fabuleuses subventions attribuées urbi et orbi à des metteurs en scène qui ne se sont pas tous révélés être des Directeurs éclectiques, désintéressés et sans a priori. Sans doute, sans doute cela résultait-il d'un malentendu. La mode du moment était aux metteurs en scène, et le Ministre de la Culture avait préféré nommer à la tête des salles subventionnées, ceux-là qu'il appelait des créateurs plutôt que des Directeurs sans exclusive et sans parti pris. Stève Passeur saisissait la nuance qui écrivait au sujet de Jacques Hébertot : « II a adoré le Théâtre et l'a prouvé d'une façon plus efficace, sans doute, que les animateurs merveilleusement utiles tels que Lugné-Poe, Antoine, Copeau, Dullin, Jouvet, Pitoëff, Baty, Rocher. Il a gardé en effet la force de caractère de travailler comme un forcené pour l'art dramatique en restant à l'arrière plan, en ne privilégiant aucune esthétique, en ne devant rien à personne, en ne devenant l'adjudant d'aucune chapelle. ».

C'est pourquoi, en cette matinée de deuil de juin 1970, Thierry Maulnier conviait Jules Romains, Paul Claudel, Jean Cocteau, John Steinbeck, Eugène O'Neill. Jean Giraudoux, Georges Bernanos, André Malraux, Henry de Mon- therlant à faire une haie d'honneur à ce grand serviteur du théâtre Français.

Il faudrait ajouter aujourd'hui tant de noms... Thierry Maulnier lui-même, Diego Fabbri, Albert Camus, Samuel Beckett, Albert Vidalie, Marcel Pagnol, Marguerite Duras...

Et les inviter à lui dire, là où il se trouve, notre fidélité et notre indéfectible affection.

Serge Bouillon
Président d'honneur de l' Association de la Régie Théâtrale

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