Les Théâtres des Champs-ElyséesEn Octobre 1920, en lettres jaunes sur fond bleu, les murs de Paris célébrèrent la toute nouvelle Direction des Théâtres des Champs Elysées, et
les premières représentations des Ballets Suédois.En lettres jaunes sur fond bleu soutenu ; Ces deux couleurs allaient signer les affiches du Théâtre Hébertot jusqu’à la mort de son Directeur.
Le choix de ces deux couleurs n’est pas fortuit, il s’agit tout simplement des couleurs du drapeau suédois.
Pendant cinq saisons, sous la direction exigeante de Jacques Hébertot, les créations succèdent aux créations, les idées nouvelles se bousculent à un rythme endiablé.
Partageant sa programmation entre l’opéra, les ballets, le théâtre et les concerts, il metWagner et Rossini à l’honneur avenue Montaigne, sous la baguette de Tullio Serafin entouré de 100 choristes des principaux théâtres d’Italie.
Il reçoit l’Opéra de La Haye qui interpréta "Tristan" et "La Walkyrie".
Puis, c’est l’impertinence lyrique de Stravinsky avec "L’Histoire du Soldat" et d’Henri Sauguet avec "La Plume du Colonel".
C'est l’Opéra de Vienne, dirigé par Franz Schalk et une troupe française qu’animent Walther Staram qui interprétent Mozart.Les ballets suédois présentèrent :
"Le Tombeau de Couperin" de Maurice Ravel,
"Iberia" de Albeniz,
"Jeux " de C. Debussy décorés par Bonnard,
"La Boite à joujoux" de Debussy,
"L’homme et son désir " de Paul Claudel et Darius Milhaud,
"Les Mariés de la Tour Eiffel" de Jean Cocteau où l’on trouvait Pierre Bertin et Marcel Herrand, événement artistique important qui groupait G. Auric, F. Poulenc, A. Honneger, D. Milhaud, Germaine Taillefer dans les décors de Irène Lagut et des costumes de jean Hugo.
"Les Mariés de la Tour Eiffel"
Maquette de décor par
Irène Lagut
(BNF, Arts du Spectacle)Puis ce fut:
"La création du Monde" de Blaise Cendrars et Darius Milhaud, dans les très beaux décors de Fernand Léger.
Le mérite des Ballets Suédois est d’avoir apporté à la chorégraphie une esthétique encore plus libre, plus expressive, plus caustique, plus proche de la vie que les Ballets Russes.
Ce haut lieu avait gagné, au coeur du Paris des arts, cette gageure d’être celui qui confirme les valeurs internationales.
Les ballets de Pavlova reviendront aux Champs Elysées, en 1923.
Les ballets Isadora Duncan, leur succéderont puis les Ballets Léonidov.
Les Ballets Russes et Diaghilev, que leur carrière internationale avait écartés, reviendront sous la Direction de Jacques Hébertot avec:
"Le Tricorne"
"Pulcinella"
"Parade"
"Les Contes Russes" interprétés par Léonid Massine et décorés par Picasso et LarionovPuis, avec des créations françaises:
"Les Biches" de F. Poulenc,
"Le Train Bleu" de Jean Cocteau et Darius Milhaud, et
"Les Facheux" de Georges Auric.
La même année,
-“ Relâche “ de Eric Satie fut la grande réussite des Ballets suédois.
Hébertot avait confié à René Clair débutant le film
-“ Entr’acte “ qui devait passer à l’entr’acte de “Relâche”.
Il est maintenant à la Cinémathèque.Toutes les phases de l’art pictural des plus traditionnelles aux plus hardies se retrouvent sur les plateaux des Champs Elysées:
Pablo Picasso, Picabia et Laprade, Christian Bérard et Germinal Cassado, Salvador Dali et Fernand Léger s’y côtoient, s’y succèdent.
Le divorce entre l’idée plastique que l’on se faisait du ballet voué à l’intemporel, et celle, toute neuve, d’une possibilité d’exprimer l’aujourd’hui, est consommée.
LE THEATRE A LA COMEDIE DES CHAMPS-ELYSEESJacques Hébertot confie en 1920 puis partage dès 1921 la direction de la Comédie avec Firmin Gémier. Gaston Baty en est le metteur en scène attitré, les auteurs s’appellent Lenormand, Shaw, Strindberg, Crommelinck, Claudel…
Gémier s’éloigne en 1922 et Jacques Hébertot reste seul Directeur du Théâtre. C’est le début de sa grande collaboration avec les Pitoëff auxquels il demeurera toujours fidèle.
Charles Dullin, Louis Jouvet, Gaston Baty, Georges Pitoeff, Kommissarjevski, ancien Directeur du grand et du petit Théâtre Impérial de Moscou, y sont ses collaborateurs, parmi les acteurs on peut citer Marcel Herrand, Louis Salou, Michel Simon, Antonin Artaud, pour servir les œuvres de Wilde, Gorki, Tchekhov, Ibsen, Shéridan, et surtout Pirandello, lequel après le succès mitigé de "La Volupté de l’honneur" rencontre la gloire en France avec les fameux "Six personnages en quête d’auteur" mis en scène par Georges Pitoëff.
(Dullin, Jouvet, Baty, Pitoëff)
Fin 1923, Jacques Hébertot convainc Louis Jouvet de jouer et de mettre en scène Jules Romains… ce sera "Monsieur le Trouhadec". De cette rencontre essentielle qu’il engendre entre ces deux hommes naîtra le légendaire "Knock".
"Knock"
(photo Roger-Viollet)La saison 1924 est moins vaillante, il faut citer deux créations de Roger Martin du Gard et de Marcel Achard.
Louis Jouvet reprendra, en 1925, les rênes du Théâtre.
Jacques Hébertot charge Louis Jouvet de la transformation en un théâtre d’art et d’essai, de la salle d’exposition. Ce sera le Studio, Inauguré le 15 Novembre 1923 le Théâtre sera rapidement confié par Hébertot à Gaston Baty qui y créera notamment deux pièces de Gantillon "Cyclone" et "Maya" qui ne triomphera qu’en 1927.
EN RESUME D’UNE AVENTURE
Les vedettes du monde entier étaient venues aux Champs Elysées, chercher leur consécration, tandis que celles dont aujourd’hui la carrière vit encore dans notre souvenir, avaient eu l’opportunité de s’y révéler.
Pourtant, ces audaces qui avaient fait durant cinq saisons le bonheur des amateurs de spectacles de toutes nationalités, Jacques Hébertot allait les payer de 15 ans de purgatoire.
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