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CONSTANT COQUELIN
et la maison des comédiens de PONT-AUX-DAMES

par Francine Delacroix

Francine Delacroix

( Diplomée de l’Institut national des techniques de la documentation ( Paris ), son parcours universitaire, tant à Nanterre qu' à la Sorbonne, la conduit tout naturellement à une licence d'histoire de l’art. Passionnée dès l'enfance par l'art en général et le théâtre en particulier, grande amoureuse de la capitale, Francine Delacroix découvre la Bibliothèque historique à l'occasion d'un exposé sur l'Opéra Garnier. Elle rêve aussitôt de travailler en ce magnifique Hôtel d'Angoulème Lamoignon. Le rêve devient réalité en 1972. Fervente de théâtre, elle s'intéresse aussitôt à l' Association de la Régie Théâtrale. L'occasion de rejoindre le département spectacle se présente ; elle devient, en 1988, l'adjointe de la conservatrice d'alors, Marie-Odile Gigou.
En retraite, elle a rejoint l'Association qui garde le souvenir de son époux, le réalisateur André Delacroix. Elle poursuit sa quête fertile de documentation et travaille actuellement sur la riche conrrespondance de Jean Mercure. )

C 'est dans ce lieu où flotte l'esprit, l'âme et le talent des Coquelin que Constant est mort en travaillant le rôle du Coq de Chantecler, pièce écrite pour lui par Edmond Rostand.

Maison de retraite de Pont-aux-Dames

Tout commence en 1866 quand Constant Coquelin devient membre du comité de l'Association des Artistes Dramatiques, fondée par le Baron Isidore Taylor. Né le 15 août 1789 à Bruxelles, le baron est à la fois un artiste, un écrivain et un grand voyageur. Dans le but de protéger le patrimoine artistique et architectural français, il écrit Voyage pittoresque dans l'ancienne France. En 1825, nommé Commissaire Royal à la Comédie Française, le baron Taylor insuffle une nouvelle direction au répertoire classique, avec, notamment, Hernani de Victor Hugo. Il est aussi à l'origine du transport à Paris de l'obélisque de Louxor. C'est en 1844 qu'il fonde la Société des Artistes Dramatiques, suivie de celle des musiciens, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs.

Quand il rejoint l'Association, Constant a déjà en tête le sort des vieux comédiens, souvent seuls et sans ressources. Élu et soutenu le 27 février 1900, à la tête de l'Association, par Albert Carré et d'autres membres du Comité, il décide alors de créer une maison de retraite. Cette maison doit fonctionner en toute indépendance, avoir ses propres ressources et permettre aux vieux comédiens une fin de vie heureuse.

Le Théâtre du Parc à Pont-aux-dames
Théâtre du Parc
( Coll. J.P. Coquelin )

L'organisation d'une grande loterie au cours de laquelle le baron de Rothschild gagne un lot de 100.000 francs qu'il abandonne au profit de la création de la maison, lui offre la mise de fonds nécessaire à l'acquisition d'une propriété qu'il trouve à Pont-aux-Dames. C'est une ancienne abbaye où la Du Barry avait été envoyée en disgrâce par Louis XVI.

La vente est conclue pour 115.000 francs le 1er août 1902. C'est l'architecte René Binet qui assure les travaux s'élevant à 300.000 francs, une somme que Constant Coquelin trouve grâce à l'appui de son ami Waldeck-Rousseau qui les prélève sur le fonds du Paris-Mutuel,

Le 16 juillet 1903, Waldeck-Rousseau pose la première pierre. Afin d'assurer l'aménagement de la maison, Coquelin organise chaque année au Trocadéro, un gala auquel participent tous les grands artistes de l'époque dont Réjane et Mounet-Sully. Pour soutenir l'oeuvre de son ami, Rostand publie chez Laffite Le Verger de Coquelin. Pour les trois Coquelin, toutes les occasions sont bonnes pour collecter les fonds indispensables à la construction de la maison: tournées, galas de bienfaisance, expositions...

Le 27 mai 1905, c'est l'inauguration officielle avec tous ses amis et donateurs. Pour l'ouverture du Théâtre du Parc, le 29 juillet 1906, un train spécial amène de Paris, le Président de la République Armand Fallières, Antonin Dubosc, Président du Sénat, Adolphe Brisson, Président de la Chambre des Députés, Clémence, Président du Conseil, Jules Claretie, Administrateur Général de la Comédie Française et Albert Carré, Directeur de l'Opéra-Comique... C'est dans ce théâtre que Coquelin organise tous les dimanches d'été, des représentations en matinée.

La chambre de Coquelin aîné à Pont-aux-Dames
La chambre de Coquelin aîné

Il meurt dans la grande demeure personnelle qu'il s'est fait construire dans le parc, à proximité de sa « chère maison de comédiens », le 27 janvier 1909. Les obsèques sont retardées jusqu'au 29 juin car il faut le temps d'achever le tombeau que son fils Jean lui a fait élever dans le parc. Ce jour là, Jules Claretie, Adolphe Brisson, Robert de Flers et Edmond Rostand prennent la parole. Dujardin-Beaumetz 1 parle au nom du Gouvernement. L'éloge funèbre que prononce Edmond Rostand suscite une grande émotion.

Il fait graver sur le tombeau : « Qu 'il dorme dans ce beau jardin. Ses vieux comédiens le gardent. »

Après sa mort, c'est son fils Jean qui assure le bon fonctionnement de l'œuvre. Il fait en sorte que dans la maison de Coquelin, la chambre de son père reste en l'état, que rien n'y soit dérangé. Selon le vœu de Constant, il y installe un Musée du Théâtre. De 1921 à 1929, grâce au Paris-Mutuel et à quelques généreux donateurs, il verse une somme de 500.000 francs pour les travaux d'entretien et de réparation. Selon son désir, Jean Coquelin qui meurt le 1er octobre 1944 dans cette maison où il s'est retiré depuis 1942, est inhumé aux côtés de son père.

Les obsèques de Constant Coquelin à Pont-aux-Dames
Les obsèques de Constant Coquelin à Pont-aux-Dames

Avant de mourir, Jean lègue au musée les riches collections de sa famille. Jusque dans les récentes années quatre-vingt où la demeure de Coquelin, peu et mal entretenue, doit fermer ses portes, ce sont les pensionnaires de la maison de retraite qui assuraient la visite de ce musée aujourd'hui tombé dans l'oubli et qui a vu son intéressant contenu être plus ou moins dispersé.

Le Tombeau de Constant Coquelin

1 Dujardin-Beaumetz (Henri-Charles-Etienne), artiste peintre, homme politique, sous secrétaire d’Etat aux Beaux Arts

Francine Delacroix
in Les Coquelin
Société historique de Rueil-Malmaison 1998
avec leur aimable autorisation

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