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CONSTANT COQUELIN dit Coquelin aîné (1841-1909)

par Francine Delacroix

Francine Delacroix

( Diplomée de l’Institut national des techniques de la documentation ( Paris ), son parcours universitaire, tant à Nanterre qu' à la Sorbonne, la conduit tout naturellement à une licence histoire de l’art. Passionnée dès l'enfance par l'art en général et le théâtre en particulier, grande amoureuse de la capitale, Francine Delacroix découvre la Bibliothèque historique à l'occasion d'un exposé sur l'Opéra Garnier. Elle rêve aussitôt de travailler en ce magnifique Hôtel d'Angoulème Lamoignon. Le rêve devient réalité en 1972. Fervente de théâtre, elle s'intéresse aussitôt à l' Association de la Régie Théâtrale. L'occasion de rejoindre le département spectacle se présente ; elle devient, en 1988, l'adjointe de la conservatrice d'alors, Marie-Odile Gigou.
En retraite, elle a rejoint l'Association qui garde le souvenir de son époux, le réalisateur André Delacroix. Elle poursuit sa quête fertile de documentation et travaille actuellement sur la riche conrrespondance de Jean Mercure. )

Constant Coquelin
Constant Coquelin

Constant Coquelin naît le 25 janvier 1841 à Boulogne-sur-Mer. Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Ses parents tiennent une boulangerie-pâtisserie, rue de l'Écu. Il leur faut élever au mieux leurs enfants dans l'espoir qu'ils prennent leur succession. Mais les travaux du fournil ne passionnent guère Constant qui, avec sa voix juste et bien timbrée, préfère la chanson et la comédie. Déjà, à l'école du père Taverne, il s'amuse pendant les récréations à déclamer Les Dialogues des morts de Fénelon. 1 Plus tard, au collège de Boulogne, il développe ses qualités de comédien et se fait apprécier dans le cercle des amateurs de théâtre. Ses moments de loisirs, il les consacre aux représentations que viennent donner, pendant la saison des bains de mer, les grands comédiens de l'époque: Bocage, Frédéric Lemaître, 2 Dejazet 3... Une représentation d'Adrienne Lecouvreur d'Eugène Scribe avec la grande Rachel 4 confirme sa vocation théâtrale. Le 15 mai 1858, il apparaît pour la première fois en public sur les tréteaux d'une salle appelée La Baraque. Un an plus tard, il se fait applaudir au théâtre municipal dans Le Mousse, une pièce d'Emile Souvestre. Mais son père ne voit pas cette vocation théâtrale d'un très bon œil: « Il a un bon métier, une bonne affaire en main ! Il serait fou de tout quitter ».

Monsieur Coquelin père Mme Coquelin mère
M. Coquelin père - Mme Coquelin mère

Sa mère réussit à convaincre son mari de laisser Constant descendre à Paris pour y préparer le concours d'entrée au Conservatoire d'Art Dramatique. Il est admis le 29 novembre 1859 dans la classe de Régnier de la Brière 5 qui décèle très vite le talent et les qualités de son élève : « Il a le nez retroussé, la bouche bien fendue et l'œil intelligent des valets ».

François Régnier
François Régnier
Collection A.R.T.

Lors des concours de fin d'année, le 23 juillet 1860, il obtient le deuxième prix de comédie avec le rôle de Crispin dans Les Folies amoureuses de Jean-François Régnard ce qui lui vaut de signer une semaine plus tard, le 1er août 1860, son premier contrat de Pensionnaire à la Comédie Française. On lui confie d'abord les rôles d'utilités. Il en profite pour s'imprégner du talent des maîtres de la maison, observant leur façon de jouer, notant leur style et leurs attitudes. Ce n'est que le 7 décembre 1860 qu'il interprète son premier rôle important. Il s'agit de Gros-René dans Le Dépit amoureux de Molière. Comme l'a prévu son professeur au Conservatoire, il excelle dans les rôles de valets du répertoire classique. En 1862, son interprétation de Figaro dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais lui vaut son premier grand succès. Le public s'habitue très vite à ses qualités de comédien, à sa vivacité et à cette originalité qui tranchent avec la solennité de la Comédie Française. Pour le critique dramatique Francisque Sarcey, il est: « l'une des plus brillantes espérances de la comédie ».

Constant Coquelin dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais
Constant Coquelin dans Le Mariage de Figaro
Tableau de E. Friant

( Bibliothèque historique de la ville de Paris )

Coquelin joue avec un succès soutenu Les Fourberies de Scapin, Les Plaideurs, Don Juan, et de nombreuses autres pièces du répertoire classique. Il reprend le rôle du marquis dans Le Joueur de Jean-François Régnard, de Don Annibal dans L'Aventurière d'Emile Augier, du prince dans Fantasio d'Alfred de Musset.

Constant Coquelin dans L' Aventurière d'Émile Augier
Constant Coquelin dans L' Aventurière
Tableau de E. Friant
( Bibliothèque historique de la ville de Paris )

Nommé Sociétaire en 1864, il commence alors à jouer des auteurs contemporains comme Eugène Scribe 6 , Jules Sandeau 7 , Alexandre Dumas père et fils et surtout Victor Hugo qu'il sert avec talent. Il crée successivement, entre autres rôles, les personnages d'Anatole dans Une Loge d'opéra ( Jules Lecomte, 1862 ), de Gagneux dans Jean Baudry ( Auguste Vacquerie, 1863 ), de Michaud dans La Maison de Penarvan ( Jules Sandeau, 1863 ), d'Aubin dans Mycille (1863), de Tabarin dans la pièce du même nom ( Paul Ferrier, 1871 ), de Langlumeau dans Le Testament de César Girodot ( Adolphe Belot et Villetard, 1873 ), de Roblot dans Jean de Thommeray ( Émile Augier et Jules Sandeau, 1874 ), de Charveroul dans Chez l'avocat ( Paul Ferrier, 1875 ), de Filippo dans Le Luthier de Crémone ( François Coppée, 1876 ), du duc de Septmonts dans L'Étrangère ( Dumas fils, 1876 ), de Léopold dans Les Fourchambault ( Émile Augier, 1878 ).

Dans le même temps, Coquelin se lie d'amitié avec Gambetta, un jeune avocat dont le nom commence à résonner dans l'enceinte du barreau parisien. Il lui présente Waldeck-Rousseau, un confrère dont il fera plus tard son ministre de l'Intérieur et qui va prendre en main les affaires de Coquelin lors de ses démêlés avec la Comédie Française.

La passion de son métier, son travail sur les personnages, conduisent Coquelin à interpréter aussi bien des rôles comiques que romantiques. Il définit son art dans un ouvrage publié en 1880 : L'Art et le Comédien dans lequel il explique son travail sur la voix, le ton, l'articulation, la diction afin d'être bien entendu du public. Mais aussi, son intérêt pour la ressemblance physique. Il écrit d'autres publications: Le Misanthrope ( 1881 ); Les Comédiens par un Comédien ( 1883 ); Tartuffe ( 1884 ); L'Art de dire le monologue, avec son frère Coquelin cadet ( 1884 ).

L' Art de dire le Monologue de Coquelin cadet et Coquelin aîné
L' Art de dire le Monologue de Coquelin cadet et Coquelin aîné
( Bibliothèque historique de la ville de Paris )

Vingt ans de Comédie Française, l'admiration de la presse et du public ainsi que quelques très fructueuses tournées à l'étranger lui donnent l'envie de retrouver sa liberté. Son tempérament libre et impétueux lui vaut alors quelques sérieux ennuis avec la maison de Molière. Surtout avec son règlement issu des décrets du 27 germinal an XII, du 15 octobre 1812 ( Moscou ), du 17 octobre 1816, du 27 avril 1850 et du 19 novembre 1859. C'est à Charles-François Rémusat, préfet du Palais sous le Consulat, que revient l'honneur de son organisation. Les comédiens forment entre eux une Société sous durée limitée. Ils sont nommés par le gouvernement et peuvent être mis à la retraite au bout de vingt ans et même, depuis 1859, au bout de dix ans. Mais cette retraite, ils n'y ont pas droit: le gouvernement peut refuser leur démission, s'il le juge utile aux intérêts de l'art; et, s'ils quittent le théâtre sans permission, ils encourent la déchéance de tous les avantages qui leur sont dûs.

Des avantages qui ne sont pas négligeables. C'est une pension de retraite dont l'État et les Sociétaires ont la charge commune; c'est la restitution de leur part sociale dans les recettes ayant servi à l'exploitation du théâtre. Mais l'article 85 du décret de Moscou, qui ne fait que reproduire les dispositions antérieures, interdit par contre au sociétaire retraité de partir sur aucune autre scène de théâtre, soit en France, soit à l'étranger, sans la permission du gouvernement.

Les aventures de Coquelin avec la Comédie Française vont donner matière à un feuilleton aux multiples rebondissements et prendre une tournure politique rarement vue au théâtre. En 1880, l'Administrateur général, Émile Perrin apprend par la presse que, sans même avoir sollicité un congé, Constant Coquelin s'apprête à aller jouer à Londres avec Sarah Bernhardt, elle-même en rupture de contrat avec la Comédie Française. Gambetta, Président de la Chambre des Députés intervient pour soutenir son ami Constant qui donne malgré tout sa démission, le 31 mai 1880, avant de revenir quelque temps plus tard sur sa décision.

L'incident est clos. Le temps passe. Mais Coquelin a de plus en plus envie de prendre sa retraite en espérant pouvoir jouer sur d'autres scènes et même diriger un théâtre. Six ans plus tard, l'affaire d'Adeline Dudiay, une Sociétaire réintégrée par le ministre contre l'avis du Comité, lui donne l'occasion d'une démission définitive le 28 février 1886. Le Comité refuse à l'unanimité de l'accepter. L'Administrateur général Jules Claretie 8 écrit alors à Coquelin une de ces lettres caressantes, où l'orgueil le plus farouche aurait trouvé quelque saveur. Il lui parle de cette Comédie Française « qui lui doit et qui lui a donné tant de gloire ». Ce à quoi Coquelin répond: « Ma résolution est irrévocable. Je ne veux pas être subalternisé par les bureaux ».

La Comédie Française est toujours tentée de le retenir. Coquelin propose un arrangement financier aux exigences inacceptables pour le théâtre. Le ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, René Goblet, s'interpose en prenant l'arrêté du 7 octobre 1886, aux termes duquel la démission et le départ à la retraite sont acceptés.

Coquelin est confirmé alors au rang des Sociétaires pensionnaires. Il lui est interdit, conformément à l'article 85 du décret de Moscou, de jouer dans aucun théâtre de France sans l'autorisation expresse du ministre.

Coquelin riposte en organisant alors avec son fils Jean une série de représentations à l'étranger. Pendant deux ans, la fortune accompagne l'immense succès qu'il rencontre en Russie, à Londres, à Constantinople, en Alsace-Lorraine, et aux États-Unis où il achève sa tournée américaine par une brillante représentation au Star Théâtre de New-York. Au retour de ce voyage, la nostalgie du public parisien le conduit à demander son retour à la Comédie Française. Jules Claretie y est favorable. Mais le Comité, en accord avec le nouveau ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, Édouard Lockroy, refuse les conditions proposées par Constant Coquelin. Le 15 mai 1889, il donne sa représentation de retraite sur la scène de la Comédie Française et repart pour un an aux États-Unis d'où il demande le versement de ses fonds sociaux qui est liquidé, le 25 février 1889.

À son retour, malgré le refus, signifié par Raoul Fallières, nouveau Ministre de l'Instruction Publique, de jouer sur aucun autre théâtre français, la presse annonce déjà le retour de Coquelin sur quelques scènes. Ses démêlés avec l'administration de la Comédie Française au sujet de ses tournées en province contraires à ses engagements continuent d'alimenter la une des journaux et les conversations des salons parisiens. Après avoir accepté un engagement avantageux au théâtre de La Porte Saint-Martin, il y renonce par crainte de poursuites judiciaires. Il demande à revenir comme Pensionnaire à la Comédie Française. Le Ministre donne son accord pour un contrat d'un an renouvelable. Ce retour se complique par les engagements qu'il a contractés avec l'étranger et qu'on l'autorise à honorer en lui accordant des possibilités de congés.

Il reprend quelques-uns de ses anciens rôles du répertoire: Gros-René du Dépit amoureux, Scapin, Diafoirus du Malade imaginaire et Gringoire de Théodore de Banville. II crée avec un soin tout particulier le personnage de Labussière dans le fameux drame révolutionnaire de Victorien Sardou, Thermidor, interdit par Clémence dès la troisième représentation, après avoir été autorisé par la censure le 25 janvier 1891.

Jean Coquelin lisant à son père le manuscrit de Thermidor
Jean Coquelin lisant à son père le manuscrit de Thermidor
Tableau de E. Friant

Le 25 janvier 1892, la Comédie Française crée La Mégère apprivoisée de Shakespeare dans une adaptation versifiée de Paul Delair et lui offre de jouer Petruccio.

Coquelin aîné dans La Mégère apprivoisée de William Shakespeare
Coquelin aîné dans La Mégère apprivoisée
Tableau de Louis Picard

( Bibliothèque historique de la ville de Paris )

C'est sa dernière création dans la maison de Molière. Coquelin, ne pouvant se résoudre à ne pas jouer sur d'autres scènes, reprend ses tournées avec une troupe entièrement constituée par lui. Outre le répertoire classique, il joue ses dernières créations, y compris Thermidor, sur les scènes européennes et américaines ( 1892-1893 ). En 1894, il crée Les Cabotins de Victor Koning, Arthur Emmanuel et Jules rival, à Lyon, et se produit ensuite au Théâtre de la Renaissance dirigé par Sarah Bernhardt, étoile au firmament de la scène, avec qui il a déjà joué Ruy-Blas de Victor Hugo et La Tosca de Victorien Sardou. Elle offre à « son grand coq » de se lancer dans de nouveaux personnages du théâtre de Molière: Sosie d'Amphitryon et Sganarelle du Médecin malgré lui. Quelques temps plus tard, Sarah lui présente Edmond Rostand, un jeune auteur de vingt-sept ans qui vient de lui écrire La Princesse Lointaine et qui est en préparation pour elle de La Samaritaine, L'auteur et l'acteur se lient d'amitié et sur-le-champ. «  Vous portez en vous la force des vainqueurs, poètes et idéalistes… Si vous voulez, je serai votre premier colporteur d’idéal  ». Edmond Rostand destine à Constant, le rôle principal de Cyrano de Bergerac.

En 1895, la Comédie Française, estime que la liquidation de sa pension de retraite enlève à son ancien Sociétaire le droit de lui créer une sorte de concurrence en jouant sur d'autres scènes. Elle lui intente un procès pour qu'il cesse ses représentations et respecte ses engagements. Au cours d'une audience qui attire le Tout-Paris théâtral et malgré la défense subtile et talentueuse de son avocat Waldeck-Rousseau, Constant est condamné le 14 mars 1895 à 500 francs d'amendes et de dommages et intérêts pour chaque représentation qu'il donnerait à Paris et en province. Au mépris de cette décision, il continue de paraître au Théâtre de La Porte Saint-Martin et vole alors de succès en fortune. Il fait salle comble en 1896, en reprenant le personnage de Labussière dans Thermidor avant de jouer Messire Du Guesclin de Paul Déroulède et Fanfan la Tulipe de Paul Meurice.

Coquelin aîné dans Thermidor de Victorien Sardou
Coquelin aîné dans Thermidor
( Bibliothèque historique de la ville de Paris )

L'affaire ne s'arrête pas là. Après une longue bataille de procédure ( appel, pourvois en cassation... ), et les interventions embarrassées du Président du Conseil, Jules Méline, du ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, Alfred Rambaud, de Waldeck-Rousseau, une transaction est enfin trouvée. Coquelin verse un dédit de 100.000 francs, paie le montant des condamnations prononcées contre lui, accepte de ne pas percevoir sa pension de retraite pendant tout le temps où il jouera à Paris et en province jusqu'à sa réintégration dans la Maison, prévue en 1899. Qu'il ne réintégrera évidemment pas ! De guerre lasse, les autorités finissent par céder. Avec l'arrêté ministériel du 2 août 1899, Coquelin retrouve alors une liberté totale et peut enfin se consacrer à ces rôles qui vont couronner sa carrière.

Sa vie se confond alors avec le théâtre de la Porte Saint-Martin dont il prend possession en 1896 avec son fils Jean. Il s'y fait adopter et aimer par un public amateur de sincérité, de fougue, de vivacité et d'imagination. On vient de partout pour le voir. La création de Cyrano dont la générale a lieu le 28 décembre 1897, est le plus grand événement théâtral parisien. Le succès est considérable. On joue à guichets fermés et le quartier connaît ses plus grands embouteillages. Coquelin donne toute la mesure de son talent et de sa virtuosité. « Il est l'âme de cette pièce. L'âme vivante, turbulente, maniérée, exquise. Quel comédien ! Quel merveilleux comédien ! Toujours en scène et y mettant tous les autres qu'il échauffe de sa verve » écrit le critique Francisque Sarcey. Neuf-cent-vingt-sept représentations plus toutes celles données dans d'autres théâtres lui assurent une gloire éternelle. Pourtant, avant la générale, le doute commence à s’installer chez l’auteur. À quelques minutes du lever de rideau Constant Coquelin essaie de le rassurer avec ces paroles  : «  Vous m’avez donné un chef d’œuvre  ». L’ovation qui salue la fin du premier acte lui donne raison. Le public est bouleversé par le dernier acte. Quand le rideau tombe sur les derniers saluts, Coquelin se tourne vers Rostand  : «  Ça c’est un rôle  ! Je lance le vers dans la salle et je le reçois en écho sur le nez  ». Le lendemain de cette brillante soirée, Edmond Rostand encore ému et bouleversé écrit à son acteur porte-bonheur  :  «  C’est à l’âme de Cyrano que je voulais dédicacer ce poème mais puisqu’elle a passé en vous, Coquelin, c’est à vous que je le dédie  ».

Constant Coquelin dans Cyrano d'Edmond Rostant
Constant Coquelin dans Cyrano
Studio Nadar
Collection A.R.T.
Cyrano de Bergerac - L'Hotel de Bourgogne, Acte I

Cyrano de Bergerac
- L'Hotel de Bourgogne, Acte I
in Le Théâtre Juillet 1900

Collections A.R.T.

Dès lors, il devient l'interprète préféré d'Edmond Rostand qui lui voue une profonde admiration. En 1901, après avoir cédé la direction du théâtre de la Porte Saint-Martin à son fils Jean, il accepte de jouer le rôle de Flambeau dans L'Aiglon, dans le nouveau théâtre que Sarah Bernardt vient de prendre sur la place du Châtelet. Il ne peut rien refuser à son envoûtante admiratrice ainsi qu'à son ami Rostand.

Constant Coquelin dans le rôle de Flambeau dans L' Aiglon d'Edmond Rostand
Constant Coquelin dans le rôle de Flambeau dans L' Aiglon
Coll. Jean-Paul Coquelin

Et quand le poète lui propose Cbantecler, écrit pour sa voix claironnante et sa fougue lyrique, il est captivé par le rôle insolite du Coq. Ce coq qui orne verres, tasses et divers objets de son bureau mais aussi un amical sobriquet dont l'affublent affectueusement Sarah et ses amis comédiens: « Coquelin est un coq ! », Il désire vivement monter cette pièce et travaille son personnage avec ardeur, il dit à ses amis  : «  Chantecler dépasse en beauté Cyrano  ». Peu de temps avant la répétition au Théâtre de la Porte Saint-Martin, l’acteur tombe soudain malade. Pour se remettre il part dans sa maison à Pont aux Dames mais il sera foudroyé par une embolie le 27 janvier 1909. Pour le monde entier, ému par sa disparition, le fils du boulanger de Boulogne-sur-Mer est devenu l'une des plus grandes figures du théâtre français. Edmond Rostand bouleversé par la disparition de son ami a eu ces mots  :  «  Adieu  ! Mon ami  ! Je ne me consolerai pas. Ces feuillets que vous touchiez encore le matin de votre mort et auxquels vous m’avez fait l’honneur déchirant de vos dernières joies sont à vous, à votre fils Jean. Lorsqu’en pleurant, il les retrouvera dans vos papiers, lui seul décidera de leur sort  ». C’est en 1910 que la pièce sera créée par Jean Rostand. Edmond Rostand s’éteint à son tour le 2 décembre 1918.

Edmond rostand, Roselinde Gérard, Sarah Bernhardt, Constant et Jean Coquelin vers 1900
Edmond Rostand, Rosemonde Gérard, Sarah Bernhardt, Constant et Jean Coquelin vers 1900
Coll. Jean-Paul Coquelin

Comédien, directeur de théâtre, organisateur de tournées en Europe et dans le monde, « star » incontestable de son temps, la vie de Constant Coquelin a été marquée par une boulimie de travail et une popularité hors du commun. Ses tournées ont fait l'objet de rencontres avec des personnalités de tous bords et dans tous les domaines des arts, des lettres et de la politique. Ambassadeur des planches, il a rencontré Edouard VII, Léopold II, le Roi des Belges. L'empereur Guillaume II qui lui vouait une admiration sans bornes invitait régulièrement ce brillant tireur à la chasse dans son château de Huizé-Doome et lui a même offert un glaive de chasse. « Le grand Coq » fut reçu par le roi de Saxe, le roi de Wurtemberg, le couple royal de Roumanie et le roi de Bavière qui lui fit cadeau d'un encrier en argent. Élisabeth de Roumanie, femme de lettres plus connue sous le pseudonyme de « Carmen Sylva », le conviait à sa table comme un ami. En Turquie, le Sultan Abdul-Hamid le combla d'honneurs. Partout dans le monde, on a couvert Constant de cadeaux et on s'est empressé autour de lui comme on l'aurait fait d'un grand diplomate.

Soucieux du sort des vieux comédiens démunis, désireux de leur assurer une fin de vie paisible et heureuse, l'œuvre qui lui fut la plus chère, est cette Maison de Retraite des Vieux Comédiens de Pont-aux- Dames 9 qu'il fonda après avoir été nommé Président de l'Association des Artistes Dramatiques.

1 Fénelon (1651-1715), homme d’église, théologien et écrivain français
2 Frédéric Lemaître (1800-1876), un des plus célèbres acteurs du Boulevard du Crime à Paris. Il créa le rôle de Kean d’Alexandre Dumas
3 Virginie Dejazet (1789-1875), grande actrice qui donna son nom à la salle de spectacle située boulevard du Temple
4 Rachel (1821-1858), grande tragédienne dans son interprétation des pièces de Corneille et de Racine
5 François Philoclès Régnier de la Brière ( 1807-1885 ). Joue aux théâtre de Montparnasse, de Metz, de Nantes, du Palais Royal. Pensionnaire de la Comédie Française le 6 novembre 1831. Sociétaire le 1er avril 1835. Retraité le 10 avril 1871. Régisseur général de la Comédie Française puis Directeur de scène à l'Opéra
6 Eugène Scribe ( 1791-1861), auteur dramatique, passionné de théâtre et aussi librettiste. Il composa des comédies, des vaudevilles et des livrets d’opéra
7 Jules Sandeau (1811-1883), romancier et auteur dramtique. Connu aussi pour sa liaison avec l’auteur George Sand
8 Jules Claretie (1840-1913) , administrateur de la Comédie Française de 1885 à 1913 mais aussi romancier et auteur dramatique
9 Couilly Pont aux Dames (77 860)

Francine Delacroix
in Les Coquelin
Société historique de Rueil-Malmaison 1998
avec leur aimable autorisation

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