En 1945, Georges Pillement a publié une Anthologie du théâtre français contemporain. Cette recherche s’étalait sur trente années, de 1915 à 1945. L’auteur répartissait la production théâtrale en trois volumes, Le théâtre d’avant-garde, Le théâtre des romanciers et poètes, Le théâtre dit de boulevard ( puisqu’on n’a pas encore trouvé de terme satisfaisant pour qualifier le théâtre de divertissement ).
Dans son introduction, Georges Pillement se montre très sévère et même injuste dans le mépris qu’il affiche envers cette catégorie de spectacle. S’il est vrai que dans ce genre de théâtre le meilleur côtoie souvent le pire, il est difficilement acceptable de voir mépriser Feydeau et, en évoquant le théâtre de divertissement « seulement préoccupé de satisfaire les aspirations les plus vulgaires et les plus basses du public ». Ce boulevard qui, après quatre ans de guerre, prendra une autre tournure, le comique prenant ses sources dans la dérision et l’amertume, et son ton souvent bourgeois, guilleret et compassé ayant fait place à une liberté pleine d’ironie et quelquefois de férocité…
Plus surprenant encore, la liste des auteurs d’avant-garde dans laquelle on trouve Anouilh, Neveux, Salacrou, Sarment, Giraudoux, Passeur et Jules Romains. Ces créateurs, considérés à l’époque comme d’avant-garde, nous font mieux comprendre combien a été importante et rapide l’évolution théâtrale durant la période que nous allons traiter : 1945-1975.
En effet, les auteurs cités ci-dessus, en tant qu’avant-gardistes, font pâle figure auprès de leurs successeurs Ionesco, Beckett et Adamov.
Nous avons décidé de nous limiter à 1975, car à partir de cette date, la machine s’est emballée et la prolifération des auteurs n’a eu d’égal que celle des salles de spectacle qui, de 48, sont passées à 215, plus 25 cafés-théâtre. Il n’y a pas de semaine qui ne voie s’ouvrir une nouvelle salle. La plupart d’entre elles présentant plusieurs spectacles différents chaque jour, c’est près de 4OO propositions quotidiennes qui sont faites aux parisiens. Certains pensent que c’est un bien, d’autres le contraire.
Nous avons voulu traiter l’époque 1945-1975 car elle nous a semblé particulièrement riche, et mériter de figurer dans une anthologie, et l’arrivée du théâtre américain, succédant aux quatre années noires d’occupation, allait bouleverser l’ordre établi. Il est évident qu’en plus des auteurs révélés durant cette période, figureront ceux qui, avant 45, occupaient déjà une place de choix dans le répertoire dramatique et ont continué de produire après 45. Également, il nous a semblé utile de rappeler leur production antérieure, ceci afin qu’un lecteur néophyte puisse survoler l’ensemble des œuvres de l’auteur concerné. Certains trouveront peut-être discutable le choix de certains auteurs, choix qui, par définition ne peut-être qu’arbitraire. Il nous a semblé injuste d’oublier certains auteurs originaux relativement peu joués et n’ayant pas rencontré l’approbation d’un nombreux public.
D’autre part, il s’est révélé impossible de procéder, comme Georges Pillement, à un classement par catégorie car si, de 45 à 75, le théâtre a beaucoup évolué, c’est du fait des auteurs pour lesquels la plus grande liberté de création s’est imposée, liberté qui a abouti au mélange des genres. À part le pur boulevard, qui a poursuivi sa route avec sérénité, il nous a semblé difficile de déceler la part de la fantaisie, du social, de la recherche ou de la poésie dans la plupart des œuvres nouvelles. Cet ouvrage reflétera le plus grand éclectisme, où Marguerite Duras figurera aux côtés de Marc Camoletti. De même nous ne saurions, en aucun cas, porter le moindre jugement de valeur.
Par ailleurs, le nombre d’œuvres a posé un problème, car de grands auteurs, romanciers ou historiens n’ont écrit qu’une ou deux œuvres dramatiques. Les auteurs étrangers vivant en France et écrivant directement en français nous ont semblé devoir figurer dans le présent ouvrage.
En ce qui concerne certains très grands noms de l’Art Dramatique, nous nous sommes trouvés devant un dilemme, car leur gloire avait déjà suscité de nombreuses biographies. Pour Sacha Guitry par exemple, il existe une cinquantaine d’ouvrages retraçant sa vie et son œuvre. Il pouvait donc sembler inutile de publier une fois de plus ce qui avait déjà été fait. Il est néanmoins impossible, dans un tel ouvrage, de passer sous silence les biographies de Guitry, Pagnol, Aymé, Sartre, Camus et Montherlant.
Notre souhait est que ces textes puisse tomber sous les yeux d’un jeune curieux et que leur lecture éveille en lui le désir d’en savoir plus sur ces grands noms de notre théâtre.
Jean-Jacques Bricaire
Jean-Jacques Bricaire fut en 1948 le plus jeune administrateur des théâtres parisiens et en 2000 l’un des plus âgés des directeurs. Pendant cette longue période, il a travaillé avec l’ensemble des auteurs dramatiques, est devenu l’ami de la plupart d’entre eux et lui même, avec son complice Maurice Lasaygues, a fait jouer neuf de leurs pièces sur des scènes parisiennes. Malheureusement le décès de M. Lasaygues mit fin à cette heureuse collaboration.
Geneviève Latour se présente sous le vocable d’assistante-intermittente. Après avoir fait pendant quatre ans ses classes auprès de Pierre Dux, elle a eu le bonheur de travailler, le temps d’un montage de pièce ou bien plus longtemps, avec des metteurs en scène comme Jean-Marie Serreau, Jean-Louis Barrault, Jean Vilar, des auteurs comme Arthur Adamov, Eugène Ionesco, André Roussin, des décorateurs comme Jean-Denis Malclès ou Jacques Noël, pour ne citer que ceux-là. Depuis 1986, elle s'est consacrée au montage d’expositions concernant l’histoire du Théâtre.
Note de l'illustrateur: L'A.R.T. possède beaucoup plus de photographies dans ses collections qu'elle ne peut en montrer en raison des droits d'auteurs prohibitifs .
Par ailleurs, certains textes sont en cours d'illustration.