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Georges Vitaly - Le Mal Court

À l’hôtel Taranne, Jacques Audiberti a pour voisin un artiste russe d’une cinquantaine d’années, Georges Annenkof touche à tout passionné, portraitiste, poète, adaptateur de pièces étrangères, décorateur de cinéma et de théâtre. Celui-ci est l’ami d’un nouveau directeur de troupe théâtrale, Georges Vitaly âgé de trente ans. Grâce à une heureuse initiative d’Annenkof, Audiberti et Vitaly se rencontrent aux Deux Magots. C’est un coup de foudre. Cette rencontre deviendra pour les deux artistes l’origine de leurs succès respectifs. À peine ont-ils fait connaissance qu’en termes poétiques et exaltés Audiberti raconte à son interlocuteur le sujet de la pièce qu’il vient de terminer et l’état d’esprit foudroyant dans lequel il se trouvait en l’écrivant: « J’ai écrit en état de transe, comme si  Le Mal Court avait été écrit quelque part dans l’espace et que je n’eusse qu’à recopier ce qui était devant moi et au delà de moi. J’ai dû l’écrire en deux heures … ».
Avant la fin de la lecture Georges Vitaly sait qu’il va monter la pièce.

"le mal court" de Jacques Audiberti
Le Mal court
R.J. Chauffard, G. Vitaly, S. Flon et L. Guervil

(photo Roger-Viollet)

Pour jouer le personnage principal, Alarica, il engage une jeune comédienne, ancienne secrétaire d’Edith Piaf, qui n’avait tenu jusqu’alors que de tout petits rôles : Suzanne Flon.

texte
Texte annoté par J. Audiberti

Les répétitions bien avancées, il faut trouver un théâtre. Vitaly avait été engagé l’année précédente par Jacques Hébertot pour jouer aux côtés de Gérard Philipe dans le Caligula d’Albert Camus. C’est donc au maître du Boulevard des Batignolles qu’il propose en premier Le Mal Court. Hébertot rejette la pièce comme étant une œuvre littéraire plus que théâtrale. Après plusieurs refus dont celui du responsable du Vieux Colombier, Vitaly finit par convaincre Pierre Valde, directeur endetté du Théâtre de Poche. Celui-ci accepte d’afficher Le Mal Court, comme un pis aller. C’est un pur succès qui se confirme lors d’un triomphal Premier Prix au Concours National des Jeunes Compagnies. Par la suite, la pièce connaîtra une très brillante carrière et fera les recettes de plusieurs théâtres. Du Poche, elle passera au Studio des Champs-Élysées puis, retraversant la Seine, elle s’installera rue Champollion, au Théâtre des Noctambules, avant de partir en tournée. Le spectacle ne s’arrêtera qu’en octobre 1947, lorsque Suzanne Flon, ayant acquis ses galons de vedette, sera kidnappée par André Roussin qui vient de terminer d’écrire La Petite Hutte.

Depuis le soir de la Générale du Mal Court, Jacques Audiberti est devenu l’auteur dont « on parle » dans les dîners mondains et littéraires : « Il faut, cher ami,  avoir vu sa pièce, c’était indispensable ». Les lecteurs de Samedi Soir apprennent que « Les dames cultivées d’Auteuil raffolent d’Audiberti et plusieurs lui ont déjà proposé de le placer à la tête d’une « librairie tea-room » qu’elles rêvent d’ouvrir en face du Flore ».

Que pense Audiberti de tout ce tintamarre? Il hausse les épaules. Ce qu’il désire par-dessus tout c’est qu’on le laisse vivre à sa guise et surtout qu’on n’intervienne pas dans ses projets. Il refuse systématiquement de communiquer son numéro de téléphone à quiconque et donne ses rendez-vous aux  Deux Magots, tout en continuant d’habiter l’hôtel Taranne, dans une chambre au désordre indescriptible.

Son besoin de solitude n’empêche pas Jacques de retourner vivre de temps en temps avec sa femme et ses enfants dont, en père attentionné, il surveille les études. Les fillettes sont fières de leur père. Bien qu’il ait abandonné le métier de journaliste, Audiberti a gardé des relations avec la presse et il accepte d’effectuer des reportages lors d’affaires de grande envergure. Ainsi va-t-il couvrir le procès de Riom. Avant son départ, quelqu’un dit à Marie-Louise: « Tu as de la chance, ton papa va aller en Auvergne et il te rapportera du beurre, de la viande, de l’huile de noix ... ». Offensée, la petite fille répond : « Vous ne le connaissez pas, il nous rapportera un poème... ».

Jacques Audiberti et ses filles
J. Audiberti et ses filles, Marie-Louise à gauche et Jacqueline à droite
Collection particulière

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