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L’Épreuve de la Maladie

En juillet, Audiberti se sent malade, il consulte son médecin. Celui-ci décèle un cancer des intestins. Le 9 octobre 1964, L’Aurore annonce en gros titre: « AUDIBERTI HOSPITALISÉ, rechute grave à la suite d’une intervention chirurgicale ». Les résultats des examens cliniques sont inquiétants. À peine réveillé de son sommeil opératoire, le malade apprend que le Conseil Municipal d’Antibes vient de donner son nom à la place publique entre le port et l’Hôtel de Ville aux pieds des remparts. « Il n’y a plus d’espoir, je suis déjà mort » pense-t-il.

Le 17 octobre, Jacques Audiberti voit son œuvre couronnée par le jury du Grand Prix des Lettres. Cette récompense lui donne un regain de courage. Assis devant sa table de travail encombrée de petits personnages de métal peint, un clown, un singe déguisé en groom, un manège de lilliputien, un boucanier unijambiste, un ange à la guitare, il entreprend la rédaction d'une sorte de journal, relatant son passé et son présent. Sur de grandes feuilles de papier vert, il raconte sa souffrance dans un dernier ouvrage, « Dimanche m'attend »: « Tous, regardez ma misère à laquelle la vôtre, sans erreur, se confond. Mon corps, perforé à la hauteur du rein droit, le seul qui me reste, où s'enfonce un tuyau de fourneau à gaz, traîne encore la boue gluante du monde ancien, ses chaises de paille, ses juments de selle, ses tripes à la génoise et même cette peau, celle de mon père, celle du père de mon père, chargée d'un évident virus biologique, étendu à l'ensemble de la nature, qu'un tel virus dépende ou non d'une originelle imprudence ou désobéissance ».

En dépit de sa fatigue, il s'efforce d'écrire mais le découragement l'emporte sur son plaisir de rédiger. À un ami journaliste, J. Vermorel, il confie son infortune: « Je déteste écrire, je déteste ça, ça m'assomme, ça ne sert à rien. Je suis un écrivain du XIXème siècle, de la fin, né en 1899. À cette époque les rapports des écrivains étaient sacerdotaux. Outre la fatigue, la maladie, je souffre. Et l'âge, c'est un sentiment d¹inopportunité ». 1

Jacques Audiberti par Suzanne Laugier
Jacques Audiberti par Suzanne Laugier
Collections A.R.T.

Audiberti devra souffrir presque une année avant que la mort ne le délivre.

Le 10 août 1965, il s’éteint dans son appartement du boulevard Saint-Germain.
Sur son agenda, il a écrit quelques heures auparavant: « Mauvaise nuit. Mauvais sommeil. Marre… marre… marre ».


1. Paris Presse, extrait d’interview 28 novembre 1964

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