Association de lalogoRégie Théâtrale  

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Une enfance sous le signe de la tragédie

Le soir du 12 décembre 1927, à la sortie des stations de métro, les crieurs de journaux hurlent à pleine voix «  Demandez Le Petit Parisien ! Deux beaux frères se querellent, l’un d’eux est tué d’une balle au cœur…, Demandez la dernière édition ! » . Le drame s’est déroulé dans l’appartement de la victime en présence d’un bébé de trois mois dormant dans son berceau. Le petit François, né le 27 septembre précédent vient d’assister à l’assassinat de son jeune père par son oncle. Peut-être le pauvre chérubin a-t-il été réveillé au bruit sec du coup de feu ? peut-être pas ? Toujours est-il que son entourage familial restera fort évasif quand, plusieurs années après, l’enfant posera des questions sur la disparition de son papa et l’absence de son tonton . Ce sujet fait partie de ces secrets de famille que l’on « emporte dans sa tombe ».

Miniaturiste sur ivoire, Adrienne Billetdoux, veuve à vingt-trois ans et mère de deux enfants en bas âge, gagne difficilement sa vie. Le ciel soit loué, peu de temps plus tard, elle rencontre le second amour de sa vie. Elle se remarie. Le couple s’installe à Montmartre, rue Paul-Féval, Deux autres enfants naissent. La vie semble reprendre ses droits. Malheureusement, Adrienne est frappée de tuberculose, la maladie se développe très vite et la jeune femme s’éteint chez elle, le jour même des sept ans de François. L’enfant assiste au rituel d’un enterrement.

Au retour des obsèques, sa grand-mère maternelle le prend en charge, le séparant de son beau-père et de ses demi frère et sœur. Quoique institutrice, sans grands revenus, Mme Vidal assume sa mission : faire de son petit-fils un homme responsable. Elle lui inculque les notions de courage, de travail bien fait, de politesse, et d’économie. François prend des leçons de violon. François est bon élève, François va au catéchisme, François est enfant de chœur à l’église Saint-Pierre de Montrouge...

Étouffé par le secret des drames familiaux et bridé par l’éducation stricte de sa grand mère, le petit orphelin s’échappe du quotidien en se racontant des histoires et décide, à huit ans, de devenir écrivain. Quatre ans plus tard, élève au lycée Condorcet, il entre dans la compagnie des Mascarilles que dirige un professeur de Letttres, Jean Catel. Cette troupe de lycéens amateurs jouit d’une fameuse réputation dans les établissements secondaires de Paris et quand on annonce leur venue dans un lycée de filles, aucune d’elles ne manque à l’appel. C’est ainsi qu’à quatorze ans François Billetdoux obtient un rôle dans Le Livre de Christophe Colomb de Paul Claudel.

Février 1943, pour lui comme tous les lycéens de son âge, la tragédie ne se déroule pas que sur les planches, et François est embrigadé dans une section de secouristes chargée de déterrer les morts et de porter secours aux blessés lors des bombardements de Clichy et de Boulogne - Billancourt.

Août 1944, Paris est enfin libéré, François s’inscrit à la fois à la Sorbonne et au cours dramatique de Charles Dullin. «  Je ne cherchais pas à être comédien, mais plutôt à étudier la mise en scène. Je crois qu’au théâtre, il faut savoir tout faire ». 1

Mai 1945, le cauchemar de la guerre prend fin. La victoire enflamme toute une génération  De nouveaux débouchés artistiques s’offrent aux jeunes et ils s’y jettent à corps perdu. Billetdoux est de toutes les innovations dans le domaine du spectacle et de la communication. Il entre à l’Institut des Hautes Etudes Cinématographique. L’année suivante, il fait partie du petit groupe réuni autour du poète Jean Tardieu et du musicien Pierre Schaeffer, créateurs de Club d’Essai de la Radiodiffusion Française. On charge François du service des Variétés. « La radio me tient lieu d’université » se vante-t-il à qui veut l’entendre. À dix-neuf ans, il signe, dans les bureaux de la rue Cognac-Jay son premier contrat de producteur-réalisateur en attendant celui de directeur des programmes de Radio-Martinique qui lui sera proposé en 1949 et l’oblige à quitter la France pour une année

1 Le Théâtre d’Aujourd’hui Paul-Louis Mignon Edition de l’Avant-Scène 1966

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