Association de lalogoRégie Théâtrale  

6

À la recherche de formes scéniques inédites

Au soir du 1er février 1972, Jean Mercure, directeur du Théâtre de la Ville, est inquiet. Comment son public va-t-il recevoir la nouvelle pièce de François Billetdoux au titre extravagant de Rintru Pas Trou Tar Hin ! 12 Traduit en bon français ce grommellement signifie : Ne rentre pas trop tard, hein ! L’auteur, interrogé par la presse, s’en explique : « Je me suis toujours préoccupé des problèmes sonores. Nous appartenons à un monde de plus en plus oral. Je cherche à faire ressentir certains états où nous pouvons nous trouver aujourd’hui dans ce monde de catastrophes ». 13 En parodiant la reconstitution télévisée d’un attentat en direct, l’auteur cherche à faire de Rintrou pa trou tar, Hin ! un psychodrame destiné à provoquer l’aveu des présumés coupables. Le superbe décor de Yannis Kokos ne suffit pas pour faire du spectacle un triomphe populaire

Incompris mais nullement déçu, Billetdoux dédaigne l’admiration du grand nombre. Plus le temps passe et plus il se consacre au travail de laboratoire , il compose désormais pour les initiés et non pour le public du samedi soir qui ne va au théâtre que pour se divertir ou pour être ému. C’est dans cet esprit qu’il écrit un poème-spectacle : Ne m’attendez pas ce soir. Le petit Odéon affiche cet acte, évocation de Gérardl de Nerval et de Guillaume Apollinaire, à 18h.3O le 20 octobre 1971 .

Billetdoux aime s’expliquer auprès du public avant que ne commence la pièce : « Fort de ma faiblesse d’homme vulnérable au désordre d’aujourd’hui, je tente d’improviser ici quelque chose qu’on pourrait nommer « La Chanson du mal aimant » J’ignore encore si ce sera une messe basse ou une clownerie. Cela dépendra des communiants. Méchants s’abstenir ! ». Puis face à une immense poupée, l’auteur, portant cravate de clown, culotte courte, perruque blanche et gros nez rouge, se met en scène et interprète lui-même le rôle d’un homme vieillissant, mal aimé et mal aimant.

Hélas la presse est cruelle et s’en donne à cœur joie : «  Que peut vouloir dire ce fatras de mots, ce fouillis de phrases, ce bric à brac d’idées en folie ? ». 14

Billetdoux ne cherche pas à se défendre, il est déjà sur une autre piste. Il a rencontré Jacques Voyel. Ce dernier lui a montré ses marionnettes Shamanes de deux mètres de haut, souples, sans fil, sans gaines. Le manipulateur, qui permet à ses poupées de se mouvoir, se comporte comme un personnage pouvant cacher sa propre action derrière celle de son double. Billetdoux s’enthousiasme et cette découverte engendre en lui une inspiration nouvelle dont l’aboutissement en seront Les Veuves,  « tapisserie lyrique », créée en co-production avec France Culture, le 18 juillet 1972 au Festival de Vaison-la Romaine et reprise le 26 octobre 1972, à l’espace Cardin. Tandis qu’en coulisses s’affairent les techniciens du son, sur scène, les comédiens, dont François Billetdoux et sa fille aînée Virginie – devenue comédienne -, se mêlent aux mimes, au chanteur-musicien et aux manipulateurs de marionnettes. Cette fois public et critiques sont conquis. On parle de  « présence magique dans un espace aussi magique », 15 de « Poème dramatique d’une ligne très pure qui nous conduit aux lisières du réel et du rêve », 16 de l’ « accord parfait de cette musique, de cette tendresse avec les étranges marionnettes (qui) donne au spectacle son mystère et sa beauté »,  17 « aucun mot n’est assez fort pour traduire l’éblouissante beauté de ce grand ballet gestuel... ». 18

Les veuves de françois billetdoux
Les Veuves
Collections A.R.T.

12 cf Analyse et Critiques
13 Nouvelles littéraires 12 février 1971
14 l’Aurore André Ransan 26 octobre 1971
15 Combat Frédéric Mignon
16 L’Aurore André Ransan
17 France Soir Pierre Marcabru
18 L’Humanité Dimanche Jean-Paul Liégeois

Haut de page

retour suite
Table des matières

la mémoire du théâtre