Association de lalogoRégie Théâtrale  

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Quelques Pièces

LE SQUARE

Analyse

Dans un jardin public, un homme et une jeune fille sont assis côte à côte. Elle surveille les enfants de sa patronne. Lui, petit voyageur de commerce sans envergure, se repose. Il engage le dialogue. L’un comme l’autre sont aussi mal armés devant la médiocrité de leur existence Et leur conversation ne les mènera à rien.

Critiques

« Pas d’intrigue et par conséquent pas de péripéties. Pas de problèmes, pas de vie, pas de mouvement.J’allais dire pas de personnages. Enfin presque pas...On les a choisis pour nous montrer que l’insignifiance signifie un tas de chose. C’est l’âme des simples vue par la N.R.F. (...) Il y a un mot terrible dans l’ouvrage de Mme Duras, c’est « Peut-être qu’on ne devrait jamais parler... ». Surtout lorsque cela vient après deux heures de ce régime. Si seulement cette pensée avait pu lui venir avant ... ».
Jean-Jacques Gauthier - Le Figaro 19 septembre 1956

« Deux heures durant, sans même soulever leur séant, ces deux individus conversent et échangent des propos vaseux, cartilagineux, sans suite (...) Si l’on veut à tout prix intégrer ce dialogue brumeux dans le domaine dramatique, collons lui l’étiquette de « strip-tease psychologique ».
Max Favalelli - Paris Presse 19 septembre 1956

« Entre (les personnages) naît un dialogue qui n’est pas « naturel » et qui sait le redevenir grâce à l’art extraordinaire qu’a l’auteur de faire parler les gens comme ils parleraient s’ils osaient une bonne fois parler. Ils parlent de leur condition, de leur solitude, de leurs regrets et de leurs désirs, en employant les seuls mots qu’une bonne à tout faire et un commis voyageur emploieraient s’ils trouvaient le courage, se rencontrant, de se dire à quoi ils pensent, l’un dans son wagon de 2ème classe, l’autre dans sa chambre du 6ème étage, lorsqu’ils se trouvent face à eux-mêmes. Cela donne un chant alterné, un chant de deux voix qui cherchent à s’accorder, qui y parviennent, mesurent de nouveau leur écart et le comblent(...) Et l’autre qualité, la plus frappante, du langage des héros de Marguerite Duras est absolument la modestie. À ces gens là qu’elle fait parler « au dessus de leur condition », elle ne donne jamais que des images les plus simples, les plus directes et cet accent de politesse prudente, effarouchée qui ressemble à de les circonspection et qui est la crainte de blesser qui l’on croit plus faible et plus démuni que soi ».
Jacques Lemarchand - Le Figaro Littéraire 22 septembre 1956


Reprise au Théâtre de Poche de la rue Rochechouart, 9 mai 1958)

« À présent la preuve est faite qu’il s’agit bien d’un ouvrage d’une authenticité, d’un charme et d’une rareté incontestable. J’ajoute qu’il n’est ni réaliste, ni abstrait et que le lyrisme savoureux qui l’imprègne ne se charge d’aucun symbolisme facile. Cela est constamment pensé, médité, cela va droit au cœur et, tour à tour nous glace et nous fait sourire. Mme Marguerite Duras est un grand auteur ».
Morvan Lebesque - Carrefour 14 mai 1958

Reprise au Théâtre des Mathurins le 19 mai 1961)

« C’est un sourd et beau poème, une cantate à deux voix ».
Aspect de la France, 15 juin 1961

"Le Square"
Collection A.R.T.


LES VIADUCS DE LA SEINE ET OISE

Analyse

Un couple de quinquagénaires bien tranquilles ont accompli un crime imprévisible dans « une existence jusque-là si conforme à la morale courante », ils ont assassiné une vieille cousine sourde et muette, l’ont dépecée et, d’un viaduc de Seine et Oise, ont jeté les différents morceaux de son corps dans les tenders des trains qui passaient. Ils ont la police à leurs trousses et attendent leur arrestation.


Critiques

« Ce dont l’auteur ne semble pas s’être aperçu, encore une fois, c’est que l’inexpliqué en tant que tel est insignifiant, sans doute parce qu’aucune valeur quelle qu’elle soit n’y est engagée. Mais à quoi bon tout cela ! Ce misérabilisme me répugne... ».
Gabriel Marcel - Les Nouvelles Littéraires 28 février 1963

« En écoutant cette investigation poético-psychologique, je m’imaginais malgré moi l’extraordinaire roman que l’ami Simenon eût tiré du même motif. Dans un langage intelligible à cent mille personnes, il fut descendu avec tout autant de poésie - qui n’aurait pas eu l’air de nous dire : « Attention, je vais être poétique » - dans les tunnels de l’âme de ces deux assassins. Je ne nie pas que l’ouvrage ait des qualités. Je soutiens que le mystère de l’interprète (Katharina Renn) en ajoute beaucoup à l’œuvre. Et je crois que la véritable poésie d’une écriture ne se met pas en italique ».
Jean-Jacques Gauthier - Le Figaro 25 février 1963

« Toute la qualité de l’œuvre réside dans le dialogue, à la fois réaliste et incertain, fuyant plein de surprise,. Tendresse et indifférence mêlées en un contrepoint savoureux, parfois aussi bizarre que les dialogues que doivent entendre les psychanalystes et parfois du plus émouvant naturel ».
Jacques Lemarchand - Le Figaro Littéraire 2 mars 1963)

« Le dialogue de Marguerite Duras, tout à petites touches, discrètes, presque naïves, mais insinuantes produit son habituel effet d’envoûtement ».
Paul Gordeaux - France Soir 23 février 1963

« Marguerite Duras donne ici, une fois de plus la mesure de son grand talent. Elle sait rendre familier l’indicible. Nous connaissons tout de Marcel et de Claire. Sauf ce que d’eux-mêmes, ils ne sauront jamais. Ce que Marcel, la tête sur la lunette de la guillotine ne sait toujours pas et Claire pas davantage , aussi longtemps qu’elle rumine là-dessus en prison ».
Morvan Lebesque - Carrefour 27 février 1963


En décembre 1968, reprenant les personnages et donnant une suite aux Viaducs de Seine et Oise, Marguerite Duras écrit L’Amante Anglaise. La pièce se résume à un interrogatoire du couple.


« Ce n’est plus tout à fait un envoûtement que j’ai eu l’impression de retrouver mais plutôt une quête, une méditation très profonde, un corps à corps avec la nuit menaçante de la folie ».
Mathieu Galey - Combat 23 février 1971


Collection A.R.T.


DES JOURNÉES ENTIÈRES DANS LES ARBRES

Analyse

Au soir de sa vie, une mère abusive va retrouver le fils qu’elle a tendrement aimé mais n’a pas su élever. L’enfant, pour lui échapper, se réfugiait des journées entières dans les arbres. Devenu un adulte, il s’est enfuit à Paris où il mène une existence totalement dissolue avec une prostituée de bas étage. Couverte de bijoux et cousue d’or, la mère vient provoquer une dernière fois ce fils chéri.

Critiques

« Si Marguerite Duras charme, envoûte, c’est qu’elle parle à voix basse une langue qui ressemble étrangement au murmure des vos rêves. Il est peu de ton plus personnel que le sien et pourtant il s’accorde si bien à ce qu’il y a de plus personnel en chacun de nous,il devient si intimement nôtre que nous serions bien incapables par instant, de décider ce qui appartient aux personnages qui, sur le théâtre se meurent de n’être que des ombres inconsolables, de ne pouvoir jamais retrouver l’émerveillement d’un amour qui commence. Mais c’est surtout la voix de la Mère que nous faisons nôtre. C’est qu’ au-delà des ridicules d’une passion maternelle exacerbée et qui ressemble à une infirmité de vieillesse , nous ne pouvons ne point découvrir tout le trésor de tendresse chaude et vraie ».
André Alter - Témoignage chrétien 23 décembre 1965

« Elle (M. Duras) est dotée d’une existence dramatique qu’on rencontre bien rarement dans le théâtre d’avant-garde. Aucune formule ne vient s’interposer entre les personnages et le spectateur. C’est là le vrai, le beau théâtre ».
Gabriel Marcel - Les Nouvelles Littéraires 13 janvier 1966

« Regrettons que la pièce de Marguerite Duras soit à la fois hermétique et incohérente ».
Roger Nahon - Le Populaire de Paris Décembre 1965

« La forme du dialogue littéraire ne recèle pas nécessairement de vertus scéniques, surtout lorsque l’auteur utilise la répétition dès mêmes phrases comme technique de suggestion poétique à la manière de certains romanciers américains d’avant guerre tel Caldwell. La mère me paraît d’autant plus radoteuse par la volonté trop évidente de l’auteur que Madeleine Renaud l’incarne avec la vérité qui eut fait rêver Antoine ».
Gilles Quéant - Plaisir de France Février 1966

« Je suis bien content ! Je vais enfin pouvoir dire du bien de Mme Marguerite Duras. Pas tout à fait autant que je l’aurais voulu mais assez quand même. La pièce n’est pas mal du tout, du moins au début, la première demi-heure est excellente. Après cette première demi-heure de retrouvailles et l’absorption d’une énorme choucroute, les choses malheureusement se diluent, s’amenuisent. M. Duras, qui était partie dans le comique, devient triste, cruelle, souvent insignifiante et un peu plus portée sur les répétitions. Sa vieille radote, c’est peut-être dans son caractère, mais c’est fastidieux ! ».
Jean Dutourd - France-Soir 4 Décembre 1965

 

LES EAUX ET FORÊTS

Analyse

« Le chien de Marguerite Victoire Sénéchal a mordu un passant sur le passage clouté. Jeanne Marie Duvivier est témoin. Les deux femmes veulent entraîner le passant et le chien à l’Institut Pasteur. Nous connaissons ces gens. C’est du monde, c’est de la matière humaine qui court les rues, se rassemble, se sépare, trotte sur ses petites jambes de fer, à la Bastille, Champs-Élysées, Concorde et ailleurs. On parle, on agit, on sait donner des petits coups de pouce au hasard sur les bords du Canal de la Marne au Rhin ou sur des passages cloutés ».
Texte de résumé, écrit par Marguerite Duras


Critiques

« Il y a longtemps que la pièce en un acte d’un auteur français d’aujourd’hui ne m’avait fait ressentir une telle tension, ne m’avait révélé, dans une admirable simplicité, une retenue parfaite, une ironie doucement amère, musicalement dosée, une psychologie si aiguë, une connaissance si joliment désabusée du coeur et du couple... Cette pièce à mon sens mérite qu’on aille l’aimer ».
Jean-jacques Gautier - Le Figaro 8 octobre 1965

« Marguerite Duras reste fidèle aux thèmes de toute son œuvre. Mais elle prend avec eux une distance ironique nouvelle. Tout en conservant sa pitié naturelle pour ces destins de passants mal faits et mal éclairés, elle décide d’en rire et d’en faire rire ».
Bertrand Poirot-Delpech - Le Monde 16/17 mai 1965

« ... Madame Duras nous a rendu sensibles à la mélancolie de ce qui n’aura pas lieu, au poids de ces petites solitudes qui ne se brisent pas ».
Robert Kanters - L’Express 24 Mai 1965

« Ces  Eaux et Forêts respirent la santé... Le charme et la drôlerie de ce dialogue viennent de ce qu’il est conduit avec un réalisme qui semble ne laisser aucune place au délire verbal ».
Jacques Lemarchand - Le Figaro Littéraire 3 Juin 1965

« Cette nouvelle pièce des Eaux et Forêts est exactement ce que je crains d’appeler un petit chef d’œuvre. Une espèce d’ En attendant Godot féminin... Si au nom de Beckett, j’ajoute non moins imprudemment le nom de Tchékhov, on comprendra que cette pièce que je veux faire passer pour métaphysique est d’une drôlerie irrésistible... Diabolique à force d’intelligence, le texte de Marguerite Duras est d’une admirable simplicité ».
Guy Dumur - Le Nouvel Observateur 27 mai 1965

« Mme Duras, à ce qu’il paraît ne peut pas me souffrir. Rien ne m’aurait donc été plus délicieux que de dire du bien des Eaux Forêts. Ce plaisir m’a été refusé, Mme Duras décourage la louange et je vais être obligé de la traiter sans ménagements, tout comme si elle était de mes amis.(...) Cette piècette a ceci de particulier qu’elle est écrite dans le style le plus plat avec des vulgarités de vaudeville et qu’il ne s’y passe rien.
Jean Dutourd - France-Soir 8 octobre 1965

"Les eaux et forêts"
Collection A.R.T.

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