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Un succès planétaire grâce à des rhumatismes

 

La pièce suivante fut La Sainte Famille, présentée au Théâtre Saint-Georges, avec Robert Murzeau, Marguerite Pierry et deux débutants, Louis Velle et Jean Piat, mais dont les répétitions se firent sans la présence de l’auteur, retenu au lit depuis de nombreuses semaines par une crise aiguë de rhumatismes. La presse fut sévère mais le spectacle fit néanmoins des recettes honorables et atteignit 12O représentations.

Retiré en Suisse dans une maison de santé, il écrit La Petite Hutte, qui deviendra un succès planétaire. L’idée lui en avait été donnée, quelques mois auparavant, par Marcel Simon, mari de Marguerite Pierry, qui fut l’intime de Feydeau et très souvent son interprète. Pas vraiment l’idée de la pièce elle-même, mais le fait que le second acte se passait sur une île déserte entre mari, femme et amant, échoués là après un naufrage. Roussin décide alors non pas d’écrire la pièce que lui avait racontée Marcel Simon et que Feydeau n’avait pas écrite, mais d’en inventer une en partant de cette situation. La pièce fut proposée à 5 Directeurs qui la refusèrent. Elle avait pourtant été acceptée par Pierre Fresnay et Raymond Rouleau, lesquels, malheureusement, étaient déjà engagés et proposaient un second tour. Benoît-Léon Deutsch, Directeur des Nouveautés, propose également un second tour. C’est alors que René Reding, ancien Directeur du théâtre Royal du Parc, à Bruxelles, demande à Roussin s’il n’a pas une création à lui proposer pour inaugurer le cycle des Soirées Françaises, Association qu’il vient de créer à Bruxelles. Il reçoit le manuscrit et, dès le lendemain, donne son accord pour une création de la pièce le 18 octobre au Théâtre des Galeries. Il pense à Fernand Gravey - belge - pour le rôle du mari, lequel accepte avec enthousiasme. Sophie Desmarets devait jouer le rôle féminin, Roussin s’étant réservé celui de l’amant. Mais l’actrice déclare forfait, retenue par un contrat cinématographique antérieur. C’est Suzanne Flon, qui venait de remporter un grand succès dans Le Mal Court d’Audiberti qui est engagée. Elle jouera la pièce mille fois et y connaîtra un véritable triomphe. La première fut tellement éclatante que Paris le sut très vite et que, dès le lendemain, Deutsch et Fresnay étaient à Bruxelles. Le match s’engagea donc entre les deux directeurs et c’est Deutsch qui l’emporta en se réconciliant avec Jane Renouard, la redoutable femme-impresario de Gravey. C’était plus facile à cette dernière d’oublier le passé avec Deutsch qu’avec Fresnay, car elle était au plus mal avec Yvonne Printemps, et les inimitiés entre actrices sont les plus tenaces. La pièce fut donc représentée aux Nouveautés le 19 décembre 1947. Elle se jouera 1.5OO fois et sera donnée dans le monde entier.


"La petite hutte"
La petite hutte
Fernand Gravey, André Roussin et Suzanne Flon

(photo Roger-Viollet)

Les Œufs fatals à Printemps

Alors qu’il se trouvait en montagne après sa cure, il avait écrit le premier acte d’une pièce qu’il intitulait L’Autruche. Il la lit à Ducreux qui est emballé et lui conseille vivement de poursuivre, mais en travaillant, Roussin s’aperçoit qu’il ne peut s’agir que d’une pièce en deux actes. Elle est reçue par Pierre Fresnay à la Michodière, mais la pièce est trop courte pour constituer à elle seule un spectacle. Fresnay demande à Curzio Malaparte un acte dans lequel Yvonne Printemps pourrait se produire. C’est Du côté de chez Proust, pièce dans laquelle Yvonne Printemps allait chanter plusieurs romances 19OO. Les œufs de l’autruche ( Roussin avait été obligé de compléter son autruche par des œufs, Romain Coolus, vice-président de la Société des Auteurs ayant déjà écrit une pièce intitulée L’Autruche, et demandé à son confrère de bien vouloir changer son titre ) remportent un énorme succès, mais la pièce de Malaparte est fraîchement accueillie, et Fresnay demande à Roussin s’il n’aurait pas un acte susceptible de remplacer Proust, après un temps décent vis à vis d’Yvonne afin de ne pas vexer cette dernière. Roussin écrit donc L’École des Dupes qui vit le jour en profitant d’une fatigue vocale de la grande diva.

"Les oeufs de l'autruche"
Les oeufs de l'autruche
Pierre Fresnay

(photo Roger-Viollet)

Une rencontre décisive

Elvire Popesco téléphone un jour à Roussin en lui demandant d’écrire une pièce pour elle. La personnalité si forte et si originale de l’actrice allait inspirer l’auteur qui, en un mois, écrit Nina. Il lui lit la pièce qui la fait beaucoup rire mais il n’en revient pas quand elle lui dit : «C’est dommage que le rôle est pas pour moi ». C’est alors qu’Albert Willemetz qui avait lu la pièce lui téléphone et le rassure : «Elle fait toujours ça, elle s’affole tout de suite à l’idée de jouer, et elle dit n’importe quoi pour refuser. Laissez moi faire, je la persuaderai ». Il y mit le temps nécessaire, mais y parvint. Ce fut un énorme succès, en partie grâce à l’actrice qui s’y montra admirable et qui avait rencontré un rôle à sa mesure. L’auteur avait à ce moment là quatre pièces de lui en même temps à Paris.

"Bobosse"
Collections A.R.T.

Bobosse, la pièce que Roussin avait écrite pour François Perier venait d’être créée et, elle aussi, rencontrait un indiscutable succès. Elle sera jouée deux années de suite. Lorsque l’enfant paraît, écrit pour les Nouveautés et destiné à succéder à la Petite Hutte, rencontra des réticences de la part du Directeur Benoît-Léon Deutsch, car le thème qui en était l’avortement apparaissait particulièrement délicat. Mais l’enthousiasme avec lequel les deux vedettes pressenties - Gaby Morlay et André Luguet - fut tel qu’il rassura le Directeur. Lequel ne put que se réjouir, car L'Enfant connût 1.65O représentations.

lorsque l'enfant parait
Lorsque l'enfant parait
Dessin de Bader

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