Association de lalogoRégie Théâtrale  

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L’alpinisme mène à tout

Une Femme trop Honnête fut écrit en juin 1952 à Luchon où Salacrou avait l’habitude de se rendre pour faire de l’alpinisme, car il était devenu un grand sportif dans cette discipline. Cet homme d’un naturel coléreux et autoritaire (lors de sa présidence à la Société des Auteurs, le personnel l’avait baptisé Salacroutcheff) devait trouver, à pratiquer ce sport, un calme et un équilibre dont il avait sans doute besoin. Il a d’ailleurs subi un accident assez grave dans le massif du Mont Blanc, en descendant à ski la Vallée Blanche, où il s’était brisé la jambe. Il fêtera ses 4O ans au sommet du Mont Blanc, et ses 5O ans en haut du Mont du Nethou (3.OOO mètres dans les Pyrénées).

En lisant le journal, il tombe sur un fait divers italien : une femme apprend à son mari qu’elle a payé un homme pour le tuer, et qu’il ne veut pas rendre l’argent, bien qu’il ait raté l’assassinat, et le mari va réclamer l’argent à l’assassin manqué. Le fait divers avait également retenu l’attention d’André Roussin qui en a tiré Le Mari, la Femme et la Mort. Mais si le point de départ des deux pièces est identique, leur traitement est fort différent. Chez Salacrou, la femme veut faire assassiner son mari par honnêteté, pour le préserver du chagrin d’apprendre qu’elle le trompe. D’autre part, elle ne supporte pas l’adultère.

La pièce Une femme trop honnête, écrite en 1952, ne fut créée qu’en décembre 1956 au Théâtre Edouard VII. Salacrou s’en explique dans la préface de la pièce, éditée avant les représentations : « Elle ne fût pas jouée toute chaude. Elle attend depuis plus de deux ans la liberté d’une actrice emberlificotée d’abord dans un succès de théâtre, puis dans des films ».
Il s’agit de Sophie Desmarets, qui créa la pièce.

Un curieux procès

Il intente, en 1952 un procès « à des petits salauds qui m’accusaient tout simplement d’avoir voulu, à la libération, faire fusiller un de mes confrères, coupable, paraît-il, d’avoir écrit dans un journal nazi de Paris ». Le confrère n’était pas des moindres, il s’agissait de Jean Anouilh. On pouvait lire dans Aspects de la France : « Ne voulait-il pas, en 1945, que l’on fusillât Jean Anouilh, coupable de talent sans mesure et d’une indépendance qu’il doit au seul goût que le public a de ses pièces, à l’exclusion de tout produit insecticide » . Les prévenus, ayant argué pour leur défense qu’il s’agissait d’une assertion purement humoristique, furent néanmoins condamnés.

Les Invités du Bon Dieu, pièce en trois actes, est affichée en septembre 1953 au Théâtre Saint-Georges, après avoir été créée à Bruxelles quelques jours auparavant… L’auteur a précisé : « Il s’agit de ma première pièce gaie. J’ai déjà écrit des pièces comiques, mais dont le fond était cruel. La critique notera toutefois : « Le programme dit qu’il s’agit d’un vaudeville. N’en croyez rien. On n’échappe pas à soi-même. La pièce est une comédie dramatique, traitée en vaudeville par erreur » ( Guy Verdot - Franc Tireur ).

Charles Dullin et Armand Salacrou pendant les répétitions du Soldat et la Sorcière
Charles Dullin et Armand Salacrou
pendant les répétitions du Soldat et la Sorcière

(photo DR)
Coll. part.

Salacrou retrouve Dullin pour Le Soldat et la Sorcière, pièce créée en décembre 1945 au Théâtre Sarah Bernhardt. C’est l’histoire des amours de Maurice de Saxe et de Justine Favart ( le vainqueur de Fontenoy et la femme du créateur de l’Opéra Comique ). La sorcière est une comédienne qui aime son mari et se défend contre les entreprises d’un grand seigneur doublé d’un soudard. Elle s’y prend si bien que l’altesse sérénissime en perd la tête, transforme en amour ce qui n’était que désir et recourt à de peu honorables expédients pour arriver à ses fins, et meurt vaincu. La pièce connaîtra un succès mitigé.

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