Association de lalogoRégie Théâtrale  

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Confrontation avec les évènements politiques

Ambiance lourde et ambigüe d’avant-guerre

1935, Adamov est de retour à Paris. Sa première visite est pour le Dôme. L’ambiance n’est plus celle de 1925. Dans l’arrière-salle sont réunis des émigrés juifs allemands qui se concertent et discutent de leur situation précaire. La salle est particulièrement silencieuse. On lit, on écrit, on travaille. Le Dôme se transforme peu à peu en café littéraire. Parmi les clients Adamov fait la connaissance de l’historienne philosophe Marthe Robert. Elle devient pour lui une amante, plus amie que maîtresse mais toujours présente dans les difficultés. Par son intermédiaire Arthur fait la connaissance d'une jeune allemande Agathe, douce, presque une enfant. Une fois de plus il s’enflamme. Elle a un ami qui l’aime. Peu importe la vie à trois peut s’envisager  Adamov voudrait épouser Agathe, mais sans argent comment se mettre en ménage ? Il se lance dans la traduction du Livre de la Pauvreté et de la Mort  de Rilke. Il compte sur l’époux de sa cousine Ida, Claude Bourdet, futur rédacteur en chef de  Combat  pour le faire publier...

Comme si les problèmes d’argent ne suffisaient à lui rendre la vie impossible, Adamov, par oubli ou par insoumission, n’a jamais été en règle avec la loi. Apatride, possesseur d’une carte d’identité d’étrangers, il néglige de se présenter à dates fixes pour le renouvellement de ses papiers. Pris en flagrant délit, il devient un locataire assidu du commissariat de VIème arrondissement quand ce n’est pas celui de la Préfecture de Police.

En 1938, Adamov déniche un refuge dans un hôtel miteux de la rue des Canettes où demeure Roger Gilbert-Lecomte. Une amitié profonde naît entre les deux écrivains. Gilbert-Lecomte, poète de grand talent vit sous l’emprise de la drogue qui le déglingue chaque jour davantage.

Roger Gilbert-Lecomte
Roger Gilbert-Lecomte
(photo DR)
Coll. part.

 

Naufrage dans la tempête

Juin 1940, Adamov se retrouve à Marseille, seul sans un sou. Il dort, un soir chez les Salutistes, un autre dans une chambre insalubre des vieux quartiers en compagnie de soldats polonais et tchèques ayant fui leur pays. Désemparé, jeté à la rue, il est arrêté lors d’une rafle. Les commissariats étant bondés, il passe ses nuits dans les décors de Lorenzaccio au théâtre du Gymnase en compagnie de nombreux juifs en errance.

Mai 1941. Adamov est conduit au camp de concentration d’Argelès pour avoir tenu des propos hostiles au Gouvernement de Vichy. Il fait là une chaleur étouffante, les conditions d’hygiène sont déplorables. La nourriture se résume en un brouet de soupe aux navets. Adamov maigrit à vue d’œil et perd ses dents l'une après l’autre. Parmi les communistes allemands internés à Argelès il en est un, Otto Geuthner, avec lequel Adamov se lie et décide de s’évader, quand par chance on le libère le 10 novembre.

De retour à Paris, Arthur part à la recherche de Roger Gilbert-Lecomte. Il le trouve très mal en point, en souffrance de manque permanent. Le malheureux implore Adamov de lui fournir sa drogue journalière. Sans piqûre de morphine ou d’héroïne, il se sent devenir fou. Adamov s’apitoie et, coursier de la mort, il accepte de courir la banlieue à la recherche du médecin complaisant qui accepterait d’établir une ordonnance de laudanum. Camé à mort, Roger finit par s’éteindre à l’Hôpital Broussais au soir du 31 décembre 1943. Il a trente-six ans.

Désespéré par la mort de son ami, Adamov boit de plus en plus et cherche auprès de filles de passage un apaisement qu’il souhaite en vain. Pour subsister il accepte des petits boulots, il devient livreur d’une libraire de la rue Saint-Placide. Mais son organisme affaibli par les restrictions et son mode de vie incohérent ne lui permettent aucun effort physique. Il se réfugie dans l’écriture de  L’Aveu, confession impudique de ses névroses où il tente de se donner quelque espoir : « Je chute, Dieu a chuté, l’ascension approche ».

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