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Bertold Brecht

Son influence

C’est alors qu’Adamov se rapproche de Bertold Brecht. Il avait découvert l’importance de l’auteur allemand lors du Festival des Nations de juin 1954 au théâtre Sarah Bernhardt lors de la représentation de  La Mère Courage et ses Enfants  par le Berliner Ensemble. Le public n’était plus seulement spectateur, il se sentait concerné par ce qui se passait en scène, il se transformait en juges. Enthousiaste, Adamov s’est inscrit dans la « révolution brechtienne » et devient adepte du Théâtre de la Dénonciation.

adamov et brecht
Bertold Brecht et Arthur Adamov
(photo roger-viollet)

Il renie alors ce qu’il a adoré: « Je voyais dans l’avant-garde une échappatoire facile, une diversion aux problèmes réels. La vie n’est pas absurde, elle est difficile, très difficile seulement. Je crois aujourd’hui que ce qu’on nomme l’avant-garde tombe toujours dans l’allégorie et que l’allégorie est le contraire de l’art. L’avant-garde est une espèce de théâtre finalement très conformiste où malgré certaines outrances de langage on retrouve un vieux petit conflit intimiste qui ne fait aucun mal aux classes dirigeantes. Ce ne sont pas les pièces-bidon flottant dans l’éternité la plus vague qui nous montreront l’épouvantable et magnifique progression de l’être humain à travers des obstacles et des écueils dont les uns sont liés à la condition humaine et d’autres à l'état d’une société bien déprimée ».

Devant l’intérêt que les représentations de Paolo-Paoli avaient suscité, l’auteur et le metteur en scène, Planchon, décident de poursuivre leur collaboration. On n’arrête pas une équipe qui gagne. Tout catéchisé qu’il soit par la doctrine brechtienne, Adamov garde au fond de son cœur le souvenir impérissable de la mélancolique Russie, de ses grandes étendues, de ses bouleaux courbés par le vent, de ses larges fleuves sous ses horizons chargés de pluie. Il ne peut renoncer à cette poésie, et Brecht ne préconise rien de romantique.

Adamov sort ses tiroirs son adaptation des Âmes Mortes  de Gogol. L’auteur y dénonce le servage et l’exploitation de l’homme par l’homme. Roger Planchon se met au travail sur l’adaptation scénique: afin d’obtenir du gouvernement, une avance de crédit foncier, l’homme d’affaires véreux, Tchitchikov, négocie avec des propriétaires terriens, l’achat de serfs disparus dont le décès n’a pas été enregistré officiellement – ce sont les Âmes Mortes. Une première série de représentations a lieu au Théâtre de Villeurbanne en mars 1960. Une heureuse opportunité se présente à Paris. Jean-Louis Barrault et sa troupe sont invités au Japon et le Théâtre de France se trouve libre pendant plus d’un mois, à partir du 15 avril 1960. Le spectacle des Âmes mortes ( 15 tableaux, 27 personnages ) s’installe donc place de l’Odéon pour une trentaine de représentations.

Comme pour Paolo-Paoli, la critique est partagée mais jamais indifférente. Cela va de : « La pièce privée du lyrisme qui imprégnait le « roman-poème » initial n’est qu’une outrancière et grinçante satire plutôt fastidieuse à la longue » 1 à « La conjonction Adamov-Planchon est pour le Théâtre Français de ce temps aussi importante que le fut, voilà trente ans la rencontre Giraudoux et Jouvet ».

1 France-Soir Paul Gordeaux 23 avril 1960

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