Association de lalogoRégie Théâtrale  
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Une jeunesse prédestinée

Le 14 mai 1925, naissait à Bayonne Marie-Laure, seconde fille de Jacques Bellon, magistrat, poète à ses heures, et de son épouse Denise, photographe de vingt-trois ans que son aînée Marie-Annick décrira plus tard comme « une mère amie, tolérante et complice. Plus jeune que nous parfois, plus hardie dans ses comportements. Elle avait le goût de l’aventure, de l’imprévu, du défi, elle aurait aimé être exploratrice ». 1 Passionnée d’art, de littérature et proche du mouvement surréaliste, Denise deviendra l’amie d’André Breton, Marcel Duchamp, Salvador Dali, mais également celle de Jean Giono, de Jean Lurçat et de Simone de Beauvoir… Le nombre de ses expositions concernant les artistes ne se compte plus, tant elles ont été nombreuses.

En 1930, Jacques et Denise se séparèrent. Denise s’installa alors, avec ses deux filles, à Paris, quai de l’Horloge, dans un appartement mitoyen de celui de sa sœur Colette et de son beau frère Jacques Brunius, un cinéaste, complice de Jacques et de Pierre Prévert, de Paul Grimault et du groupe Octobre.

C’est assez dire que Marie-Annick et Marie-Laure, d’une année plus jeune que sa sœur, ont vécu toute leur enfance et leur adolescence dans un milieu privilégié, entourées de poètes, d’écrivains, de peintres. Les photographies que prit d’elles leur mère les montrent comme deux petites filles jolies, gracieuses et très heureuses de vivre.

Loleh Bellon par Denise Bellon
Loleh Bellon photographiée par Denise Bellon 1933
in Denise Bellon d' Éric Le Roy (Éd. de la Martinière)

Coll. part.

En juin 1940, comme la plupart des Parisiens, Denise et ses filles désertèrent la capitale. Toutes trois se réfugièrent au pays basque. À Guétary, Denise épousa, en secondes noces, Armand Labin, futur fondateur du quotidien Le Midi libre. La famille s’installa ensuite à Lyon, devenue capitale de la Résistance. Denise mit au monde son troisième enfant, Jérôme, petit frère gâté par ses grandes sœurs.

Dès les premiers jours de la Libération, ce fut le retour tant espéré à Paris.

Marie-Laure, qui dorénavant se fait appeler Lolée, puis Loleh, était devenue une grande jeune fille, mince, à la longue chevelure brune et au regard de braise. Indépendante, pleine de projets, elle savait, comme sa mère, s’entourer de nombreux amis. Il n’est pour s’en convaincre que de lire Simone de Beauvoir : «  Peu après le jour V, je passais une nuit très gaie, avec Camus, Chauffard 2, Loleh, Michel Vitold. D’un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l’hôtel de la Louisiane . 3  Loleh marchait les pieds nus sur l’asphalte. Elle disait : « C’est mon anniversaire, j’ai vingt ans ! ». 4

Tandis que Marie-Annick, devenue Yannick, se dirigeait vers une carrière de cinéaste, Loleh avait décidé de devenir comédienne. Sans attendre la fin de la guerre, ses dix-huit ans sonnés, elle se fit engager,  dès la fin 1943, dans la compagnie Les Galas dramatiques dirigée par Jean Serge et Jacqueline Morane. Cette troupe théâtrale se produisait dans la région lyonnaise, à Bourgoin, à Vienne, à la Tour du Pin… etc.

1 Denise Bellon Eric Le Roy éditions de la Martinière 2004
2, R.J. Chauffard comédien, ami et secrétaire de Jean-Paul Sartre
3 Hôtel de la Louisiane, 60 rue de Seine, en plein cœur de Saint-Germain des Prés.
4 La Force des Choses Simone de Beauvoir éditions Gallimard 1971

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