Association de lalogoRégie Théâtrale  
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Le théâtre, reflet de la crise économique

Il était évident qu’Édouard Bourdet allait s’inspirer du climat délétère, engendré par la crise économique de 1929 et des conséquences qui en découlèrent. C’est ainsi que, dans la lignée de Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau, naquirent Les Temps difficiles 1, pièce tout d’abord intitulée Un beau mariage, qui furent interprétés à partir du 30 janvier 1934, au théâtre de la Michodière. Victor Boucher et Édouard Bourdet se firent un plaisir d’effectuer la mise en scène, que supervisa Louis Jouvet. Il s’agissait cette fois d’une famille de grands bourgeois dont les membres de s’aimaient guère et qui, pour sauvegarder leur situation, étaient capables de livrer une jeune parente à un héritier riche et dégénéré. Lors d’un interview préliminaire, Édouard Bourdet expliqua son intention : « J’ai voulu que le ton soit plus grave que dans les autres œuvres. La pièce tiendra le milieu entre la satire et la comédie de mœurs. J’ai voulu montrer la faillite des valeurs, la chute des grands principes de cette religion bourgeoise que la guerre et les évènements ont culbutés ». 2

Les Temps difficiles d'Édouard Bourdet
Les Temps difficiles
Marcel Dalio
in Programme original

(photo A. Well)
Collections A.R.T.

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Théâtre historique

Tandis qu’à la Michodière on donnait une reprise de La Prisonnière, Édouard Bourdet eut quelque difficultés à trouver un théâtre pour monter son nouvel ouvrage Margot. Marie Bell, directrice des Ambassadeurs, aimait beaucoup la pièce, mais son théâtre était déjà occupé par Y'avait un prisonnier de Jean Anouilh. Bourdet était également intéressé par le théâtre Pigalle, mais on y répétait Europe une œuvre de Maurice Rostand. Ce fut finalement au théâtre Marigny que fut présentée Margot. D’une tout autre inspiration que les précédents spectacles, il s’agissait, cette fois, d’une pièce historique traitant de l’inceste entre une sœur et son frère.

Margot
Margot
(photo DR)
Collections A.R.T.

Comédie de 2 actes, 13 tableaux, dans une mise en scène de Pierre Fresnay, des décors de Christian Bérard, et sur une musique de Georges Auric et Francis Poulenc, le spectacle commençait au château de Blois en 1560, dans la chambre des enfants royaux, Marguerite avait sept ans, son frère Henri, futur Henri III, dix ans, Henri de Navarre qui deviendra Henri IV, sept ans, - rôle qu’interpréta le petit Charles Aznavour -. Quelques années plus tard, Catherine de Médicis, la mère de Marguerite mariait sa fille à Henri de Navarre, afin qu’elle devienne reine de France. Malheureusement, Marguerite ne cessait d’aimer son frère Henri et son époux la laissait indifférente. La passion de Margot l’avait désaxée, elle courrait d’amant en amant et tomba bientôt en pleine débauche. Henri III l’expédia alors en exil dans un château d’Auvergne et se laissa emporter par son penchant : il n’aima plus que les hommes.

Margot d'Édouard Bourdet
Margot
en bas à droite Charles Aznavour
in programme original

Collections A.R.T.

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Ce fut le couple Yvonne Printemps et Pierre Fresnay qui interpréta les rôles de Margot et d’Henri.

En ces années 34-35, les personnages historiques furent une source d’inspirations pour les auteurs dramatiques : Ainsi La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux, L’Histoire de France de Sacha Guitry, Madame Quinze de Jean Sarment, Elisabeth, la femme sans homme d’André Josset, Sainte Jeanne de Bernard Shaw furent des pièces à succès. Peut-être ont-elles porté préjudice à Margot.

On était habitué à des critiques dithyrambique concernant le théâtre de Bourdet or cette fois elles se montraient plutôt réticentes : Dans la Revue des Deux-Mondes 3 M. Bourget Pailleron faisait remarquer que « bien des évènements graves et sanglants se sont déroulés à l’époque de la pièce (...) Bourdet ne nous livre que de faibles échos de ces drames » et dans Le Figaro 4, Pierre Brisson parut regretter que « Bourdet nous ait offert une romance alors que nous attendions un drame de l’inceste, ce que Édouard Bourdet a fait en partie, mais d’une façon timide, frileuse, presque voilée ».

1 c/f Quelques pièces
2 Interview Le Journal 19 janvier 1924
3 Revue des Deux Monde 15 février 1936
4 Le Figaro 1er décembre 1935

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la mémoire du théâtre