Association de lalogoRégie Théâtrale  
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L' accident

Un soir de février 1940, on jouait À chacun sa vérité de Pirandello, Jean Meyer était malade et devait être remplacé à pied levé. Édouard Bourdet voulut assister à la représentation. Il partit, selon son habitude, à bicyclette. Il neigeait, les rues étaient peu éclairées en raison du couvre-feu. En traversant les Champs-Élysées, à la hauteur des chevaux de Marly, Bourdet fut renversé par une auto qui descendait l’avenue à toute allure. Alors qu’il entra en clinique pour une jambe brisée, survinrent des complications et une double phlébite se déclara exigeant quatre mois d’immobilité. Tous les soirs, son frère le contrôleur général, Michel Bourdet-Pléville et le directeur de scène Georges Mathis venaient lui faire un rapport et prendre ses instructions.

Mais la situation de la Comédie-Française était plus compliquée qu’on voulait bien lui dire, il le devina et se sentant malade pour longtemps, désira qu’une direction intérimaire fut mise en place pendant son indisponibilité. Jacques Copeau fut le seul metteur en scène qui accepta. En septembre, devant l’impossibilité d’Édouard Bourdet de reprendre son poste, Copeau fut titularisé temporairement pour deux mois.

Il fut replacé le 27 décembre par Jean-Louis Vaudoyer qui sera accusé à la Libération « d’avoir mis la première scène française à disposition de l’ennemi  ».

Les derniers succès

Rétabli et rendu à la vie « civile », Édouard Bourdet  reprit sa tâche d’auteur dramatique dans son appartement du quai d’Orsay. Il attendit la fin des représentations de Léocadia de Jean Anouilh pour s’emparer à nouveau de la scène du Théâtre de la Michodière où le 7 mai 1941 débutait Hyménée, mise en scène de Pierre Dux. Il s’agissait de l’amour contrarié d’une paralytique, Agnès, pour un cousin, marié et père de famille ainsi que de l’amour contrarié de ce même cousin pour sa jeune belle-sœur, et du sacrifice de cette jeune belle-sœur, attirée, elle aussi,par ce beau-frère, âgé de 40 ans, mais encore très séduisant. Par dépit et pour se protéger, elle épousera un jeune homme épris d’elle. Surprise de l’amour : après un voyage de noces idéal, le jeune couple se découvrira follement amoureux l’un de l’autre Le beau-frère se résignera et retournera vers son épouse délaissée et l’infirme, enchaînée à son fauteuil, restera seule avec sa peine.

Annie Ducaux dans le rôle d'Agnès
Hyménée
Annie Ducaux dans le rôle d'Agnès
in Programme original

(photo Aldo)
Collections A.R.T.

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La pièce fut relativement bien accueillie encore que critiques et spectateurs la jugèrent d’une cruauté dramatique, quoique savamment exploitée : «  La pièce est la quasi perfection du genre, un genre qui n’est pas nouveau, qui fut souvent artificiel (…) Dans Hyménée, le tour de main est fameux et le dosage entre les parties sentimentales, dramatiques et satiriques est une chimie théâtrale très savante » lisait-on dans Le Petit Parisien sous la plume d’Alain Laubreaux.

Décor de Willy Rémon pour Hyménée
Décor de Willy Rémon pour Hyménée
in Relevé de mise en scène original

(photo DR)
Collections A.R.T.

La pièce resta affichée une année, jusqu’au printemps 1942 et fut reprise en octobre 1952.

Sans perdre de temps Bourdet se remit à l’écriture d’une nouvelle comédie. Père qui sera montée également au théâtre de la Michodière. en décembre 1942. Cette fois, deux jeunes gens, Silvia et Alain, s’aimaient. Ils ne pouvaient se marier car Alain était le fils illégitime de Raymond, académicien, le père de Silvia. Mais sa maîtresse l’avait trompé avec son ancien mari et il se trouvait que Silvia était l’enfant de ce dernier. Les deux jeune gens, sans parenté, pouvaient donc s’épouser mais Silvia était si fière de croire que Raymond était son père quelle ne voulait pas admettre qu’elle n’était pas sa fille. Enceinte d’Alain, elle souhaitait que son futur enfant soit le petit enfant de Raymond. Alors la famille se constituerait comme elle pourrait.

Père d'Édouard Bourdet
Père
Programme original

Collections A.R.T.

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Le Tout-Paris se rendit à la Répétition Générale, ce fut la plus brillante de toutes celles d’Édouard Bourdet. La critique fut excellente : «  Édouard Bourdet a écrit des pièces plus audacieuses ou plus pittoresques notamment lorsqu’il s’attachait à peindre les mœurs de ce temps, mais jamais il n’avait atteint comme dans sa nouvelle comédie à une telle perfection dans l’agencement de l’intrigue, le dosage des moyens d’expression et la sûreté de la technique. Le métier poussé à ce degré est vraiment de l’art ».

Décor de Willy Rémon pour le 3ème acte de Père
Décor de Willy Rémon pour le 3ème acte de Père
(photo DR)
Collections A.R.T.

Un triomphe, la pièce fut affichée jusqu’au 25 mars 1944. Le rideau tomba au soir de la quatre-cent cinquième représentation.

Quoique, depuis son accident, sa santé n’était jamais revenue aussi florissante qu‘auparavant Édouard Bourdet continuait d’écrire et d’assumer sa fonction de directeur des Spectacles et de la Musique au Ministère de l’Éducation Nationale, poste auquel il avait appelé en 1944.

Il entreprit une nouvelle pièce, Mimsy, relatant les rapports d’ une jeune fille laide et sa mère, jolie femme et encore séduisante. Il n‘eut pas le temps de l’achever. Dans la nuit du 17 janvier 1945, il fut foudroyé par une embolie. Il s’éteignit dans les bras de Denise, l’épouse tant aimée, en lui disant, pathétique : «  Je meurs ! ».

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