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La direction du Théâtre Michel

Pour présider aux destinées du Théâtre des Célestins de Lyon, Jean Meyer, Sociétaire honoraire de la Comédie Française, quitta, en 1972, la direction du charmant théâtre Michel, de 350 places, sis dans le VIIIème arrondissement, rue des Mathurins. L’occasion était trop belle. Germaine Camoletti qui rêvait depuis des années d’administrer une salle de spectacles, n’eut guère de mal à convaincre, une fois de plus, son mari de partager son souhait. Dorénavant, le nom des époux Camoletti s’étalaient sur toutes les affiches du théâtre Michel.

Quelle joie que de mettre en scène une de ses pièces dans son propre théâtre !!!

Marc connut ce plaisir lorsqu’il présenta, en janvier 1973, Duos sur canapé. Il s’agissait une fois encore d’un couple désuni. Lui était avocat, elle chirurgien-dentiste. Après leur divorce, l’un ne voulant pas céder la place à l’autre, ils décidèrent de partager leur appartement en le séparant en deux. Les arrivées prévisibles et imprévisibles de la maitresse et de l’amant entraînèrent des quiproquos, des insultes, des scènes. Comme dans les bons vaudevilles tout finit, naturellement, par rentrer dans l’ordre.

La pièce ne fut pas un triomphe, mais reçut néanmoins un accueil très favorable du public, bien que la presse se montra quelque peu sévère : « Ces Duos sur canapé ne sont pas du Mozart… Mais, ils sont distrayants. Ils s’écoutent fredonner ». 1 Le spectacle fut, toutefois, affiché plus de 2.000 fois.

En 1979, invité par la société C.A .A ( Consortium d’Achats Audiovisuels ), notre auteur eut le grand plaisir de réaliser, pour l’écran, Duos sur canapé dont il écrivit le scénario. Il eut pour vedettes Jean Lefebvre et Michel Galabru dans les principaux rôles.

Duos sur canapé
Duos sur canapé
document cinécomédie
http://www.cinecomedies.com/bandes-annonces/ba-de-la-semaine-56-duos-sur-canape/

En septembre 1976, Marc Camoletti présenta son nouveau spectacle sur la scène de SON Théâtre : Happy Birthday 2 dont le sujet sera repris dans Pyjama pout six.

L’intrigue tournait autour du mensonge dont les deux époux faisaient usage pour se berner l’un l’autre… La critique, une fois encore fut excellente : « Le vaudeville de Camoletti a l’efficacité - impayable - des comédies de boulevards tricotées main. Les situations s’enchaînent avec la logique cruelle et sournoise du rire… ». 3 La comédie triompha à Londres et connut une très longue carrière à Paris.

Au cours de la comédie suivante : On dînera au lit, une épouse croyant que son mari la trompait, se confia à une conseillère du cœur. Cette dernière, l’encouragea à participer à un « sex group » afin de se libérer de la routine conjugale. Invité à se joindre à son épouse, le conjoint s’y refusa. Une fois de plus, cascade de désaccords, d’injures, d’imbroglios qui mettaient en joie les spectateurs du théâtre Michel.

On dinera au lit
On dînera au lit
Jacques Ballutin et Daniel Prevost en répétition
in Programme original

(photo DR)
Collections A.R.T.

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En 1984, M. Camoletti fit une infidélité à son propre théâtre et présenta Le Bluffeur au théâtre de la Michodière, avant que la pièce ne fut reprise au théâtre des Variétés. Un mari exemplaire se posait des questions au sujet de la fidélité de sa femme. Pour l’inquiéter à son tour, il cherchait à la bluffer, il se pourrait bien que lui aussi…

Le Bluffeur
Jean Lefebvre dans Le Bluffeur
(photo Daniel Cande)
Gallica

Tra-la-la ... Mais de toute façon, il était perdant, car pour lui la femme était toujours gagnante parce qu‘elle savait se faire désirer. Le sujet aurait pu être celui d’une tragédie de l’amour mais l’auteur aimait trop s’amuser en écrivant une pièce pour que celle-ci soit dramatique…

Deux ans plus tard, ce fut le succès de Mon cœur sur la commode : « Un vaudeville pas comme les autres » 4 : un homme et une femme, timides et vulnérables, firent connaissance. Elle, romantique et un peu sosotte, lui, inhibé et en mal d’affection avaient tout pour se plaire et former un couple heureux, au sein d’un foyer douillet… Eh oui, mais rien n’est jamais facile en amour !

Avril 1990, s’étant épris d’une comédie anglaise : Bisous, Bisous de l’auteur anglo-saxon Derek Benfield, M. Camoletti n’avait de cesse de l’afficher à son théâtre. Dans le dossier de presse, l’héroïne se présentait comme une épouse qui aurait eu la malencontreuse idée de revenir de voyage sans prévenir, d’où une fois de plus : «  quiproquos + mensonges + malentendus = rires ». En fait une charmante caleçonnade qui s’inscrivait parfaitement dans l’ensemble des œuvres de son adaptateur.

En 1993, ce fut au tour de Sexe et jalousie d’être monté par M. Camoletti sur la scène du théâtre Michel. Si un mari aime sa conjointe, il tient à elle et son amour conjugal se manifeste tant par la tendresse que par la sexualité, et même par l’instinct de propriété. Si donc un autre homme semble s’intéresser à sa femme, l’époux, poussé par la jalousie,  n’a qu’un désir, se venger. Rencontrant donc l’amant de sa compagne, il lui laisse le choix : soit de lui livrer sa propre épouse, soit d’être tué. Par instinct de conservation, Robert choisit la première solution. Mais, pour préserver son honneur, il engage une comédienne Barbara, complice consentante, pour se faire passer pour sa femme…  Face aux applaudissements fournis de la salle , la presse ne peut qu’approuver : «  C’est pour s’amuser qu’écrit Marc Camoletti, le public le sait bien qui, fidèle, le suit de pièce en pièce, bon enfant et rieur. C’est efficace, rapide et d’autant plus sympathique que c’est bien joué… ». 5

Sexe et jalousie
Sexe et jalousie
Jean-Luc Moreau et Patrick Guillemein
in Programme original

(photo DR)
Collections A.R.T.

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Tout était donc au bonheur dans le couple Camoletti Mais, en cette triste année 1994, une immense douleur atteignit Marc, le jour où dans ses bras, la tête sur son épaule, Germaine mourut..

Marc poursuivit seul la direction du Théâtre Michel.Trois ans plus tard, il mettait en scène Voyage de noces. Imaginez qu’un de vos amis vous invite à l’accompagner à un cocktail chez de riches et charmants sud-américains. L’ambiance est chaleureuse, le buffet copieux, le caviar délicieux. Une très agréable soirée ! Et pourtant, le lendemain matin , en vous réveillant, vous trouvez à côté de vous, dans votre lit, un danseur homosexuel. Certains spectateurs se montrèrent un peu choqués mais, en réalité, ils s’amusèrent bien comme l’ensemble de la salle. Ils avaient bien raison parce que ce Voyage de noces fut l’une des dernières comédies de l’auteur .

Le temps passait… Au seuil d’une vieillesse impitoyable, Marc Camoletti dut abandonner SON théâtre dont il transmit le flambeau à son fils Jean-Christophe, ainsi qu’à Ariane, l’épouse de ce dernier.

Le 18 juillet 2003, Marc Camoletti s’éteignit, à Deauville.

À la cérémonie des obsèques, Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture et de la Communication, se fit un devoir de rendre hommage au défunt : «  Le théâtre perd l’auteur qui avait sans doute su porter le vaudeville au firmament d’un succès indéformable. Il restera présent dans la mémoire de millions de spectateurs, à Paris, dans toute la France et à l’étranger, à qui il aura fait partager la magie du théâtre ».

Durant toute la carrière de Marc Camoletti, certains de ses spectacles eurent un tel succès qu’après son décès, quelques directeurs les remirent à l’affiche de leurs théâtres, ainsi en fut-il pour Boeing Boeing, La Bonne adresse, La Bonne Anna, Duos sur canapé … Et en 2012, Pyjama pour six fut adapté par un théâtre de Broadway sous le titre Don’t dress for dinner.

1 Minute 9 janvier 1973
2 cf Quelques pièces
3 Fabienne Pascaud Télérama 30 décembre 1987
4 Nicolas Choffel Le Figaro 28 septembre 1989
5 Armelle Héliot Le Quotidien de Paris 29 mars 1993

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