Association de lalogoRégie Théâtrale  
8

Le Triomphe

Alors qu’en 1919, Paul Claudel ait mis en chantier un de ses futurs succès Le Soulier de satin 1 cette œuvre ne fut mise en scène qu’en 1943, en pleine Occupation.

L’année précédente, Jean-Louis Barrault, nouvellement engagé à la Comédie Française, après avoir eut l’accord de l’administrateur, Jean-Louis Vaudoyer, n’eut de cesse de mettre la pièce en répétition après que soient franchies les exigences de la censure allemandes.


Paul Claudel, Jean-Louis Vaudoyer et Jean-Louis Barrault
in Barraud-Renaud, Paris, notre siècle
(photo DR)
Coll. part.

Le Soulier de satin dont l’auteur présentait le sujet comme « celui de la légende chinoise : les deux amants stellaires, qui chaque année, après de longues pérégrinations, arrivent à s’affronter, sans jamais pouvoir se rejoindre  d’un côté ou de l’autre de la voix lactée », 2 était composé non d’actes mais de « quatre journées ». Interprétées dans leur intégralité, les représentations n’auraient duré pas moins de onze heures. Jean-Louis Barrault dut se rendre plusieurs fois à Brangues où résidait Paul Claudel afin de retravailler avec lui l’ensemble de pièce. Après de nombreuses coupures, auxquelles l’auteur se résignait difficilement, l’ensemble du spectacle se réduisait à cinq heures. Un spectacle fort long toutefois, ce qui permit à l’irrespectueux Sacha Guitry de déclarer : «  Le Soulier de satin ! Heureusement qu’il ne s’agissait pas de la paire. »

Paul Claudel et son metteur en scène s’entendirent fort bien, ils avaient l’un pour l’autre une sorte d’admiration. Le choix du décorateur Lucien Couteau et de l’ensemble de la distribution satisfaisait pleinement l’auteur qui, délaissant son château de Brangues, s’installa à Paris le temps des répétitions.

Le Soulier de satin
Le Soulier de satin
Maquette de Lucien Coutaud pour le tableau Devant Mogador

in Encyclopédie du Théâtre contemporain 2
Coll. Vincent Parot

Monter un drame tel Le Soulier de satin pendant l’Occupation était une gageure. L’ensemble des décors et des costumes coûtait une fortune, au total, 1.130.200 frs. La subvention accordée à la Comédie Française dut être singulièrement augmentée par le Ministère des Affaires Culturelles, le prix de la place d’orchestre passa de 70 à 100 frs. Heureusement le spectacle fut un immense succès. Au soir de la première représentation, Paul Claudel se joignant aux comédiens pour le salut final, sur scène, fut ovationné. En dépit des alertes qui pouvaient interrompre le spectacle, le public fut très nombreux et l’on s’arrachait les places dont certaines se revendaient au « Marché noir ».

Le Soulier de satin
Le Soulier de satin
Jean-Louis Barrault et Marie Bell dans le tableau du Château arrière

in Encyclopédie du Théâtre contemporain 2
(photo DR)
Coll. Vincent Parot

Et quelques semaines après la première représentation, Jean-Louis Vaudoyer envoya ce courrier à Paul Claudel, retourné au château de Brangues : « Je suis heureux – mais nullement surpris – de vous dire que le succès du Soulier de satin prend des proportions triomphales. Les bureaux de location sont assiégés par uns foule si avide et si démonstrative que certains matins, « la force publique » a été contrainte d’intervenir pour rétablir l’ordre ! » 3

Face à son triomphe, Claudel reconnut dans son Journal : « Je sens qu’une grande partie de mon œuvre est terminée. »

Ce fut ainsi qu’il n’aura pas le plaisir de voir interprétés sur scène ses dialogues  de : Les Convervations dans le Loir-et-Cher, écrits entre 1925 et 1928, que la comédienne Sylvia Monfort mit en scène et présenta en son théâtre du Carré Thorigny en 1973. Pierre Franck repris le spectacle au Théâtre de l’Atelier de décembre 1996 à mars 1997.


Collections A.R.T.

À 2h45 du matin, le 23 février 1955, jour du mercredi des Cendres, Paul Claudel s’éteignit après avoir murmuré : «  Je veux qu’on me laisse mourir tranquillement, je n’ai pas peur. » La messe des funérailles eut lieu à Notre-Dame en présence de hautes personnalités politiques, de dignitaires étrangers et de nombreux académiciens.

Grâce à son œuvre exceptionnelle, le souvenir de Paul Claudel ne s’est jamais éteint. Depuis son décès, il n’eut pas d’années ou l’une ou plusieurs de ses pièces ne soient représentées soit dans des théâtres conventionnels soit par de jeunes compagnies théâtrales.

1 cf Quelques pièces
2 Paul Claudel : quatrième page de la couverture de l’édition folio
3 Henri Amouroux La Vie des Français pendant l’Occupation édition du Livre de poche 1971

Haut de page

retour suite
Table des matières

la mémoire du théâtre