Association de lalogoRégie Théâtrale  
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Un jeune loup aux dents longues

Michel DuranD est né à Lyon le 22 avril 1900, en plein printemps. Il a fait partie de la bande des lyonnais décidée à conquérir Paris. Sa mère était couturière et son père gérant de librairie à la célèbre librairie Masson, où venait flâner Henri Beraud qui dirigeait un journal terrible  : pour payer son billet de train vers la capitale. Un ami d’enfance devenu pion l’accompagne sur le quai de la gare et le regarde partir avec envie et regret. « Je me rappelle très bien » dit Michel Duran. « Il portait une petite moustache et des lorgnons. Il était vêtu d’un veston noir et d’un pantalon fantaisie, d’un gilet de daim, des guêtres en toile et des manchettes de Celluloïd. Il voulait être un grand auteur dramatique comme je voulais moi-même devenir un grand acteur. Il s’appelait Marcel Achard ».

Le voyage s’est passé dans un wagon rempli de militaires, sa tête reposant sur les croquenots d’un zouave, les pieds soutenus par le casque d’un artilleur. En arrivant à Paris, il est accueilli par Pierre Scize qui fut la providence de tous les lyonnais débarquant du train. Achard ne tardera pas à le rejoindre et ils vont habiter ensemble dans une chambre rue Chauchat éclairée par une tabatière. Ils connaissent cette période bénie où la vache enragée ne veut pas forcément dire la misère, la tristesse ou la désespérance. Même dans les passages les plus noirs, il se trouvait toujours un copain qui ouvrait sa table et offrait son amitié. Le premier soin de Michel fut de se faire un nom en supprimant la dernière lettre du sien. Marcel Achard et lui besognaient en faisant de la figuration dans de sombres drames historiques. L’occasion leur fut donnée de débuter dans le journalisme en même temps qu’Henri Jeanson qui fera partie de leur bande. Jacques Thery venait de fonder un quotidien du soir Bonsoir. Achard était chargé d’interviewer les personnalités et Duran l’accompagnait silencieux et muni d’un carnet et d’un crayon, car il se disait dessinateur. C’est dans Bonsoir que débuta un jeune banlieusard qui se nommait Pierre Benard et allait devenir le redoutable rédacteur en chef du Canard enchaîné.

Pour son premier papier, Henri Jeanson, avec la fougue de la jeunesse et l’impertinence qui le caractérisait déjà, s’en prit à Yves Mirande lequel, furieux, voulut faire un procès auquel il renonça en apprenant que son tortionnaire était mineur. Il décida néanmoins de le traîner devant le tribunal pour enfants. Auparavant, il se rendit au journal pour punir la bande d’impertinents. Le soir, il invitait toute la rédaction à dîner, et tous les convives, Duran, Jeanson et Achard compris finirent leur soirée au bordel. Rue Chauchat, leur voisin Auguste Nardy faisait la cuisine pour toute la bande à laquelle s’étaient joints Paul Gordeaux et Pierre Benard. Gordeaux était chargé de la rubrique des Halles, ce qui lui permettait d’obtenir des lots de filets de harengs au prix de gros.

Achard, qui vient d’être engagé en qualité de régisseur chez Charles Dullin à l’Atelier, y fait engager son copain Duran comme acteur et décorateur, ce qui ne empêchera pas ce dernier de tourner sous la direction de Billy Wilder dans Mauvaise graine (le rôle du chef de gang) avec Danielle Darrieux et Pierre Mingand. Auparavant, il avait également tourné sous la direction de Louis Delluc aux côtés de Roger Karl et d’Eve Francis, sous la direction de Marcel L’Herbier, et joué dans des revues d’Albert Willemetz. Nouvelle incursion dans le journalisme, à Paris-Soir, où il signe un papier éreintant le grand Antoine.

 

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