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Le hasard devint synonyme de succès

Puis c’est Trois six neuf, créée le 3 février 1936 au théâtre Michel avec André Luguet et Suzy Prim. C’est une jolie comédie très bien accueillie qui sera reprise le 21 novembre 1942 au théâtre de Paris avec Armontel et toujours Suzy Prim. Pierre est amoureux d’Agnès, jusqu’à penser au suicide. Elle essaie de le raisonner et finalement, consent à lui donner trois mois de bonheur, profitant d’un voyage de son amant en titre. Arrivera l’heure du retour, qui marquera la guérison du jeune homme… mais Agnès a été gagnée par le mal d’amour.

Barbara de Michel Duran
Barbara de Michel Duran
Théâtre Saint-Georges - 1938

(photo DR)
Collection A.R.T.

À l’héroïne Agnès, succède une autre héroïne Barbara, créée le 7 février 1938 au théâtre Saint-Georges. C’est, à travers l’histoire d’une vedette d’Hollywood, célèbre dans le monde entier, qui vient en France divorcer pour la troisième fois, la caricature de la vamp insupportable, et des mœurs américaines. Le rôle titre est tenu par Zita Percel, hongroise pensionnaire du théâtre national de Hongrie, vedette de cinéma à Budapest, et roulant les R comme Elvire Popesco. La presse est très bonne, à l’exception d’Alain Laubreaux, 3 qui démolit Michel Duran. « Nous ne sommes pas mariés » sera créée aux Bouffes Parisiens le 6 décembre 1939. C’est une comédie sur la fidélité. Fernand et Simone s’adorent. Ils ont un ami désespéré, Clément, que sa femme a quitté. Simone lui présente une amie très séduisante, Évelyne, espérant que Clément sera séduit. Hélas, c’est Fernand qui est séduit. Pour lui la question se pose. Est-il préférable de tromper sa femme discrètement, plutôt que de la rendre malheureuse par le désir qu’on a d’une autre ? Ou n’est-il pas, au contraire, plus courageux de rester un amant fidèle, que de devenir un mari polygame ? Le succès est toujours au rendez-vous, et la presse toujours favorable. La pièce sera reprise au théâtre Saint-Georges et au théâtre de Paris en mars 1940. Le talent de dramaturge de Michel Duran s’affirme de pièce en pièce.

La suivante fera l’unanimité. C’est Boléro, créée aux Bouffes Parisiens le 13 mai 1941, mise en scène par Pasquali qui déclare : « La pièce est excessivement drôle et excessivement dramatique. C’est quand le drame montre son nez que la joie se déchaîne, et l’émotion vous étreint au moment précis où vous allez rire ». La pièce, que l’auteur désigne comme « un vaudeville sans lit et sans caleçons » repose sur trois mystifications, une par acte. Le titre est emprunté à Ravel dont on entend le Boléro tout au long de la pièce. Armoryan, le critique des Nouveaux Temps compare Michel Duran à Charles Trenet « travaillant comme le chanteur dans l’inattendu et cultivant la surprise ». Les gens de cinéma n’auront pas été insensibles au talent de Michel Duran car celui-ci deviendra dialoguiste de J’étais une aventurière en 38, de Battements de cœur en 39, et scénariste et dialoguiste de Premier rendez-vous en 41. Ces trois films connaîtront un très grand succès et on est en droit de penser que le dialogue y était un peu pour quelque chose. Premier rendez-vous deviendra une opérette, écrite en collaboration avec Henri Decoin, le réalisateur du film, créée à Nancy le 22 décembre 1948, toujours sur la musique de René Sylviano, et présentée à Paris à la Gaîté Lyrique, avec Brigitte Mars et Robert Piquet.

 

bonne chance denis de michel duran
Paul Cambo, Jacqueline Gauthier et Raymond Rouleau
répétition de Bonne chance Denis de Michel Duran, Théâtre de l'Œuvre - 1946

Collection A.R.T.
(photo DR)

En 1946, Michel Duran donne sa huitième comédie Bonne chance Denis ( ex Une autre vie ) au théâtre de l’Œuvre le 11 décembre, avec Paul Cambo, Jacqueline Gauthier et Danièle Delorme. C’est incontestablement une grande réussite. Ensuite vient Sincèrement. M. Duran aurait aimé que soit engagé Claude Dauphin pour lequel le rôle avait été écrit. Mais Mitty Goldin, le directeur avisé des Capucines signa avec le jeune chansonnier Pierre Destailles, puis imposa Alice Cocéa contre l’avis de l’auteur qui dira : « Elle s’est beaucoup améliorée. On comprend ce qu’elle dit, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps ». La pièce est créée le 26 septembre 1949. Le succès est toujours au rendez-vous et la critique est aux anges, ( une l’exception près, celle de Gabriel Marcel ). Après une belle carrière aux Capucines, la pièce est reprise le 23 janvier 1952 à l’Ambigu.

Alice Cocéa et Pierre Destailles
Sincèrement
Alice Cocéa et Pierre Destailles

in Paris Théâtre n° 108
(photo DR)
Collmections A.R.T.

Quelques mois après la création de Sincèrement, alors que la pièce poursuit toujours sa carrière, le théâtre Saint-Georges présente La Mariée est trop belle le 29 avril 1950, avec André Luguet, Claude Génia et Claude Nicot. C’est l’histoire d’une femme désappointée par l’indifférence de son mari et qui décide de le quitter avec celui qui deviendra son amant. Au moment de partir, elle découvre qu’elle est enceinte. L’instinct maternel prévaudra et tout rentrera dans l’ordre. La critique n’est pas bonne. On compare la pièce à Sincèrement, et pas à l’avantage de la Mariée. « La Mariée est trop belle, mais elle ne figurera pas parmi les beaux partis », « La mariée est trop belle pour être vraie », « La mariée est trop belle, mais la pièce beaucoup moins », « La mariée est trop belle pour être honnête ». Michel Duran prend sa revanche avec Faites-moi confiance, créée au Gymnase le 28 novembre 1953 avec Denise Grey, Daniel Lecourtois et Carette. Une veuve qui voit sa fortune s’évanouir au cours de dévaluations successives, prend un locataire d’une parfaite courtoisie, qui prétend s’occuper de « déplacements de capitaux », ce qui est exact, c’est un gangster chevronné. « J’ai voulu construire un roman de la série noire transformé en rose. Le champagne remplacera le whisky et les bons usages celui de la mitraillette ». Très bonnes critiques dans l’ensemble.

La Roulotte, créée au théâtre Michel le 15 octobre 1954 marque un changement de style. L’histoire conte l’opposition d’une famille très bourgeoise avec une moralité qui n’en est pas une et qui est socialement bourrée de principes, et d’une famille complètement farfelue et fantaisiste de romanichels, qui vit dans une roulotte. La fille des romanichels est enceinte du fils des bourgeois. Lesquels, évidemment, ne font pas face à leurs responsabilités. Les romanichels mettent alors en application le vieux dicton Œil pour œil, dent pour dent. Il faut que notre fils séduise la fille des bourgeois pour lui faire un enfant. Mais les deux jeunes gens tombent vraiment amoureux l’un de l’autre, ce qui n’arrange pas les choses. L’histoire, en raison du milieu dans lequel elle évolue, est originale et sort des sentiers battus, mais ne rencontrera pas l’agrément de la critique.

Nouvelle revanche de l’auteur avec José, créée aux Nouveautés le 17 décembre 1955 et qui doit succéder à neuf années de présence d’André Roussin : La Petite Hutte jouée 1. 500 fois et Lorsque l’enfant paraît jouée 1603 fois. Ce handicap sera franchi avec bonheur car José rencontre un très grand succès de public et de presse ( hormis l’article de Robert Kanters dans L’Express qui constitue la seule mauvaise note dans le concert d’éloges ).

José de Michel Duran
José
Jacques Dacqmine et Evelyne Gabrielli devant le décor au Théâtre des Nouveauté
in Paris Théâtre n° 108

(photo DR)
Collmections A.R.T.

La dernière pièce de Michel Duran sera Mon cœur balance créée au Casino Municipal de Nice et présentée à Paris au théâtre des Arts le 20 septembre 1957, pour 50 représentations. Gertrude, élevée par sa mère aux U.S.A., retrouve à Paris son père divorcé. Elle est amoureuse de deux prétendants, l’un beau, travailleur, situation d’avenir ; l’autre bohème, paresseux, doux et timide. Le père est bien ennuyé. Après quelques essais, Gertrude retournera aux U.S.A. Ces adieux au théâtre ne marqueront pas, pour Michel Duran, un retour au succès. La pièce est mollement accueillie et sa critique donnera lieu à un incident. Alors que, dans Le Figaro Jean-Jacques Gautier avait fait une critique assez bonne, dans le même journal, le dessin de Sennep représentait une salle occupée par des spectateurs tous endormis. Duran adresse une lettre de protestation au Figaro, s’interrogeant pour savoir qui est le véritable critique du journal. Il est évident qu’un dessin peut faire beaucoup plus de mal qu’une critique et la polémique relative à Mon cœur balance au sujet de Sennep s’était déjà produite et se reproduira avec d’autres auteurs.

Mon Cœur balance de Michel Duran
Collection A.R.T.

3 Alain Laubreaux se rendra célèbre sous l’occupation pour son apologie délirante du régime nazi, ce qui lui vaudra une condamnation à mort, dont il évitera l’exécution, en prenant la fuite en Espagne.

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