Association de lalogoRégie Théâtrale  
3

Un journaliste passionnément engagé

Embauché à la Revue Universelle que finançait le quotidien d’extrême droite L’Action Française Jacques Talagrand signera désormais ses articles du pseudonyme de Thierry Maulnier, sous prétexte qu’ « un déguisement permet d’affirmer ses idées ».

En mars 1930, Charles Maurras, directeur de L’Action Française, confia au jeune journaliste la rubrique littéraire du quotidien, puis bientôt celle de la politique. Les commentaires de Thierry Maulnier concernant à la fois l’inquiétante montée de l’hitlérisme en Allemagne et l’immobilisme de la Société des Nations furent approuvés à la fois par l’ensemble de la rédaction dont faisaient partie Roger Brasillach et Pierre Drieu de la Rochelle, et par nombre de fidèles lecteurs.

Quoique très myope, Jacques dut effectuer son service militaire. Pendant ce temps, il écrivit une étude sur Nietzsche, très remarquée. À ce propos, il manqua de peu le Prix de la Critique parce ce que les membres du jury, le jugeant à peine sorti de l’adolescence et plein de talent, pensaient que « les lauriers ne lui manqueraient pas ».

Sans se décourager le jeune auteur publiait son premier ouvrage La crise est dans l’Homme.

En 1933, naissait une nouvelle revue consacrée à la jeunesse et aux sports. Les articles furent signés Roger Brasillach, Paul Morand, Henri de Montherlant, Jean-Louis Vaudoyer, René Clair. Thierry tint la rubrique La Jeunesse dans le monde ; il y dénonçait l’embrigadement des jeunes hitlériens.

Le 6 février 1934, rejoignant les membres du mouvement des Croix de Feu, Thierry Maulnier participa aux manifestations antigouvernementales devant la Chambre des Députés.

Outre ses articles donnés à L’Action Française, Thierry faisait partie de la rédaction des Nouvelles Littéraires, de La Revue française, de La Revue universelle et de Je suis partout, quotidien que venaient de lancer les éditions Fayard. De plus, en collaboration avec Brasillach il faisait publier chez Grasset un énorme pavé : Demain, la France dans lequel était écrit : « L’homme n’est pas réduit au rôle de fantôme anonyme, dévoué à une souveraineté mythique ou au service d’un Etat inhumain, mais tout simplement impliqué dans son cadre et son milieu naturel ». 1

En dépit de toutes ces tâches littéraires, Thierry semblait mener une vie facile, agréable, entouré d’amis et admiré par nombre d’étudiants qui appréciaient ses articles. Habitant un petit appartement au 27 rue de Bellechasse, il n’était pas de jour qu’on ne le rencontrât au Café de Flore ou Aux Deux Magots. Il avait toujours le temps de lire et d’aller applaudir au théâtre les œuvres de Jean Giraudoux, son auteur dramatique préféré. Son ami, Claude Roy, le définissait comme « un grand travailleur et aussi un grand paresseux, toujours en avance d’une idée sur son temps et en retard de deux rendez-vous sur son emploi du temps. Dans son œuvre, la même attitude nous frappe. Il ne sépare point la pensée de l’action, ni la culture de l’action politique ». 2

En mai 1935, paraissait en librairie un remarquable essai sur Racine, ouvrage signé Thierry Maulnier, qui valut Le Prix des Critiques à son auteur devenu célèbre dans le monde littéraire.

Tout en poursuivant sa participation à L’Action Française, T. Maulnier créa avec Jean de Fabrégues, ancien secrétaire de Charles Maurras, une revue, Combat, dans laquelle, au grand étonnement des lecteurs, ils défendaient des idées du style : « il est intolérable que les ouvriers peinent pour le plus grand bénéfice de la classe bourgeoise et dominante ».

Insatiable, quelques mois plus tard, en pleine période du Front Populaire, T Maulnier fonda un nouvel organe subversif, L’Insurgé, défendant à la fois le marxisme et le patriotisme ainsi que le proclamait l’éditorial du premier numéro :  « Depuis dix huit ans que la France s’avilit, on a dressé un certain nombre de réquisitoires contre le régime et l’équipe dirigeante. Il est temps aujourd’hui de dresser un réquisitoire contre la France ». Le 10 mars 1937, T. Maulnier et cinq autres journalistes furent inculpés pour avoir signé un article relatant une fusillade au cours de laquelle la troupe aurait tiré sur les ouvriers. Arrestation à laquelle il répondit : «  Nous aimons mieux être par vous envoyés en correctionnelle que de recevoir la Légion d’Honneur … ». 3

Bien que ses ventes fussent fort honorables, L’Insurgé dut mettre fin à sa publication en octobre 1937.


Thierry Maulnier par Delongrave dans L'Insurgé 1937
in Thierry Maulnier de Étienne de Montesy éditions Juillard 1994

Coll. part.

Ce fut alors que, sans se décourager une fois de plus, T. Maulnier fit éditer un essai : Au delà du nationalisme, dans lequel il reprenait tous ses anciens articles critiquant, à la fois, le marxisme et le fascisme. Pour lui la France se devait de trouver une voie entre le régime démocratique et le régime totalitaire.

1 Demain la France page 185
2 Claude Roy Je suis partout 23 juillet 1937
3 L’insurgé 10 mars 1937

Haut de page

retour suite
Table des matières

la mémoire du théâtre