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Retour vers la poésie et le théâtre

Bientôt Thierry se sentit, à nouveau, concerné par la poésie et le théâtre comme au temps de son enfance. Dans le cadre du Cercle littéraire de la Rive Gauche, il donna des conférences sur les tragédies de Corneille, sur le théâtre de Jean Giraudoux qu’il continuait à apprécier tout particulièrement …

En juillet 1939 les éditions Gallimard publièrent  L'Introduction à la poésie française signée Thierry Maulnier. Alors il écrivit à sa mère : «  Cette anthologie est naturellement partiale et fera crier, je l’espère, beaucoup de gens ». 1 Mais les évènements, hélas, en décidèrent autrement et l’ouvrage n’eut pas le temps de donner raison à son auteur. Celui-ci fut mobilisé, le 3 septembre, comme lieutenant d’Infanterie, affecté au dépôt de Fontainebleau, en attendant d’être réformé pour cause de grave myopie.

De retour à Paris, T. Maulnier reprit ses activités journalistiques et littéraires. Il poursuivit sa collaboration à L'Action Française, donna quelques articles à La Revue française et à Je suis partout. En outre, il créa, avec Kléber Haedens, La Revue françaises des idées et des œuvres, organe fugitif qui n’eut guère le temps de s’imposer.

Le 12 juin 1940, accompagnant la rédaction de L'Action Française, Thierry Maulnier quitta Paris pour Bordeaux, puis pour Limoges. Il revint à la Capitale dans le courant du mois d’octobre et assista le 11 novembre au rassemblement interdit des étudiants rendant hommage au Soldat Inconnu, sous l’Arc de triomphe. Mais bientôt, ne trouvant plus sa place dans un Paris occupé, il décida de rejoindre L'Action Française, définitivement installée à Lyon.

Dans le train le menant à la ligne de démarcation, il rencontra une jeune comédienne, Marcelle Tassencourt, qu’il avait applaudie quelques années auparavant dans le rôle de Junie de Britannicus. Ce fut LE coup de foudre. Alors que la jeune femme était engagée par Louis Jouvet pour partir en tournée en Amérique, elle rompit son contrat. Elle était l’épouse du journaliste Louis-Gabriel Robinet, elle divorça. Et les amoureux ne se quittèrent plus.

Marcelle Tassencourt
Marcelle Tassencourt
in Thierry Maulnier de Étienne de Montesy éditions Juillard 1994

(photo Harcourt)
Coll. part.

À Lyon, Thierry fit la connaissance de Pierre Brisson qui lui proposa d’entrer à la rédaction du Figaro. Malheureusement le 11 novembre 1942,  Brisson sabordait son quotidien  : « Les consignes impératives qui viennent de nous parvenir ne nous permettent plus de poursuivre notre tâche, sans offenser nos sentiments les plus intimes et sans trahir la confiance du public ».

Sans grand travail que faire à Lyon ? On ne pouvait que s’ennuyait aussi le jeune couple s’installa-t-il définitivement à Paris.

Refusant désormais de s’impliquer dans le domaine politique, T. Maulnier se bornait à ne tenir qu’une rubrique littéraire qu’il envoyait régulièrement à L'Action Française.

Grâce à Marcelle Tassencourt, Thierry commença à fréquenter le monde du théâtre avec le plus grand plaisir. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jacques Audiberti, Arthur Adamov devinrent de leurs amis.

Le 31 janvier 1944, Maulnier apprit avec chagrin le décès de Jean Giraudoux, son auteur dramatique préféré. Il lui rendit ainsi hommage : «  Dans la nuit où est plongée l’Europe depuis quatre ans, il était une des plus vives, des plus chaleureuses clartés par lesquelles se maintiennent l’honneur et la vie de notre culture ». 2

Au printemps 1944, alors, que Jean Anouilh triomphait avec son Antigone, au théâtre de l’Atelier, Thierry Maulnier ne put s’empêcher de comparer l’héroine à celle du poète du XVIème siècle, Robert Garnier, avec une préférence marquée pour cette dernière.

Ayant fait la connaissance du jeune animateur de vingt-deux ans Pierre Franck, Monnier lui proposa de mettre en scène cette seconde Antigone, après avoir retravaillé certains passages et fait les coupures nécessaires.

Sous le titre Antigone 1568, la pièce sera présentée au théâtre Charles de Rochefort à partir du 19 mai 1944. La répétition générale eut lieu devant une brillante assemblée parmi laquelle on reconnaissait Jean Cocteau, Jacques Copeau, Jean-Louis Vaudoyer, ancien administrateur de la Comédie Française, etc. Le spectacle connut un grand succès que partagea Marcelle Tassencourt dans le rôle de l’héroïne. Néanmoins, on dut déplorer une fausse note : celle du critique Alain Laubreaux, collaborationniste notoire : « Il ne s’agit pas ici de la représentation d’une œuvre rare, mais d’être dans le ton, de donner aliment à une certaine pédanterie esthétique que les « savantasses » à lunettes d’écaille nous proposent comme un pur miroir de la poésie ». 3

Après une vingtaine de représentations, début juin, le spectacle dut s’arrêter pour cause d’évènements et ne sera repris qu’en janvier 1945, au Théâtre du Vieux Colombier dans le cadre de matinées poétiques.

1 Lettre du juillet 1939
2 L’Action française 18 février 1944
3 Je suis partout 26 mai 1944

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