Association de lalogoRégie Théâtrale  

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Mise en quarantaine

Lors des évènements d’août 1944 Montherlant a quelques bonnes raisons de s’inquiéter. Non engagé dans la voie glorieuse de la Résistance ou n’ayant pas eu la sagesse du silence, il savait qu’il paierait Le Solstice de Juin. Quoique censuré par la Kommandantur. L’ouvrage pèsera lourd dans la balance... Et pourtant Montherlant peut témoigner de son loyalisme : « J’ai refusé à des Allemands l’autorisation d’éditer un livre de moi Mors et Vita parce qu’ils voulaient supprimer une de mes nouvelles, Un petit Juif à la Guerre. Le 14 mai 1944, la Gestapo est venue perquisitionner chez moi. Des officiers allemands m’interrogent. Mes tiroirs sont fouillés pour la forme d’ailleurs... ». Mais c’est sans compter sans l’envie et la jalousie de quelques confrères...

Lors de la semaine de la Libération, Montherlant déserte son appartement du quai Voltaire pour éviter de se trouver « à la merci d’un fou ». Il se rend dans l’un ou l’autre de ses « aimoirs », là même où il a l’habitude de rencontre ses jeunes conquêtes. En réalité nul n’en voulait à sa personne, mais à son talent.

Le 4 septembre le Comité National des Écrivains demande au Gouvernement Provisoire de punir la complicité des écrivains collaborateurs. Le 9 septembre, une liste est publiée dans la presse comprenant les noms de Robert Brasillach, Céline, Jacques Chardonne, Jean Giono, Marcel Jouhandeau, Charles Maurras, Paul Morand et Henry de Montherlant.

Fin septembre 1944, la Direction Générale des Services Spéciaux du 2ème bureau examine le dossier MONTHERLANT et conclut l’affaire sans suite. En février 1945, après avoir entendu l’auteur, la Commission d’Épuration de la Société des Gens de Lettres ne retient aucune charge contre lui et en mai l’affaire est classée.

En dépit de cette décision, les membres du bureau du C.N.L. souhaitent que « l’intéressé » se dédouane en signant une déclaration de « regrets » quant à ses erreurs. On lui reproche toujours d’avoir écrit des articles dans la Nouvelle Revue Française ( nouvelle mouture ), Paris-Soir ou La Gerbe. Bien naturellement, Montherlant refuse et, en grand seigneur, s’impose à lui-même trois années de silence pendant lesquelles il ne sera ni joué, ni édité. Mieux, il quitte alors la France pour un séjour de quelques mois, à Rome.

Le Maître de Santiago
Edition originale du Maître de Santiago

En mai 1947, sa quarantaine terminée, Montherlant confie aux éditions Gallimard une nouvelle pièce Le Maître de Santiago. Le sujet lui avait été inspiré à par l’article d’un historien madrilène révélant l’hostilité de certains Espagnols après la découverte de l’Amérique, jugée désastreuse pour le pays. La sortie du livre suscite bien des remous. Le MaÎtre de Santiago a le don de mécontenter l’ensemble de la politique française. Tandis que la droite relève avec fracas les allusions sévères à la France d’alors, la gauche note une hostilité envers l’Amérique. Par contre le P.C se félicite des jugements exprimés sur le colonialisme qui sont à peu près voisines des siennes.

Le Maître de Santiago - dédicace à Jacques Hébertot
Dédicace à Jacques Hébertot
Collection particulière

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