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Les Succès

Mis en chantier en 1951, le manuscrit suivant, portant le titre Zamore ne fut mis en scène que deux années plus tard, par André Barsacq, au Théâtre de l’Atelier. Laissons l’auteur présenter sa pièce dans le programme. : «  Cette comédie ( ou ce drame comique comme vous voudrez ) est venue au monde, il y a juste deux étés au cours de brèves vacances et je l’ai écrite avec joie ( ce qui n’arrive pas souvent ). Est-ce un bon signe, touchons du bois ! Si elle pouvait plaire au public, j’en serais heureux, bien sûr, pour toutes ces raisons que vous devinez, mais aussi en plus, pour ces personnages que j’aime beaucoup et surtout pour Zamore que j’aurais voulu tirer d’affaire à la dernière scène. Je n’ai pas pu. Vous voyez, même en vacances, on ne fait pas toujours ce qu’on veut ! ».

Zamore
Collection A.R.T.

Le rôle de l’amant était tenu par un certain Jean-Paul Belmont, élève du Conservatoire d’Art Dramatique, en fait il s’agissait de Jean- Paul Belmondo dont c’était l’une des premières apparitions sur scène.

programme de Zamore et Médée
Programme original de Médée et Zamore
en photo : Jean Servais, Michèle Alfa, Lucien Blondeau, Pierre Goutas, Mady Berry et Jean-Paul Belmondo

Collection A.R.T.

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La pièce racontait l’histoire d’un couple adultère, poursuivi par le mari jaloux, Zamore. Celui-ci descendait dans le même hôtel que le couple d’amoureux et faisait le guet, sans adresser la parole ni à la femme ni à Charles Auguste, le soupirant, mais en les regardant avec tristesse. Excédés les amants se réfugièrent dans un village de Haute-Provence où les habitants avaient le don de prémonition. Zamore poursuivait encore les amoureux. Furieux, Charles Auguste le mit en mesure de ne plus s’occuper de sa maîtresse. L’ancien mari refusa. L’amant fut fou de rage. Le coup de révolver semblait fatal. Enfin les deux hommes finirent par se ressaisir, ils décidèrent de se réconcilier. Mais… l’inévitable ne pouvait que se produire… Lors d’un interview, Neveux avoua que refusant le décès de Zamore, il travailla trois nuits pour tenter de le sauver et que malheureusement il dut se rendre à l’évidence, Zamore était condamné à mourir.

Cette fois encore, Georges Neveux se fit applaudir, ainsi en était-il du critique Guy Verdot : «  On rit presque tout le temps   et cependant on a de la peine, de l’angoisse. C’est du très grand art sans artifice. Le cœur est présent : alchimie de l’art et du cœur avec l’humour pour réactif ». 1

Le 7 mars 1955, ce fut au Théâtre de la Gaité Montparnasse que, dans une mise en scène de René Clermont, fut affiché Le Système deux 2 . Le sujet, très cher à l’auteur, traitait de la dualité existant chez tout être humain. La pièce obtint un triomphe. Georges Neveux venait définitivement de conquérir son public.

Le Système deux
Le Système deux
Jacques Morel, René Clermont, Madeleine Sylvain et Brigitte Auber

(photo DR)
Collection A.R.T.

Six mois plus tard, Jean-Louis Barrault commanda un ouvrage à Neveux, pour être mis en scène au Théâtre Marigny. L’auteur lui proposa une adaptation du Chien du Jardinier 3, d’après Lope de Vega. La pièce, inspirée d’une légende qui prétendait que ce chien, s’il refusait de manger le morceau que l’on lui proposait, interdisait à tout autre d’y toucher.

Le succès comme celui du Système deux fut éclatant. Un concert d’éloges unanimes récompensa à la fois l’auteur et ses interprètes : Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud.

Le Chien du jardinier
Le Chien du jardinier
Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault

in Paris Théâtre
Collection A.R.T.

Deux triomphes dans la même année !!! Certes Georges Neveux était considéré dorénavant comme l’un des auteurs les plus considérables du Tout Paris.

Le 28 septembre 1957  au théâtre Montparnasse, le rideau se levait sur Le Journal d’Anne Frank. Petite fille juive, Anne avait vécu deux ans cachée avec sa famille, dans un grenier d’Amsterdam. Arrêtée le 4 avril 1944, elle fut conduite au camp de Bergen Belsen où elle mourut en mai. Dans sa cachette, elle avait écrit son journal au jour le jour. Retrouvé après la guerre, ce document, un cri d’espérance, fut édité, publié en diverses langues et adapté à la scène. La pièce avait été créée à New York en 1955. Elle remporta alors le prix Pulizer. En Allemagne Le Journal d’Anne Frank fut jouée à Hambourg, Dusseldorf, Constance, Aix La Chapelle, Berlin et à Dresde. « Dans toutes ces villes allemandes, le rideau final est tombé devant un public pétrifié. Les uns pleuraient, d’autres n’osaient pas quitter leur fauteuil ». 4

Le journal d'Anne Frank
Collection A.R.T.

À son tour Marguerite Jamois directrice du Théâtre Montparnasse, très émue à la lecture du livre, confia à Georges Neveux le soin d’en tirer une adaptation française.

programme du Journal d'Anne Frank
Programme original du Journal d'Anne Fanck
en photo : Francis Goodrich, Albert Hackett, auteurs, et Georges Neveux, adaptateur

Collection A.R.T.

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Celui-ci se souvint : «  Lorsque j’écrivais cette adaptation, j’ai écouté Schubert. Lors des passages gais - car il y tout de même des moments très gais dans cette pièce - , c’était La Truite qui symbolisait pour moi l’Anne vif argent, heureuse de vivre; lors des passages tristes, j’écoutais La Jeune Fille et la Mort (…) Ce que je ne veux absolument pas c’est que l’on qualifie de « pièce juive » Le Journal d’Anne Frank ( …) Anne est devenue le symbole de toutes les horreurs de ce monde, mais je pense aussi, que c’est un symbole heureux que l’on reçoit sans souffrir, presque en souriant ».5

Avant la première représentation, fut organisée une soirée de gala à bureaux fermés,y assistèrent, le ministre de la Justice Mr. Corniglion Molinier, l’Ambassadeur de Suède, les comédiennes, Mme Simone et Mme Dussane, l’académicien Fernand Gregh ainsi que les cinéastes André Cayatte et Marcel Carné.

Bouleversée, la critique fut unanimement chaleureuse, y compris les deux journalistes les plus intraitables : Jean-Jacques Gautier et Robert Kemp. Le premier écrivit  : «  Tout le public était atteint, touché, bouleversé, gorge serrée, lèvres sèches, paralysé. C’était, ce fut quelque chose de poignant (…) On est sorti « vidé » mais comblé » 6 et le second, plus ému encore,  : «  J’ai pleuré de grosses larmes (…) Le Journal d’Anne Frank qui ne laissait d’inspirer quelques appréhensions est un succès éclatant. On ne peut se dispenser de le voir. Je dis que c’est un devoir « in memoriam »  ». 7

En raison du triomphe, les représentations durèrent jusqu’au 28 juin 1958, puis la pièce partit en tournée en France, en Belgique et en Suisse. Et Marguerite Jamois reçut le Prix Dominique du Théâtre 1958.

Heureux de retrouver la scène où seraient interprétés ses propres ouvrages, Neveux eut le plaisir d’assister aux répétitions de Ma chance et ma chanson, qu’il avait écrite, en 1943 , lors de la naissance de sa fille Patricia La pièce, montée par le jeune Gérard Vergez dont c’était la première mise en scène, fut représentée à partir du 7 Décembre 1957, au Théâtre du Ranelagh. Il s’agissait d’une sorte de fable, au cours de laquelle les personnages de trois générations différentes se rencontraient  : deux amoureux avant la naissance de leur enfant, l’enfant lui-même, à l’âge de dix-huit ans et les grands parents décédés. Ainsi se concrétisait la formule d’André Breton, qui, après avoir vu le spectacle, affirmait il s’agissait là d’un « sablier éternellement réversible ». 8

Sans remporter le succès du Système deux et du Chien du Jardinier, Ma Chance et ma chanson connut une jolie carrière.

Marie Bell, ancienne sociétaire de la Comédie Française était devenue, depuis deux ans, directrice du théâtre du Gymnase. Elle aimait le talent de Georges Neveux et souhaitait jouer un rôle qu’il aurait écrit pour elle. C’est ainsi que fut créée La Voleuse de Londres. 9 Pamela, la voleuse, fut sans doute, le personnage préféré de Georges Neveux, il éprouva pour elle une tendresse évidente.

Jacques Dupont
Programme original de La Voleuse de Londres
Dessin de costumes de Jacques Dupont

Collection A.R.T.

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Le spectacle fut créé le 28 novembre 1961, au Théâtre du Gymnase. La pièce fut fort applaudie, et Marie Bell, pour sa part, connut un grand succès : «  Mme Marie Bell joue Paméla avec brio, avec mordant, avec autorité et, quand il le faut, avec une émotion presque tragique ». 10

La Voleuse de Londres
La Voleuse de Londres
en photo : Marie Bell et Raymond Gérôme

in Paris Théâtre
Collection A.R.T.

1 Guy Verdot Théâtre de France N° 3 1953
2 c/f Quelques pièces
3 c/f Quelques pièces
4 Paris-Presse 11 octobre 1957
5 Georges Neveux Le Nouvel observateur 3 octobre 1957
6 Jean-Jacques Gautier Le Figaro 4 octobre 1957
7 Robert Kemp Le Monde 4 octobre 1957
8 Les mystères de l’amour éditions Nouvelle Revue Française
9 c/f Quelques pièces
10 Paul Gordeaux France-Soir


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