Association de lalogoRégie Théâtrale  
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Les Déceptions

Au Théâtre du Vieux Colombier, le rideau se leva le 4 mars 1967 sur Et moi aussi j’existe ! dans une mise en scène de Bernard Jenny, inspirée à la fois de L’Idiot et de Crime et châtiment de Dostoïevski. On reprochait à Neveu sa tirade du début du spectacle qui durait plus d’une heure dix. En dépit de l’avertissement de Maurice Clavel, soutenant l’auteur : « Si Neveux qui sait si bien dialoguer, monologue, c’est qu’il a quelque chose à dire, écoutons d’abord quitte à critiquer après », la pièce ne remporta aucun succès et fut retirée de l’affiche au bout d’un mois. Cet échec était une fois de plus la preuve que la transposition d’une œuvre, d’un genre à l’autre, en l’occurrence du roman à la pièce de théâtre, était un grand danger.

Et moi aussi j'existe
Collection A.R.T.

Et Moi aussi j’existe fut la dernière pièce de Georges Neveux, jouée sur la scène d’un théâtre.

L’œuvre suivante signée Georges Neveux s’intitulait : La Roulette et le souterrain, inspirée une fois de plus de Dostoîevsky. Elle ne trouva pas preneur parmi les directeurs de théâtre et ne fut éditée qu’en janvier 1967, à la collection Le Manteau d'Arlequin.

 

L’auteur radiophonique

C’est alors que Neveux composa plusieurs courtes pièces pour la radiodiffusion française, telle J‘ai un beau château programmé en 1948, puis : Le Vampire de Bougival diffusé sur les ondes le 7 juin 1959, un acte qui aurait pu avoir pour sous-titre Le Mieux est l’ennemi du bien. Dans une pension de famille de Bougival, un client M. Fleurion était si généreux, si bon, ne désirant que le bonheur des autres hommes, qu’il en devenait exaspérant et finissait par inspirer des idées de meurtre à ses concitoyens.

Mais le plus grand succès O.R.T.F de Georges Neveux furent les treize émissions des Aventures de Vidocq, réalisées par Marcel Bluwal et retransmises sur les ondes le samedi soir à 2Oh30, du 7 janvier 1967 à la fin 1973. Grâce à cette diffusion, le nom de Georges Neveux fut connut de la France entière.

 

L’adaptateur

Outre l’écriture de ses propres pièces et de la mise sur scène du roman d’Anne Franck, Georges Neveux s’attaqua aux œuvres d’auteurs étrangers. En 1945, ce fut l’adaptation du Songe d’une nuit d’été au théâtre Edouard VII, en 1949, celle d'Othello à la Comédie Française, puis la même année du Sourire de la Joconde de son beau-frère d’Aldous Huxley, au Théâtre de l’Œuvre. En 1953 Neveux  adapta La Cerisaie de Tchékov pour la Cie Renaud-Barrault. En 1956, Neveux traduisit La Profession de Madame Warren de George Bernard Shaw, jouée au Théâtre de l’Œuvre, puis du même auteur la Sainte Jeanne, en 1964, montée au Théâtre Montparnasse et repris au Théâtre National de Belgique.

Danièle Delorme
Danièle Delorme dans le programme original de Sainte Jeanne
(photo Michel Roi)
Collection A.R.T.

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Le Critique dramatique

À ses nombreuses occupations de dramaturge et d’adaptateur, Georges Neveux ajouta celles de critique de théâtre. On pourrait s’étonner qu’un auteur dramatique ait pu se permettre de juger les pièces des autres mais Georges Neveux, aimant passionnément le théâtre ne pouvait s’en passer. Il lui fallait sa dose chaque soir et ses articles lui en donnaient l’occasion.

Il devint l’un des critiques attitrés de la nouvelle revue hebdomadaire Arts. Il se montra cruel envers Les Fous de Dieu de Friedrich Durrenmatt, assez aimable pour Île aux chèvres d’Ugo Betti, dubitatif face au Capitaine Bada de Jean Vauthier, admiratif quant à Fin de Partie de Beckett et à Lazare d’André Obey, explicatif envers L’Alouette de Jean Anouilh. C’est alors qu’il devint l’ami du célèbre critique Max Favalelli. 1 On peut supposer que leur connivence l’influença parfois dans ses jugements. Ainsi s’agissant de Pauvre Bitos de Jean Anouilh, Favalelli avait écrit : «  Je me souviens. Georges Neveux et moi avions nous vu la pièce. Ensemble, nous avions souffert de la terrible ambiance de la Générale ».

Le temps s’écoulait... Passé soixante-dix ans, Georges Neveux ralentit ses activités. Néanmoins, il continua à faire partie du jury du prix U, récompense accordée à la meilleure œuvre théâtrale de la saison. Puis, de 1974 à 1978, il écrivit plusieurs pièces destinées à la radiodiffusion et la télévision françaises. Ainsi, furent retransmises une adaptation de Madame Bovary et celle du bandit imaginaire Robert Macaire. En outre, il signa, en 1978, une comédie, Les Fantômes du Palais d’hiver, inspirée de la conspiration ourdie contre la grande Catherine de Russie, avec Michel Bouquet, dans le rôle du grand duc Paul Ier.

En décembre 1975, Georges Neveux eut le plaisir de voir représenter son adaptation du Sourire de la Joconde d’ Aldous Huxley au Théâtre Marigny, dans le cadre des célèbres émissions : Au Théâtre ce soir.

Après n’avoir jamais cessé de penser que « la vie est trop tragique pour qu’on la prenne au sérieux », terrassé par une crise cardiaque, entouré des siens, Georges, décéda sans souffrance, au lendemain, de son quatre-vingt deuxième anniversaire, le 27 août 1982. Ses amis lui restèrent très attachés et très fidèles, ainsi en fut-il pour Claude Roy : « C’était pour moi, depuis 1941, un personnage des comédies de Shakespeare, enfant, clown, d’une originalité d’esprit et d’une bizarrerie extrêmes. Un « exquis » poète ( exquis et trop mal connu ces temps-ci ) et un ami imprévisible et sûr à la fois ». 2

1 Max Favalelli Valeurs Actuelles 28 septembre 1967
2 Claude Roy Permis de Séjour 1977-1982 édition Folio

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