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Découverte du théâtre

À vingt-six ans, Jean se sentait devenir un véritable artiste. Il ne lui manquait plus que de « faire du théâtre ». Apprenant que des auditions avaient lieu au Théâtre Sarah Bernhardt, il s’y rendit. En attendant son tour, il avait pris place auprès d’un autre jeune comédien, il se présenta : «  Poiret », l ‘autre répondit : « Serrault ». Un miracle ! Ces deux-là s’étaient, sur l’instant, découverts, ils ne se sépareront plus jamais, leurs carrières seront jumelles. Ils avaient la même tournure d’esprit, le même sens de la répartie, une force comique identique et impayable. Ils deviendront les célèbres duettistes : Poiret et Serrault.

« On ne pouvait faire plus dissemblables écrira Serrault, 1 Jean avait les traits fins, l’allure racée. On l’aurait dit sorti d’une tribu d’aristocrates. Moi, je ressemblais à un paysan qui serait devenu fonctionnaire, avec ma bouille ronde, mes yeux en billes de loto, ma moustache et mes cheveux charbonneux ! ». 2

Il fallut peu de temps pour que les deux compères décident de travailler ensemble. Au cours d’une longue conversation sans queue ni tête, ils improvisèrent un numéro qu’ensuite Jean mit en forme. Ils se présentèrent à la direction du Tabou, cabaret le plus à la mode de l’époque. Après une période d’essai, ils furent engagés, le 11 janvier 1953, pour une quinzaine de représentations. Leur numéro se composait d’un sketch racontant les supposées aventures d’un acteur américain : Jerry Scott.

Michel Serrault et Jean Poiret au Tabou
Michel Serrault et Jean Poiret au Tabou
(photo DR)

Jean Villard 3, directeur du cabaret Chez Gilles, toujours à l’affût de nouvelles vedettes, se déplaça accompagné du poète Raymond Queneau. Ils furent enchantés. Engagé, le duo débuta, le 23 janvier, au cabaret de l’avenue de l’Opéra. Le texte du Tabou fut révisé et s’intitula dorénavant : Le Retour de Jerry Scott. Un succès à guichet fermé ! La comédienne Micheline Dax, inscrite au même programme, déclara « Ils étaient tellement drôles, tellement inventifs qu’il était impossible de ne pas rire en les écoutant (...) En dépit de leur jeune âge, ils étaient déjà de formidables acteurs ». Enthousiaste, le critique de l’hebdomadaire Carrefour écrivit dans son journal : « Ce sont vingt minutes de rire ininterrompu pour le spectateur et c’est joué à la perfection ! On reparlera de Jean Poiret et Michel Serrault ».

Michel Serrault et Jean Poiret
(photo Harcourt)

Heureux, mais néanmoins méfiants, les deux amis ne pouvaient s’empêcher de craindre que leur succès ne soit qu’un feu de paille, il leur fallait trouver du travail ailleurs. Jean accepta un petit rôle dans la version cinématographique d’une adaptation des Trois mousquetaires et Michel Serrault se fit engager par Robert Dhéry dans le spectacle comique  : Du gu du, au théâtre La Bruyère

Ainsi en fut-il pendant une dizaine d’années... Plus une heure de perdue : les journées, Jean les passait dans les studios de cinéma, de radio ou de télévision . Les soirées les duettistes se retrouvaient, à vingt-trois heures Chez Gilles ou aux Deux Ânes, à La tête de l’art, à La Tomate ou autre cabaret.

De vingt heures à vingt- trois heures, Jean pouvait accepter de jouer dans une pièce. Ainsi fut-il programmé, en 1955 dans L’Ami de famille de Jean Sommet, au théâtre Caumartin, en 1958, dans Monsieur Mazure, de Claude Magnier, au Théâtre Michel et enfin dans La Coquine, d’André Roussin, au Théâtre du Palais Royal.

1 Philippe Durant Jean Poiret éditions First 2015
2 Michel Serrault Michel Serrault, vous avez dit Serrault ? éditions Florent Massot Présente 2001
3 Ne pas confondre avec Jean Vilar, directeur du Théâtre National Populaire

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