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Le metteur en scène

Auteur, acteur, il ne restait plus qu’à Jean Poiret de monter lui-même la pièce d’un autre dramaturge. Interrogé sur ce nouveau projet, il répondit : « On me proposait depuis longtemps de mettre en scène, mais je ne pouvais m’y résoudre (...) Je m’y suis quand même résolu, parce que le n’ai plus envie, pour l’instant, de faire du théâtre moi-même et que je ne peux pas non plus m’en passer ». 1

Poiret se laissa séduire par la pièce de Pierre Etaix, 2 L’Âge de monsieur est avancé.

L'Âge de Monsieur
Collections A.R.T.

Il s’agissait d’ un auteur dramatique qui jouait sa pièce au fur et à mesure qu’il l’écrivait d’où multiples les malentendus avec les personnes qui l’approchaient dont sa propre femme. Les deux rôles principaux étaient tenus par François Périer et Caroline Cellier. Jean était ravi de diriger son épouse. « Je vois davantage la fantaisie de Caroline que les autres metteurs en scène, reconnut-t-il. Nous avons attendu longtemps avant de travailler ensemble, chacun a sa carrière. Mais maintenant j’ai bien l’intention de la montrer différente de ses autre rôles ». 3

L"Âge de Monsieur est avancé
L'Âge de Monsieur est avancé
François Perier, Bernard Haller et Caroline Cellier

(photo Daniel Cande/BnF)

De l’avis des comédiens ce qui caractérisait leur metteur en scène : «  C’était l’extrême précision de ses indications. Il savait ce qu’il voulait, tout cela était très réfléchi (...) Il tenait les comédiens en laisse mais leur laissait la possibilité de créer leurs personnages (...) Sa mise en scène ne tombait pas du tout dans la folie, c’était intense !!! ». 4

La pièce connut un succès certain et fut affichée toute la saison, à la Comédie des Champs-Élysées,

Quelque peu ironique, Jean déclara : « Ainsi  je vais pouvoir rester à la maison le soir, pendant que ma femme travaillera. Je mettrai mes pantoufles et m’occuperai de notre fils Nicolas, 7 ans. Homme au foyer, voilà un vieux rêve qui va se réaliser ! ». 5

Le rêve se réalisera pour très peu de temps... Certes, J. Poiret ne jouait plus le soir, mais ses journées étaient fort occupées et n’en finissaient plus.

De 1985 à 1990, Jean se laissera tenter par ses deux metteurs en scène de cinéma préférés : Claude Chabrol pour lequel il tiendra le rôle principal de l’inspecteur Lavardin dans : Le Poulet au vinaigre et Les Dossiers de l’inspecteur Lavardin, films suivis d’une série télévisée ayant pour principal personnage l’indispensable inspecteur.

Sous la conduite de son second cinéaste favori, Jean-Pierr Mocky, Jean tournera dans Le Miraculé en compagnie de Michel Serrault et dans Les Saisons du plaisir.

Six ans passèrent pendant lesquels Jean ne travailla pas pour le théâtre. Il était temps pour lui de s’y remettre. Il écrivit donc une nouvelle pièce au titre énigmatique : Les Clients, dans laquelle, Georges, publicitaire très en vogue, très volubile, inquiet de se sentir vieillir, se laissait grugé par son entourage, sa famille, ses amis, etc... Jean s’était réservé le rôle principal.

Les Clients
Les Clients
Françoise Fabian et Jean Poiret

(photo Daniel Cande/BnF)

Bernard Murat, le metteur en scène, jugea l’œuvre par la suite : « C’est une pièce très autobiographique. Le thème était de peindre quelqu’un qui n’arrive plus à faire rire les autres, comme un clown fatigué. C’est Jean, en fait. Il était quelqu’un de très angoissé, inquiet sur l’âge qui passe. Il avait peur aussi de ne plus être dans le coup , la peur de vieillir, de ne plus être dans la force de la vie, comme il avait peur de mourir. Il s’est pourri la vie tout seul, souvent. Mais en même temps, c’était quelqu’un de tellement gai, d’une telle drôlerie ! ». 6

La première représentation eut lieu le 4 novembre 1986 au théâtre Edouard VII . L’auteur était-il satisfait  de son œuvre ? Non ! Un soir, remonté dans sa loge à la fin du spectacle, Jean s’effondra en larmes. Certes Les Clients ne remportèrent pas l’exceptionnel succès des pièces antérieures. Elle fut affichée toutefois jusqu’au 21 juin de l’année suivante.

Jean Poiret n’écrira plus pour la scène. Il se contentera désormais d’accommoder quelques comédies, Ses adaptations étaient en réalité de véritables collaborations. Il lui suffisait de garder le canevas de la pièce et ensuite il le transformait à son goût, coupant par-ci, ajoutant par-là. Il avait un avantage sur les autres auteurs, il était aussi comédien et metteur en scène, il savait ce qui portait sur un public...

Ainsi, Jean Poiret s’attaqua à quelques pièces qui le séduisaient. Mises en scène par l’indispensable Pierre Mondy, elles étaient signées, pour la plupart, d’auteurs étrangers : le britannique Ray Cooney : C’est encore mieux l’après-midi et Trois partout, gros succès qui fut joué pendant plus de deux années au théâtre des Variétés avant de partir en tournée, puis ce fut La Contrebasse de l’Allemand Patrick Süskind et enfin Rumeurs de l’américain Neil Simon. Bien qu’il sache que désormais son cœur était fragile et exigeait quelques ménagements, J. Poiret se laissa convaincre de jouer un des rôles principaux dans cette dernière pièce. Il posera, néanmoins, une condition. La première représentation ayant lieu le 22 janvier 1991, il exigea qu’elle s’arrête, au plus tard, le 14 juillet suivant, afin de pouvoir se reposer pendant l’été.

Rumeurs
Collections A.R.T.

Interviewé, Jean se livra bien volontiers « ... Moi,  Gugusse je suis, Gugusse je resterai. Quand j’en aurai assez, je me mettrai au jardinage ! (...) J’ai quand même plus de soixante ans, disons le franchement. Je ne veux pas jouer la comédie au ralenti avec des scènes pépères parce que j’ai cet âge là. Ou je continue à faire ce que je faisais à trente-cinq ans ou alors je ne fais rien du tout... ». 7

Sur scène, fidèle à lui-même, il improvisait, il enchantait et faisait rire le public, comme trente ans auparavant.

Après avoir dû abandonner le projet de reprendre la comédie de Marcel Achard Auprès de ma blonde pour en faire une comédie musicale, J. Poiret s’attaqua à la nouvelle adaptation d’une pièce d’auteurs américains, Sam Bobrick et Ron Clark : No hard Feelings, en français Sans rancune. La première représentation eut lieu le 14 janvier 1992, au Théâtre du Palais Royal. Un nouveau succès à mettre à l’acquis de l’adaptateur bien que celui-ci n’ait guère prit part aux répétitions, laissant le montage de la pièce à son fidèle metteur en scène, Pierre Mondy.

Sans rancune
Sans rancune
Maquette originale du décor de Jacques Marillier

Fonds Jacques Marillier
Collections A.R.T.

1 Philippe Durant Jean Poiret éditions First Document 2015
2 Pierre Etaix, auteur dramatique, cinéaste, acteur, affichiste, clown à l’occasion.
3 Philippe Durant Jean Poiret éditions First Document 2015
4 idem
5 Philippe Durant Jean Poiret éditions First Document 2015
6 Idem
7 Philippe Durant Jean Poiret éditions First Document 2015

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