Association de lalogoRégie Théâtrale  
9

Le réalisateur d’un film

Jean Poiret, alors, avait de nouvelles préoccupation :au cours de ses nombreuses lectures, il avait découvert Le Zèbre 1, roman d’un jeune auteur de vingt-sept ans, Alexandre Jardin. Jean fut fasciné. Enfin, son ultime souhait, devenir réalisateur de cinéma, allait pouvoir se concrétiser . « Ce qui m’a séduit, se confiait-il, outre la belle histoire d’amour dont on meurt, c’est le caractère de ces deux personnages qui jouent et se jouent la comédie, qui se donnent en représentation permanente au petit monde qui les entoure et qui regarde, surpris, incompréhensif le match de ce couple à la recherche de l’amour infini ». 2

Outre le vif intérêt que Jean portait à l’ouvrage, il était heureux de pouvoir faire engager Caroline Cellier dans le principal rôle féminin. Une tendre collaboration s’établit entre eux. Elle l’aida dans l’écriture du scénario. Ils choisirent ensemble les lieux de tournage, - le petit village de Luzarche dans le Val d’Oise et Sceaux en Hauts-de-Seine. D’un commun accord, ils choisirent Thierry Lhermitte pour être le partenaire de Caroline.

Le Zèbre

Épuisé chaque jour davantage, se levant à cinq heures du matin pour ne quitter le studio que tard dans la soirée, Jean tenta de ne rien laisser deviner de sa fatigue. Tout le temps du tournage, il fut un maître d’œuvre incontestable et... incontesté.


Le Zèbre
Caroline Cellier, Jean Poiret et Thierry Lhermitte en tournage

çphoto DR)

Avant même d’entreprendre le montage de Le Zèbre, Jean Poiret dut respecter sa parole donnée, quelques mois auparavant à Christian Gion, réalisateur du film Super Fric. Pour le tournage, Jean Poiret reprit donc son costume de comédien et s’efforça de se montrer à la hauteur de sa réputation, mais, inquiet, il ne pouvait s’empêcher de penser à son propre film, Le Zèbre, que l’on montait sans lui.

De plus en plus la fatigue se faisait sentir. Un jour, alors que Jean devait, au cours d’une scène, monter un escalier, le souffle lui manqua et dut s’allonger. Pris d’un sérieux malaise, il fut conduit à l’hôpital Ambroise-Paré. Il s’agissait, d’après les docteurs d’une « petite congestion pulmonaire », rien de très grave apparemment. Mais Jean devait subir une série d’examens à l’issue desquels fut décidé qu’un double pontage soulagerait le cœur du malade.  Le cardiologue imposa un repos complet jusqu’au jour de l’opération.

Afin de rassurer son ami Michel Serrault, Jean lui téléphona et lui proposa de reprendre, tous deux, La Cage aux folles quand ses ennuis de santé seraient terminés.

Jean savait qu’il lui était indispensable de se reposer. Mais le montage de Le Zèbre n’étant pas terminé, il ne put se refuser d’y participer et s‘adressant à Caroline, il lui dit : «  Tu sais, je crois que je suis en train de faire le film que je voulais faire... ». 3

Et puis...et puis... Jean se sentait apparemment un peu mieux, il reprit donc goût à la vie. Ce qui signifiait qu’il envisagea de nouveaux projets : se plonger, à nouveau , dans la pièce de Marcel Achard Auprès de ma blonde, pour en faire une comédie musicale, adapter un nouveau texte de Ray Cooney : It rums in the family, remettre en scène La Cage aux folles. Il avait également en tête le projet d’une future comédie, intitulée provisoirement La Bonne grosse dont le rôle principal serait réservé à Josiane Balasko. Il contacta aussi Serge Lama et Jean-Paul Belmondo, leur proposant d’écrire pour eux de nouveaux spectacles.

Il n’arrêtait pas de travailler et d’élaborer des projets.

Ainsi qu’il en était convenu, le vendredi 13 mars, au matin, Jean dut se rendre à l’hôpital Foch de Suresnes pour y subir quelques examens complémentaires. L’après-midi, comme il faisait très beau, Caroline et lui décidèrent d’aller faire une promenade au Bois de Boulogne. À peine eurent-ils marché dix minutes que Jean n’en pouvait plus. Il lui fallut rentrer.

Après une relative bonne nuit, Jean fut prit au réveil d’une crise d’asphyxie. Caroline appela, de toute urgence, le SAMU. À peine l’ambulance arriva-t-elle à l’hôpital Foch que Jean était mort. C’était le 14 mars 1992, à 10 heures 15 du matin, il avait soixante-six ans.

Les obsèques eurent lieu en l’église de Saint Honoré d’Eylau en présence de tous ses amis et particulièrement de Michel Serrault en pleurs. L’Église n’étant pas assez vaste pour accueillir les trois mille personnes présentes, le reste de la foule qui n’avait pu entrer suivait l’office sur le parvis. De tous les coins de Paris, le public reconnaissant était venu rendre hommage à cet artiste exceptionnel qui l’avait fait si souvent rire.

Le Zèbre sortit sur les écrans parisien le 17 juin. Ce sera un grand succès à la gloire de son réalisateur disparu.

1 Le Zèbre prix Fémina 1988
2 Philippe Durant Jean Poiret éditions First Document 2015
3 idem

Haut de page

retour suite
Table des matières

la mémoire du théâtre