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Les débuts prometteurs d’un auteur parisien

Il adresse  Profil de Robespierre  au surréaliste Jacques Thery qui le fait venir à Paris pour tenir la rubrique théâtrale dans  Bravo , nouvel hebdomadaire du spectacle dont le rédacteur en chef est André LANG qui deviendra un des meilleurs amis de Claude-André. Cette collaboration dure un an, durant lequel il interviewe Crommelynck, Savoir, Salacrou, Achard et Jeanson, avec lequel il entretient d’amicales relations.

C’est avec lui qu’il écrit une comédie en un acte  Pas de taille , créée au Grand Guignol le 8 décembre 1930. Il a le pied à l’étrier et écrit en quatre mois, aux environs de Grenoble,  La Ligne de cœur. Berthe Bovy, sociétaire de la Comédie Française et épouse de Pierre Fresnay, prend connaissance de la pièce qu’elle adresse à Robert Trebor, directeur du théâtre Michel. Ce dernier envoie un télégramme à Claude-André lui demandant de venir immédiatement à Paris, car il retient la pièce qui sera créée le 23 septembre 1931 par Pierre Fresnay et Hélène Perdrière. C’est l’histoire d’une jeune femme qui, vêtue en costume de vénitienne du 18éme siècle, avec tricorne, dentelles et loup de velours, se rend à un bal masqué et se trouve bloquée dans un ascenseur. Elle en est délivrée par un jeune homme qui a le coup de foudre et qui, pour la rejoindre, va la retrouver au bal, déguisé en Arlequin. Mais entre temps, l’inconnue a changé de costume avec une amie, et notre héros se méprend. La dame à laquelle il fait alors la cour le déçoit beaucoup, et il fait part de sa déception et de ses confidences à un personnage, déguisé lui aussi, et qui n’est autre que le mari de l’héroïne. Lorsque celle-ci vient le retrouver, il s’aperçoit de son erreur, et nos deux amoureux pourront s’aimer. Quiproquos qui, certes n’ont rien de neuf, mais la critique saluera la grâce, la fraîcheur, la fantaisie charmante de la pièce, et le nom de MUSSET apparaîtra souvent dans les commentaires. «  Un accueil des plus chaleureux, Soirée ravissante qui semble vouloir faire commencer la carrière de Claude-André Puget dans une atmosphère de bonheur ».

On retrouvera ce ton malicieux tendre et léger l’année suivante avec  Valentin le désossé , créé, toujours avec Pierre Fresnay et Hélène Perdrière au Théâtre Michel le 21 octobre 1932. L’auteur confirme là ses dons évidents de dramaturge. C’est Alice Cocéa qui avait été engagée pour interpréter le principal rôle féminin. Mais elle était victime à l’époque d’une psychose collective, le public et la presse la rendant responsable du suicide de son amant Victor Point, lieutenant de vaisseau, attaché naval à l’Ambassade de France à Londres, très apprécié dans l’Armée. Influencé par la rumeur publique, Claude-André Puget adresse alors un télégramme à TREBOR, réclamant le remplacement d’Alice Cocéa. La situation est inextricable. C’est Paul Reboux, journaliste célèbre, qui conseille à Trebor de faire créer la pièce par une comédienne qui accepterait de jouer le rôle pendant les trente premières représentations. Ensuite, les passions s’étant calmées, elle serait, sous un prétexte quelconque, remplacée par Alice Cocéa. Toutes les parties se rangent à ce compromis qui s’avérera inutile, car la pièce ne dépassera pas les trente représentations. C’est un divertissement fin de siècle autour de l’étonnant visage du célèbre danseur du Bal de la Reine Blanche. Valentin est, dans sa vie officielle, clerc de notaire, très paisible, et fiancé à la fille de l’officier ministériel, mais dans sa vie cachée, mène celle d’un trépidant valseur à Montmartre, par ailleurs amant de la première danseuse de l’établissement. Pendant vingt ans, Valentin poursuivra cette double vie, et épousera la fille du notaire. Jusqu’au jour où il filera définitivement vers les flons flons qui l’attirent et les grisettes qui l’attendent. Il quitte l’étude en laissant un petit mot: « Je lève le pied ». Cette double vie du danseur est totalement inventée par l’auteur qui s’est inspiré du silence qui a toujours entouré la vie de Valentin. La critique rend à nouveau hommage à la fantaisie, la virtuosité et la sensibilité de l’auteur dont l’œuvre, pleine de jeunesse et de fraîcheur est baignée de poésie délicate et émouvante.

Toujours au théâtre Michel, le 3 octobre 1934  Tourterelle , qui a pour cadre une agence matrimoniale. Pour l’auteur, la pièce est d’actualité, puisqu’il vient de se marier le 11 janvier 1933 avec Arlette d’Ambrosio, la cadette d’une grande famille de musiciens. Si la pièce est un échec, le mariage sera jusqu’au bout une réussite. Tourterelle est un poète dans son genre. D’une humble agence matrimoniale où il jouait le rôle obscur de candidat mari intérimaire, il a fait le palais de tous les mirages, la source de toutes les illusions. Il console, il guide, il conseille. Mais il est amoureux d’une cliente et c’est dans la simplicité de ce sentiment dépouillé de tout artifice qu’il trouvera le bonheur. La critique trouvera la fantaisie trop abstraite, manquant de légèreté et déconcertante par le mélange de force et de comédie. 25 représentations. Le 31 janvier 1933, Claude-André apprend la mort de son père, Théophile Puget, régisseur général du théâtre municipal de Tours où il tenait en même temps l’emploi de grand premier comique, décédé subitement au cours d’une représentation de  Hans le joueur de flûte . Claude-André Puget publie un nouveau recueil de poèmes  La Chute du Printemps  et travaille pour le cinéma à des dialogues qu’il qualifie de  besogne de main . Toutefois, le producteur André Paulve lui laisse la bride sur le cou pour le scénario et les dialogues d’une  Carmen  tournée par Christian Jaque. Le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur des espérances. Il prend une petite revanche sur  Tourterelle  en adaptant, en collaboration avec Virginie Vernon  Les Amants Terribles  de Noël Coward, dont le succès est considérable.

Les Amants terribles d'après Noël Coward
Les Amants terribles
Théâtre Michel - 1934
André Luguet et Suzy Prim

(photo DR)
Collection A.R.T.

 

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