Association de lalogoRégie Théâtrale  
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Quelques pièces

CHÂTEAU EN SUÈDE

Pièce en quatre actes, création le 4 mars 1960, Théâtre de l’Atelier, metteur en scène André Barsacq. Interprètes : Claude Rich, Françoise Brion, Marcelle Arnold, Philippe Noiret, Annie Noël, Paul Barral, Henri Piegay, May Chartrettes . Décorateur : Jacques Dupont .


Analyse

Alors que l’hiver s’annonce en Suède, pour de longs mois se trouvent réunis dans un château ancestral Hugo, gentleman6farmer, sa seconde épouse Eléonore dont il est fort épris, le frère de celle-ci Sébastien ainsi que sa grand-mère, sa soeur Agathe et l’étrange Ophélie, sa première épouse, séquestrée et déclarée morte aux yeux du monde . Un cousin éloigné, Frédéric, s’invite impunément Dans le huis6clos de la famille se déchainent alors intrigues, passions et jalousies … jusqu’à l’arrivée du printemps et l’annonce d’une nouvelle naissance .


Critiques

« Cette philosophie de la vie et de l’amour, qui amuse le goût…et agace les dents des gens d’un certain âge, est le fait d’un être non pas désabusé, mais qui n’a jamais été abusé. Ce n’est pas très cruel, ce n’est pas très rare non plus : nostalgie de la pureté, regret d’une tendresse inconnue, sentiment d’une incompréhension, mélancolie d’inadapté, cynisme de grand commençant, obsession de la folie … Mais à tout prendre qu’est-ce ? Sinon un bon petit romantisme d’enfant de ce siècle . »
Jean-Jacques Gautier Le Figaro

« La pensée, la sensibilité et l’imaginative sont médiocres et la comédie achoppe dès qu’elle va de côté, mais il y a un réel bonheur dans la manière de faire illusion . Tout est accepté ; c’est le triomphe de l’imitation spontanée, et non sans une certaine fantaisie qui, appartient à Sagan. C’est d’une souplesse diabolique . »
Pierre Marcabru Arts

« Le style et l’atmosphère de l’œuvre peuvent faire songer aussi bien à Marivaux qu’ à Strinberg, à Bergman ( le dramaturge ) qu’à Musset … Cela n’est pas construit . Cela ne s’embarrasse guère de logique . À quoi bon continuer ? Nous avons été envoûtés et, vingt-quatre heures après, le charme n’a pas cessé d’opérer . »
Guy Leclerc L’Humanité

« Dans cette pièce où tout le monde a peur d’être dupe de son coeur, il y a deux ou trois fugitifs moments de tendresse, d’une tendresse qui se moque tout de suite d’elle-même, entre Eléonore et Sébastien, mais d’une tendresse qui devient grave , entre Eléonore et Hugo . (…) Mme Sagan conduit vite : en quelques années, elle a fait beaucoup de chemin, elle est passé de l’idée de plaisir à l’idée de bonheur . »
Robert Kanters L’Express

« Je connaissais une jeune femme fort séduisante, d’un esprit très singulier . Une certaine Françoise Sagan et qui écrit des romans . (…) Voici que j’ai eu la révélation au Théâtre de l’Atelier d’une autre Françoise Sagan . Laquelle est l’auteur d’une pièce vive, alerte, crépitante d’intelligence . S’agirait-il de la même ? J’ai peine à le croire . »
Max Favalelli Paris-Presse

« Pas plus qu’elle n’a tâtonné pour s’exprimer dans le roman, Françoise Sagan n’aura eu à chercher sa maîtrise au théâtre . Elle poursuit simplement, en haussant la voix , la confidence chuchotée d’hier, et cette sincérité, alliée à son instinct d’artiste-né, renouvelle le miracle . Oubliant la futilité incorrigible de son propos, nous revoilà subjugués par sa gaîté inquiète, complices de sa passion tremblante pour l’instant et le mot fidèle … Vous l’avez deviné : j’aime passionnément la première pièce de Françoise Sagan ! »
Bertrand Poirot-Delpech Le Monde



LA ROBE MAUVE DE VALENTINE

Pièce en deux actes, création le 16 janvier 1963, théâtre des Ambassadeurs, Metteur en scène : Yves Robert . Interprètes : Danielle Darrieux, Pierre Michaël, Marcelle Ranson, Danièle Allégret, Marcel le Marchand, Maurice Nasil, Frank Villard . Décorateur : Pierre Simonini .


Analyse

Marie, accompagnée de son fils Serge, s’est installée à Paris en attendant que soit jugé le procès qu’elle a intenté à la maîtresse usurpatrice de son défunt mari . Sa cousine Valentine lui demande de l’héberger, alors que son propre époux la trompe . Tolérante et compréhensive Valentine laisse temporairement la place à sa rivale. Devant le charme et la grandeur d’âme de sa cousine, Serge en tombe follement amoureux … Mais Valentine est-elle vraiment le personnage généreux et fidèle qu’elle semble prétendre ?

Critiques

« Pour que le charme de Sagan opère, il faut nécessairement un dosage mystérieux de désinvolture conquérante, de cocasserie imprévisible, d’émotion voilée, toute une combinaison naturelle de notations tendrement abruptes de paradoxes pertinents, de sincérités lapidaires , de mots calmes, de coups de plume somptueusement économes, de facilités inimitables . »
Bertrand Poirot-Delpech Le Monde

« En dépit de quelques réserves, La Robe mauve de Valentine possède un charme auquel j’ai personnellement succombé . On retrouve là ce fameux ton Sagan, cette légèreté de touche qui recouvre une gaîté profonde . Dans cette pièce, qui pêche parfois par adresse, il faut en tout cas détacher de son cadre le portrait de Valentine, qui est une réussite . Avec les couleurs les plus nuancées et sans la mièvrerie du pastel, Françoise Sagan a dessiné cette jeune créature qui balance entre le mensonge, le cynisme, la ruse et l’inconscience . Et l’on subit d’autant mieux son envoûtement que Valentine a trouvé, en Danielle Darrieux, l’incarnation idéale . Un miracle de grâce et de justesse ! »
Max Favalelli Aux écoutes

« La Robe mauve de Valentine répond exactement au climat des derniers romans de Françoise Sagan : on y expose brièvement des sentiments courts . .. Que voulait-on de plus ? Que Françoise Sagan soit Paul Claudel ? Elle ne l’est pas. C’est une jeune femme fort sage et qui écrit des pièces comme on en écrivait au temps de son grand-père . On pouvait espérer plus de jeunesse ou, tout au moins, plus d’innocence . Il n’en est rien (…) Quarante ans la séparent de ce théâtre-là . Allègrement, elle les efface et la voilà qui tout naturellement travaille son dialogue comme un vieux renard . On soigne la formule, on cultive le mot, on essaye la riposte. On veut plaire à moindre frais … »
Pierre Marcabru Paris-Presse

« Tout cela serait pourtant peu de poids si le dialogue n’était un ravissement continu . Les répliques de Françoise Sagan ont un ton original, à mi-chemin entre l’humour pincé  et la poésie fantasque, un accent vraiment d’aujourd’hui . Ce ne sont que de petites notations malicieuses, traits piquants, rapprochements inattendus, aperçus divertissants. Un régal ! »
Paul Gordeaux France-Soir

« La pièce de Françoise Sagan est - je m’en réjouis - une réussite . D’abord connaissant mal l’auteur on est étonné de découvrir tant de légèreté, de gaîté, de joie de vivre, de comique allègre derrière son certain sourire . Je suis surpris ensuite que tant de fraicheur s’allie à une science dramatique, à un métier, à une habileté de vieux routier du théâtre . Et cela m’enchante de humer ce curieux mélange . La comédie de Françoise Sagan est jouée d’une façon adorable par Danielle Darrieux, dont la silhouette, les regards, les intonations ne peuvent que ravir les spectateurs . Il est difficile d’apporter plus de grâce, plus de féminité naturelle, plus d’exquise rouerie dans l’incarnation d’une héroïne . »
Jean-Jacques Gautier Le Figaro



LE CHEVAL ÉVANOUI

Piéce en deux actes et sept tableaux . Création le 10 septembre 1966 au Théâtre du Gymnase-Marie Bell. Metteur en scène : Jacques Charon. Interprètes : Hélène Duc, Marcel Journet, Jacques François, Corine Lahaye, Victor Lanoux, Claude Brecourt, Nicole Courcel, Dominique Boistel. Décorateur : Pierre Simonini .

Analyse

Tandis que Priscilla, fille du lord Henry-James Chesterfield vient présenter son fiancé, Hubert, à ses parents, le rêve de ce dernier est de faire épouser sa maitresse, Coralie, ( qu’il fait passer pour sa sœur ) au fils de la maison, Bertram . Ainsi réussirait-il un coup double. Mais Henry-James se méfie d’une entourloupette et quoique quinquagénaire s’efforcera sans peine de séduire Cécilia . Néanmoins, au baisser du rideau la morale sera sauve.

Critiques

« C’est une bien jolie pièce que Le Cheval évanoui  : j’ai autant de plaisir à l’écrire que j’ai eu de plaisir à la voir (…) Je croyais qu’aucun auteur dramatique français n’était capable de peindre des Anglais . Je me trompais, Mme Sagan l’a fait et ses Anglais sont très anglais . Je veux dire qu’ils ne ressemblent pas à des personnages du Boulevard, mais à des créatures humaines qu’Oscar Wilde, justement, reproduisait d’une manière brillante . Ils sont d’aujourd’hui , sans doute, quoique fort riches et fort nobles, mais que s’est-il passé ? Mme Sagan a été si fine mouche qu’elle leur a laissé un petit parfum exquis, une petite teinte fanée du temps de la reine Victoria . »
Jean Dutourd France-Soir

« Françoise Sagan a du courage. : elle a quelque chose à dire . Et elle le dit . Comme elle le voit . Comme elle le sent. Comme elle est . En partant d’un monde qu’elle connaît . Car il ne faut pas se tromper : ce monde n’est pas ce qu’il paraît . Le château, l’Angleterre, etc … C’est l’enveloppe, c’est l’extérieur, c’est le costume (…) L’essentiel, ce sont ces trois êtres qui ne savent point gagner leur vie, qui ignorent ce qu’on appelle généralement « la peine des hommes » et par quoi l’on n’entend qu’une espèce de travail . Leur peine à eux, c’est de vivre, c’est leur nostalgie de pureté, c’est le mal qu’ils ont à mettre d’accord la gravité d’un amour, l’exigence d’une passion et tout ce à quoi les contraint l’habitude d’un mode de vie où la corruption vient à force de faire certaines choses sans drames . Françoise Sagan est vraie, simple et naturelle . Cette pièce suffirait à le prouver . »
Jean-Jacques Gautier Le Figaro

« Vaudeville, mélodrame, marivaudage, Françoise Sagan effleure tous les genres dans cet aller et retour sentimental . Elle le fait avec une rare délicatesse de touche et une vivacité de dialogue fort divertissante . De l’allegro à l’andante, tout est merveilleusement enchaîné. Tout semble d’une déconcertante facilité . Je crois que c’est la plus réussie des pièces de Sagan . »
Gilbert Guilleminault L’Aurore

« Ce propos, comme à l’accoutumée, est mince . Sagan n’entend guère s’éloigner du divertissement boulevardier . Elle va même jusqu’à doser savamment sa mélancolie naturelle . Il faudrait peu pour que le personnage de lord Henry-James soit déchirant . La paresse ou la prudence ou l’habileté de l’auteur ne franchit pas le pas . »
Jean Paget Combat

« De touches légères en litotes jolies , les personnages finissent par résister aux caprices du jeu de situations et de mots. Qu’on nous croie ou non, il y a de l’aisance, de l’élégance et une espèce de « vérité possible », une émotion aimable en tout cas, dans la façon dont se rend le cœur cynique et ricanant du vieux lord touché par son hôtesse française . Il faut dire que ce rôle est tenu à la perfection par Jacques François . »
Bertrand Poirot-Delpech Le Monde


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