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Les Adaptations

Voulant sans doute, à l’instar de Racine, rencontrer son Euripide, Vauthier s’inspira souvent d’œuvres d’auteurs célèbres pour s’en servir comme canevas.

À la suite de La Nouvelle Mandragore d’après Machiavel, interprété par Gérard Philipe et Jeanne Moreau au T.NP., Jean Vauthier adapta une dizaine de pièces. Fervent admirateur de Shakeaspeare, il s’attaqua à Roméo et Juliette en 1956, Othello en 1979 et Le Roi Lear en 1987. Cette fois, exceptionnellement, ce fut avec une fidélité presque absolue que Vauthier traduisit ces trois œuvres.

Beaucoup plus qu’une traduction, la Médée de Sénèque devenue Médéa sous la plume de Vauthier, fut triturée au point qu’on ne savait plus trop décerner la part de l’auteur de celle de l’adaptateur. Néanmoins, comme dans l’œuvre originale, l’épouvantable Médéa disparaissait après avoir tué les deux fils qu’elle avait eus avec Jason. Mise en scène par Jorge Lavelli, Médéa fut créée au festival de Royan en 1967.

Alors qu’il travaillait à son prochain spectacle, Le Sang, inspiré par La Tragédie du Vengeur du poète élisabéthain, Cyril Tourneur, que devait mettre à l’affiche Marcel Maréchal, Jean Vauthier eut le grand chagrin de perdre son frère. Il lui fut impossible d’écrire une ligne pendant plusieurs mois. Ce ne fut qu’en 1970 que Maréchal présenta le spectacle, au Théâtre du Cothurne de Lyon. La pièce aurait put s’intituler Meurtre en scène. Il s’agissait cette fois d’inscrire le théâtre dans le théâtre. Tout au début apparaissait Angelo ou plutôt Bada, l’éternel Bada, capable de se dédoubler « : Si le caprice lui en vient, il n’hésite jamais à décontenancer ses partenaires en variant les registres, puisqu’il peut les bafouer comme acteurs, comme personnages de L fiction ou comme personnes ».

Le Massacre de Paris, traduit de Christopher Marlowe, fut mis en scène par Patrice Chéreau en 1972, au théâtre du T.N.P. de Villeurbanne. Contemporain de Shakespeare, Marlowe avait écrit une pièce d’actualité pour l’époque. Il s’agissait d’un drame en deux parties, inspiré par la nuit de la Saint Barthélémy. La première partie mettait en scène l’assassinat de trois mille protestants, la seconde témoignait de la perversion du pouvoir pendant la durée du règne d’Henri III. Le texte original n’était qu‘ « une chronique sans nuance ». 1 Vauthier se fit un plaisir de la théâtraliser et de s’en expliquer : « Il a semblé nécessaire, sous le couvert d’appréhender par l’extérieur, une réalité dramatique, de nourrir celle-ci avec la nature des êtres mis en cause ( par touches, même sommairement ) ». On peut se demander pourquoi Jean Vauthier s’était intéressé à cette tragédie puisqu’il n’était pas en phase avec l’auteur qui, à son sens, n’avait écrit qu’un simple reportage  et non la description d’un drame humain. Mais le sujet était si passionnant…

En 1970, s’inspirant de l’Arden de Faversham drame d’un auteur élisabéthain anonyme, Vauthier écrivit : Ton nom dans le feu des nuées, Elisabeth, qui fut enregistrée pour la radio. En 1973, Marcel Maréchal reprit la pièce et la monta au Théâtre du Gymnase de Marseille. Il s’agissait de l’histoire d’Alice, épouse d’un riche marchand, Thomas Arden, qu’elle trompait. Le mari s’en aperçut, devint jaloux et encombrant. Les deux amants décidèrent alors de l’éliminer en faisant appel à un tueur. Quoique n’ayant pas accompli personnellement le crime, ils furent néanmoins arrêtés, jugés et condamnés.

Le temps passait… En 1980, Jean Vauthier fêta ses soixante-dix ans. Apparemment, il se sentit fatigué et n’eut plus qu’un désir, vivre dans sa bonne ville de Bordeaux. Après avoir traduit Othello en 1979, il retrouva sa table de travail en 1984, pour adapter Le Roi Lear que mit en scène Marcel Maréchal au Théâtre de la Criée de Marseille.

1 Robert Abirached Jean Vauthier éditions Séghers 1974

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