Association de lalogoRégie Théâtrale  
2

Le jeune homme la trompinette

Bercés tout au long de leur enfance dans une ambiance musicale, en 1937, Boris et ses frères découvrent le jazz. Futurs adhérents au Hot Club de France, ils décident de former leur petit orchestre. Lélio sera le guitariste, Alain le batteur et Boris, en dépit des mises en garde de cardiologues, choisit la trompette. « Louis Amstrong n’a plus qu’à bien se tenir… ». On se les arrache à chaque surprises partie organisée par la jeunesse dorée de Ville d’Avray et des environs.

Le premier orchestre de Boris Vian
Le premier orchestre
Ville-d'Avray - 1938
(photo DR)
Coll. Ursula Kübler-Vian

Le 3 avril 1939, date historique… Ce jour-là Duke Ellington se produit au Palais de Chaillot et pour le jeune trompettiste ce sera une révélation inoubliable.

En juin, à 19 ans, Boris est reçu à l’École Centrale. En septembre de la même année : la guerre, l’ École est repliée sur Angoulême. Juin 1940, c’est l’exode, Boris retrouve sa famille, retirée dans les Landes à Capbreton. En dépit des dramatiques évènements qui se déroulent au nord de la Loire, la jeunesse repliée à Hossegor n’en fait guère cas. Au cours d’une surprise party, Boris fait la connaissance d’une blonde et rieuse jeune fille de seize ans, Michelle qui deviendra son grand amour. L’armistice signée, les Vian regagne en août Ville d’Avray. L’École Centrale rouvre ses portes comme prévu en octobre. À son tour, Michelle est remontée à Paris. Les amoureux se sont retrouvés. Leurs fiançailles sont officiellement annoncées en juin 1941 et le mariage fixé au 7 juillet.

L’appartement du faubourg Poissonnière qu’occupe les jeunes mariés est triste et froid, le couple retourne vivre tous les week -end à Ville d’Avray.

En avril 1942, Boris et Michelle, éternels adolescents, deviennent à leur tour des parents : un petit Patrick leur est né. En Juillet, Boris obtient son diplôme d’ingénieur des Arts et Manufacture. Il est engagé au bureau de la verrerie à l’entreprise AFNOR (Association française de normalisation). La Normalisation... était-ce tout à fait l’affaire de Boris Vian ? il est permis d’en douter. Pour compenser les heures perdues au fond d’un bureau, il se met à écrire, à peindre et à jouer de la trompette. Il fait la connaissance du saxophoniste Claude Luter et du clarinettiste Claude Abadie. Ce dernier vient de créer son orchestre auquel s’adjoint Boris. Les plus grandes parties de ses nuits, il les passe en compagnie de ses amis amoureux du jazz. Outre le plaisir de jouer, quoi de plus amusant que de faire un pied de nez aux autorités : « L’occupation allemande et les diverses interdictions proclamées à l’encontre du jazz américain attisaient sournoisement cette forme de résistance un peu puérile et si gaie qui aboutissait à jouer Lady be good œuvre du compositeur juif Gershwin  »1

Coup de tonnerre : le 22 novembre 1944, Paul Vian est assassiné chez lui par des malfaiteurs qu’il vient de surprendre. La famille Vian est anéantie. Lélio et Alain, réquisitionnés par Service du Travail Obligatoire, travaillent en Allemagne. C’est donc Boris seul, soutenant sa mère, qui conduit le deuil. Le rideau est tombé sur l’heureuse vie de Ville d’Avray.

1 En avant la zizique Boris Vian 1958 . Édition Livre de Poche 1997

Haut de page

retour suite
Table des matières

la mémoire du théâtre