En pleine crise du Boulangisme, en 1887, André Antoine, modeste employé du Gaz, fonde son Théâtre Libre, passage Élysées des Beaux-Arts. Il sera le chantre du naturalisme et, d’une certaine manière, l’ancêtre, de toutes les générations de metteurs en scène qui vont désormais prendre le pouvoir au théâtre, après des siècles de règne incontesté des auteurs. La grande exposition de 1889 célèbrera le premier centenaire de la Révolution française et verra notamment la naissance de la Tour Eiffel.
En 1890, Paul Fort, aux cris de « Vive Mallarmé, vive le symbolisme ! » lance le Théâtre d’Art. L’année suivante, la création de la Maison de l’Œuvre que vient de fonder Lugné-Poe, brandira le même flambeau, qui passera par plusieurs salles, notamment le Théâtre de Paris et le Théâtre des Bouffes du nord, avant de rejoindre celle de la cité Monthier, rue de Clichy, et devenir le Théâtre de l’Œuvre que nous connaissons.

Théâtre de l'Œuvre
En 1891, la création de Thermidor de Victorien Sardou, malmène la mémoire de la Révolution française en brutalisant quelque peu l’image de Robespierre. En 1894, Antoine abandonne l’aventure du Théâtre Libre, il s’installe dans l’ancienne salle des Menus Plaisirs qui deviendra, quelques années plus tard, le Théâtre Antoine. Il fera mettre une horloge au fronton du plateau, pour signifier aux familiers de ce récent boulevard qui conduit à l’embarcadère de l’est, qu’ici aussi, on commence à l’heure.

Théâtre Antoine
Collections A.R.T.
Réjane change de répertoire avec La Maison de Poupée au Théâtre du Vaudeville aujourd’hui disparu, au cours d’une année difficile qui voit dégrader le Capitaine Dreyfus, assassiner le Président de la République, dans le climat que dégrade encore le scandale de Panama. En 1896, Sarah Bernhardt prend en mains les destinées du Théâtre de la Renaissance.

Sarah Bernhardt
Collections A.R.T.
La même année, la façade du Théâtre de l’Athénée, prend le visage que nous lui connaissons. Trop de perturbations, d’attentats anarchistes ou autres relèguent le spectacle au second plan des préoccupations. La création de Fallstaff et Othello de Verdi à l’Opéra comique et de Thaïs à l’Opéra passionnent moins les foules que l’Hôtel du libre échange de Feydeau, les soirées du cabaret du Chat noir, ou les quadrilles du Moulin Rouge. 1895 voit l’émergence du cinéma. Le jeu romantique de Sarah Bernhardt s’oppose à celui plus naturel de la Duse, tandis que fin Décembre 1897, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, c’est l’immense triomphe de Cyrano de Bergerac.
1900, nouveau siècle, nouvelle expression de l’art, nouvelle exposition.
Ce début du vingtième verra l’ouverture de plusieurs salles : le Théâtre des Mathurins, pour répondre aux désirs de Sacha Guitry qui y fera jouer sa première pièce, Nono, en 1906 ; La Comédie Caumartin ouvre ses portes la même année et affichera des comédies de Feydeau, Tristan Bernard, Rip, et Mirande. En 1908, jouxtant les Mathurins, le Théâtre Michel du nom de l’architecte et célèbre boulevardier Michel Mortier, affichera Tristan Bernard puis Sacha Guitry, deux des auteurs majeurs de la période.

Théâtre des Champs-Élysées
( Bibliothèque historique de la Ville de Paris)
1913 est une date majeure dans l’histoire du théâtre avec l’ouverture du grand vaisseau construit par les Frères Perret avenue Montaigne, le Théâtre des Champs-Élysées, après un chantier qui a duré 4 ans.

Plafond de la salle du Théâtre des Champs-Élysées
(photo DR)
Sur la rive gauche, c’est Jacques Copeau, un intellectuel, passionné par le théâtre, qui provoque une sorte de révolution, avec une affiche orange, en créant le Théâtre du Vieux Colombier dans la vieille salle rénovée de l’Athénée Saint-Germain.


Salle du Théâtre du Vieux Colombier
( Bibliothèque historique de la Ville de Paris)
Autour de lui un groupe d’auteurs, d’acteurs, d’éditeur parmi lesquels André Gide et Gaston Gallimard. Ce sont les débuts de la NRF. À la régie de Copeau qui prône le tréteau nu, un ancien étudiant en pharmacie, Louis Jouvet, lequel ne suivra pas Copeau pour une création du Vieux Colombier à New-York, mais rejoindra, après guerre, Jacques Hébertot, au Théâtre des Champs-Élysées, pour une aventure artistique unique dans ce vaisseau que la guerre avait laissé sans emploi. Jacques Hébertot qui a investi le lieu, grâce au mécénat de Rolf de Maré, va alterner les créations les plus novatrices avec les ballets suédois.


Louis Jouvet dans "Knock"
(photo Roger-Viollet)
Jouvet deviendra metteur en scène, Hébertot lui confiera le rôle de Knock… on connaît la suite. Il le charge de transformer la salle d’exposition en un petit théâtre qui deviendra le Studio des Champs-Élysées d’abord confié à Firmin Gémier, le pionnier du théâtre national populaire, puis à Gaston Baty, lequel deviendra plus tard le Directeur du Théâtre Montparnasse.

La salle d'exposition du Théâtre des Champs-Elysées
( Bibliothèque historique de la Ville de Paris)
Plus près du quartier de l’Opéra, sur les plans d’un architecte anglais, on édifie le Théâtre Edouard VII, d’abord consacré au cinéma. Après la grande guerre, plusieurs salles voient le jour. C’est une union franco-britannique qui édifie le Palace-Théâtre qui deviendra le Théâtre Mogador, puis sur l’emplacement d’un hôtel particulier, Saint-Granier prend la direction du Théâtre de la Potinière – aujourd’hui Pépinière-Opéra. En 1921, la Comédienne Jane Renouardt fait construire sa propre scène rue Daunou, Jeanne Lanvin en fera un théâtre bonbonnière tout de bleu et d’or, tandis qu’en 1924, Robert Trébor investit le terrain laissé libre par le manège Pellier pour faire édifier le Théâtre de la Madeleine. En 1925, rue de la Michodière, on inaugure le théâtre du même nom décoré par Rulhmann où triomphera bientôt Victor Boucher. C’est un couple célèbre qui lui succédera en 1942 : Pierre Fresnay-Yvonne Printemps.
Le 9 Février 1926 on inaugure le Théâtre Saint-Georges tout proche de la Bibliothèque Thiers.

Le Théâtre Saint-Georges
Plusieurs autres salles vont ainsi être créées en ces années d’avant guerre, le Théâtre Tristan Bernard, la Comédie de Paris, le Théâtre Fontaine et le Théâtre La Bruyère.
Indéniablement, le théâtre est l’un des plus beaux fleurons de la vie parisienne en cette période de l’avant 2ème guerre mondiale.
Bibliographie :
Paris et ses Théâtres architecture et décor Textes réunis par Béatrice de Andia (Collection Paris et son Patrimoine DAAVP-1998)
Les Théâtres de Paris de Geneviève Latour et Florence Claval (DDAV 1991)
Histoire du Théâtre de André Degaine (Nizet 1992)
Les Théâtres parisiens disparus de Philippe Chauveau (Editions l'Amandier-1999)
Histoire du Théâtre de Lucien Dubech (en 5 volumes Librairie de France 1931)
Encyclopédie du Théâtre Contemporain dirigée par Gilles Quéant (Collections Théâtre de France - 1957)
Dictionnaire historique des rues de Paris de Jacques Hillairet (2 volumes Editions de Minuit 1963)
La rénovation scénique en France - Théâtre des années 20 de Danièle Pauly (Norma Editions -1995)
Les Théâtres, 4 siècles d'architectures et d'histoires de Pierre Pougnaud (Editions du Moniteur – 1980)
Théâtres des Champs-Élysées 1913-1963 (chez Olivier Perrin Editeur -1963)
La Comédie-Française de Patrick Devaux (Editions Que sais-je ? P.U.F 1993)
Théâtre du Vieux-Colombier de Marie-Françoise Christout, Noëlle Guibert, Danièle Pauly ( Norma - 1993)
Jacques Hébertot le magnifique de Antoine Andrieux-Guitrancourt et Serge Bouillon ( Paris-Musées/Fondation Hébertot – 2006)
Athénée Théâtre Louis-Jouvet de Colette Godard - Noëlle Guibert – Jean-Paul Midant – Paul-Louis Mignon (Norma Editions – 1996)
Iconographie :
Fonds de l’Association de la Régie Théâtrale et de la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
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